Bea Cuttat est lauréate du Prix d’honneur à Soleure

PortraitLa fondatrice de Look Now!, maison de distribution à l’esprit indépendant, est récompensée ce lundi pour ses services rendus au cinéma en Suisse, après trente ans de carrière.

Bea Cuttat a fondé Look Now! en 1988.

Bea Cuttat a fondé Look Now! en 1988. Image: JdS/Morris schmidt

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Ce Prix d’honneur est un grand honneur, s’amuse Bea Cuttat au téléphone, dans un français presque parfait. C’est aussi peut-être un peu trop.» Modeste en évoquant son activité de distributrice de films, la fondatrice de Look Now! a pourtant toute sa carrière mis en lumière un cinéma exigeant. Toujours en gardant le cap, au service du public suisse. Récompensée ce lundi lors des 55e Journées de Soleure, la lauréate du Prix d’honneur témoigne d’emblée de sa passion pour le septième art. «Durant ces trente ans, je n’ai jamais été capable d’acheter ce dont je n’étais pas amoureuse. Avec le marché actuel et le nombre grandissant de distributeurs et de films, c’est devenu de plus en plus difficile. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret.»

Depuis la création de la société zurichoise en 1988, Bea Cuttat a permis de découvrir quelque 270 films, dont 125 productions suisses, 90 européennes et 40 d’Amérique latine, des USA et d’Asie. Parmi la riche palette de cinéastes suisses soutenus, la plupart restent peu connus du grand public mais ont largement compté: Peter Liechti («Le chant des insectes», Meilleur film documentaire européen, 2009), Dieter Fahrer («Que sera», Grand Prix à Visions du Réel, 2004) ou Peter Mettler («The End of Time», 2012). Du côté romand, elle aura contribué à révéler certaines œuvres du Vaudois Stéphane Goël («Prud’hommes», 2010), de Daniel Schweizer («Skinhead Attitude», 2003) ou du plus médiatique Fernand Melgar («La forteresse» en 2008, «Vol spécial» en 2012). Si Bea Cuttat a décidé l’été dernier de se mettre en retrait, n’achetant plus de films, elle entretient toujours un catalogue riche et éclectique.

La qualité avant tout

Née en 1953, Bea Cuttat entame sa scolarité à Schaffhouse et travaille dès les années 1970 comme libraire. «Très vite j’ai compris que je n’avais aucun talent artistique, explique-t-elle avec humour. Par contre le fait de donner des impulsions aux autres m’a toujours encouragée à persévérer dans la voie de la transmission.» À cette époque, très cinéphile durant son temps libre, elle fait de nombreux voyages à Zurich, «pour découvrir autre chose que des westerns spaghettis italiens ou des films avec Louis de Funès», projetés dans sa ville. «Grâce à quelques amis, j’ai pu sortir de mon carcan et connaître de super ciné-clubs.» Dans les salles obscures, elle découvre alors les merveilles du cinéma italien, admire Roberto Rossellini, Luchino Visconti, et reçoit la claque de sa vie en découvrant les premiers chefs-d’œuvre du cinéaste allemand Rainer Werner Fassbinder. «C’est littéralement à ce moment que je suis tombée amoureuse de l’art cinématographique, relate-t-elle en prenant son temps, avec un brin de mélancolie. Il parlait avec une grande sensibilité d’un monde où se côtoient des gagnants et des perdants.» Bien décidée à poursuivre dans cette voie, elle s’installe dès 1980 à Zurich et collabore au Centre suisse du cinéma, actuellement Swiss Films, pour s’occuper du catalogue des productions locales.

Goût du risque

Lorsqu’un ami monteur lui montre le documentaire suisse «Voyage au pays intérieur» de Matthias von Gunten, en 16mm, dont aucun distributeur établi ne voulait à l’époque, l’idée de fonder sa propre société pour le défendre apparaît comme une évidence. «J’étais vraiment impressionnée. J’ai décidé de le prendre en distribution et de l’accompagner vers le public. Très vite nous sommes parvenus à le présenter au grand public, au Festival de Locarno en 1988.» Dès ce moment, le goût du risque ne cessera pas de la faire avancer. Au fil du temps, Look Now! a marqué les esprits avec des productions suisses mais aussi internationales, notamment quelques grands succès comme les premiers «Wallace & Gromit» (dès 1993), «Fucking Åmål» (1999) ou encore «Winter’s Bone» (2010) qui révélait Jennifer Lawrence. Elle a ainsi accompagné nombre d’auteurs durant une grande partie de leur carrière, le Suédois Roy Andersson ou le Mexicain Carlos Reygadas qu’elle n’a pas lâché jusqu’au dernier «Nuestro Tiempo» (2018). «Mon activité prend plus de sens dans la durée. Si parfois certains films sont moins bons que les autres, au final, ils constituent une œuvre. C’est une véritable éthique de travail. J’ai toujours considéré la carrière d’un cinéaste comme un ensemble.»


Cinéma Landhaus, Soleure
27jan (17h30, remise du prix). Me 29 (10h, brunch débat)
www.solothurnerfilmtage.ch

Créé: 28.01.2020, 10h11

Articles en relation

À Soleure, c’est la loi des séries

Festival Les Journées du cinéma suisse ont validé la prééminence du format. Avec ses promesses de financement et visibilité, la tendance semble là pour durer. Plus...

Les Journées de Soleure cajolent leurs nuits

Festival Nouvelle directrice des vitrines du cinéma suisse, Anita Hugi veut développer leur pouvoir de fête et d’émancipation. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.