Des parents vaudois bouleversent le tapis rouge des Journées de Soleure

CinémaProjeté en ouverture du festival, le dernier film de Fernand Melgar suit les débuts à l’école de cinq enfants en situation de handicap. Émus, leurs parents ont découvert le film ce soir-là

Après le film, les parents (ici Abder et Magali Ibram au 1er plan, Virginie Ademi, Gentiana et Alban Zeciri au 2e) ont rejoint sur scène Fernand Melgar.

Après le film, les parents (ici Abder et Magali Ibram au 1er plan, Virginie Ademi, Gentiana et Alban Zeciri au 2e) ont rejoint sur scène Fernand Melgar. Image: Odile Meylan

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Albiana, Louis, Kenza, Léon et Chloé ont fait chavirer le cœur des 900 spectateurs présents jeudi soir à l’ouverture des Journées de Soleure. À l’école des Philosophes, le dernier film de Fernand Melgar, suit la première année scolaire de ces cinq enfants handicapés au sein de la Fondation de Verdeil à Yverdon (lire ci-contre). Des larmes ont coulé, mais beaucoup de rires ont aussi résonné sous la haute charpente boisée de la Reithalle, devant les facéties de ces écoliers à la fois atypiques et si ordinaires dans la spontanéité de leur jeune âge. Le flot d’émotions a terrassé leurs parents, qui découvraient le film ce soir-là, et qui ont été ovationnés au moment de rejoindre le cinéaste sur scène, après la projection. Les jeunes héros du documentaire, eux, ne pouvaient pas être là.

Quelques heures avant ce point d’orgue, les familles oscillaient entre l’appréhension et l’excitation de cette journée pas comme les autres. «Comment Fernand Melgar a-t-il réussi à faire un film sur notre bête quotidien? Est-ce que cela va seulement intéresser les gens?» s’interroge Magali Ibram, la maman de Kenza, dans le bus affrété par la fondation pour emmener toute la troupe à Soleure. Pas de véritable crainte en revanche sur le rendu final de ces heures de montage. Sur l’assemblage de ces tonnes de rushs réalisés à l’école mais aussi au domicile des familles. «Nous sommes sereins, dit le papa, Abder. Le courant est bien passé avec Fernand Melgar, c’est quelqu’un de bienveillant, très respectueux.» «Il y avait quelque chose de magnétique entre lui et Louis, sourit Fatmir Ademi. Dès que la caméra s’arrêtait, notre fils se jetait dans ses bras.»

Célébrité inattendue

Les retrouvailles avec le cinéaste ont lieu juste avant de fouler le tapis rouge. Chaleureuses, elles témoignent des liens tissés avec ces parents tout au long du tournage, qui s’est étalé sur plus d’une année. Crépitements des flashs, shooting photo à l’entrée: c’est la vie de stars le temps d’une soirée pour ces habitants du Nord vaudois que rien ne prédestinait à cette soudaine célébrité. «Nous n’avons jamais pensé vivre ça pendant le tournage. J’imaginais simplement que je découvrirais le film avec mon mari à la télé, dans notre salon», glisse une maman en rigolant.

C’est aussi un moment fort pour les employés de «l’école des Philosophes», qui ont toutefois pu voir le long-métrage en octobre déjà. Enseignantes, stagiaires, psychomotricienne, etc., toutes sont là aussi. En aparté, le directeur, Cédric Blanc, leur rend un hommage appuyé: «Le tournage a été très intrusif pour nos collaborateurs. Travailler avec un micro-cravate dans des moments d’ordinaire secrets n’est pas anodin. Mais ils nous ont tout de suite suivis dans ce projet. Fernand Melgar a su les mettre en confiance.»

