Céline Sciamma bouleverse la Croisette avec «Portrait de la jeune fille en feu»

Festival de CannesLa réalisatrice française, l’une des quatre femmes en compétition, chasse la Palme d’or dans un envoûtant mélodrame lesbien en costumes.

Céline Sciamma, réalisatrice du film «Portrait de la jeune fille en feu».

Céline Sciamma, réalisatrice du film «Portrait de la jeune fille en feu». Image: Keystone

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Au sixième jour du Festival, Pedro Almodovar reste en tête des pronostics chez les critiques dans le film français et décroche également la meilleure note chez ceux de la presse internationale dans Screen. «Une vie cachée» de Terrence Malick et «Les Misérables» de Ladj Ly le suivent à quelques longueurs, tandis que d’autres sont un peu lâchés, à l’image de Céline Sciamma, l’une des quatre réalisatrices en compétition.

La Française n’en a pas moins, à juste titre, d’ardents défenseurs, comme en témoignent les nombreux éloges qui ont suivi la projection. Après «Naissance des pieuvres», montré à Un certain regard en 2007, «Tomboy» sorti en 2011 et «Bande de filles», qui avait fait l’ouverture de la Quinzaine des réalisateurs trois ans plus tard, la voici donc chassant la Palme d’or pour la première fois avec «Portrait de la jeune fille en feu», son quatrième long métrage.

Spécialiste de l’enfance et de l’adolescence, elle explore ici les sentiments et le désir à travers la rencontre de deux femmes, la brune Marianne (Noémie Merlant) et la bonde Héloïse (Adèle Haenel). Un superbe duo d’actrices qui fait penser à un éventuel prix d’interprétation.

On est vers la fin du XVIIIe siècle, en 1770. Artiste peintre, la première est appelée sur une île bretonne où elle doit réaliser le portrait de mariage de la seconde qui vient de quitter le couvent. Mais elle résiste à cette union forcée en refusant de poser. Jouant la dame de compagnie sur commande, Marianne, l’observant à la dérobée, va la peindre en secret. D’abord hiératique et distante, Héloïse va succomber à son charme.

Littéraires, les dialogues sont ciselés dans cet envoûtant et fiévreux opus romanesque lesbien en costumes. Entre beauté et douceur, Céline Sciamma filme avec sensualité, finesse, pudeur et sobriété l’éveil de l’amour conduisant à une relation passionnée.

Sept femmes à la conférence de presse

Pour en discuter elles étaient, fait plutôt rare, sept femmes à la conférence de presse. «Le film a été construit pour Adèle, en pensant à ses possibles, à ce que je sais d’elle, avec le projet d’une comédienne neuve. Je voulais chroniquer la naissance d’un désir, l’amplitude d’une histoire d’amour, ce que c’est de tomber amoureux, d’aimer», explique Céline Sciamma. «Il s’agit aussi d’une réflexion sur le regard, le fruit d’une somme d’entre eux, de l’abandon et de la confiance dans celui de l’autre.»

Elle évoque l’analogie évidente entre la peinture et le cinéma. «Je me sers de l’une pour parler de l’autre. Notre travail est fait de couches. J’aurais pu m’inspirer d’artistes célèbres. Mais pour montrer le travail, il fallait se détacher du biopic. C’est mon film le plus dialogué, avec des échanges intellectuels. On voit Marianne et Héloïse penser en direct. Il y a là quelque chose de l’ordre de l’humour, du plaisir.»

«Avec Céline, j’ai une complicité intellectuelle et artistique. Je l’accompagne dans la mise en scène. Ça me plaît vachement d’explorer tous les jeux», raconte de son côté Adèle Haenel. «Comme de construire un personnage Picasso en trois phases. La phase Japon (avec une sorte de masque), la phase dégel (le masque se craquèle) et la phase vraiment chaude. Elle ajoute: «Le film dit aussi ce qu’on fait d’une histoire d’amour au passé qui continue à nous habiter...»

Créé: 20.05.2019, 14h38

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