«On était cramponné à ces images du début à la fin, on aurait voulu que ça continue encore et encore. J’ai mesuré les progrès accomplis par ma fille depuis l’époque du tournage»

À l’heure de l’apéro, la pression retombe. Certains parents se font accoster par des spectateurs qui leur confient à quel point leur histoire les touche. Les principaux intéressés se repassent les scènes dans la tête. «On était cramponné à ces images du début à la fin, on aurait voulu que ça continue encore et encore, témoigne Laurence Bellon. J’ai revécu chacun de ces moments et surtout mesuré les progrès accomplis par Chloé depuis l’époque du tournage.» Celui-ci s’est achevé il y a dix-huit mois. Depuis, les enfants ont poursuivi leur cheminement d’écolier, changé de classe et de prof, et avancé dans leurs acquisitions. «Il y a beaucoup de sensibilité dans le film, Fernand Melgar a su capter tous les regards, le non verbal de chaque situation, analyse Magali Ibram. On fond en voyant toutes ces frimousses et on se demande ce qu’il se passe dans ces petites têtes. Ce n’est jamais lourd, on n’est jamais dans l’apitoiement.» La maman de Louis – dont la bouille égaie l’affiche du documentaire – fait le même constat: «Oui, ce que l’on vit au quotidien est dur, mais ce n’est pas cela qu’a voulu montrer le cinéaste.»

Le film lève surtout le voile sur tout le boulot que les professionnels accomplissent en classe avec une prise en charge individualisée pour chacun des cinq élèves, visant tant leur épanouissement que le développement de leurs facultés, tout en mettant un cadre à leur comportement parfois turbulent. «Je suis flattée par l’image que le film renvoie de moi et de mon travail», commente l’enseignante Adeline Schopfer à l’heure de rentrer à Yverdon. «J’ai pris ce tournage comme un défi, une aventure, avec l’envie que notre école s’ouvre aux autres et que les gens voient que nos élèves sont bel et bien des élèves, ils vont à l’école, apprendre des choses, à leur propre rythme.»

Dans son discours officiel prononcé jeudi soir, le président de la Confédération, Alain Berset, a salué Albiana, Louis, Kenza, Léon et Chloé. «Le film nous montre leurs douleurs et leurs espoirs, la douleur et les espoirs de leurs parents. Quand on l’a vu, on change de regard sur l’inclusion de ces personnes.» (24 heures)

Créé: 26.01.2018, 18h58

Les temps forts


Magali Ibram (à g.), Laurence Bellon (à dr.) et les autres parents ont fait le trajet jusqu’à Soleure en bus, avec le personnel de la fondation Verdeil.



Les spectateurs ont découvert le quotidien de la petite Kenza et de ses quatre camarades, leur éveil au monde scolaire tout au long de l’année.



À l’instar des autres parents, Abder et Magali Ibram ont découvert le film en même temps que les autres spectateurs. L’émotion est à son comble.

À l’école des Philosophes, Melgar filme l’intime et l’universel

L’entrée à l’école de cinq enfants, filmée sans fioriture par cet adepte du cinéma direct qu’est Fernand Melgar. Ce thème universel, qui touche chaque parent, prend une dimension encore plus intimiste avec le choix de planter la caméra à l’école spécialisée de la rue des Philosophes à Yverdon, qui appartient à la fondation Verdeil et qui accueille des enfants en situation de handicap. Des enfants qui ne peuvent suivre une scolarité dans le système régulier, ou en tout cas pas à plein temps.

«Peu connaissent de tels enfants, à peine les croisons-nous dans un lieu public, explique Fernand Melgar. Car la frontière qui existe entre nous est étanche d’un côté les bien-portants, qui constituent la norme, et de l’autre les handicapés mentaux considérés comme un groupe en soi, un genre, pour ainsi dire une humanité spécifique.»

Mitochodriopathie, syndrome de Dawn, autisme, etc.: les diagnostics sont divers, parfois incertains, et importent peu au final. Car au-delà des mots savants, seuls comptent les besoins de chacun, identifiés et comblés par les professionnels qui les prennent en charge.

Le cinéaste a suivi cette première année scolaire, en classe, durant les sorties, mais aussi au domicile des familles. Ne ratant rien de la difficile séparation avec les parents, et petit à petit, de l’éveil de chacun au monde scolaire et à ses règles. Fixant les moments de joie du personnel de la fondation, mais aussi les coups de mou d’une équipe «qui manque de bras» devant la difficile tâche qui est la sienne.

Fernand Melgar et son assistant-réalisateur Rui Pires se sont intégrés à la classe durant plusieurs mois. «Nous avions leur photo dans le matériel que l’on utilise pour l’accueil et les enfants savaient les jours où ils seraient présents ou non», relate l’enseignante Adeline Schopfer. «Comme c’était la première année d’école de ces enfants, rien était anormal pour eux.»

Comme il le demandait, Fernand Melgar a obtenu carte blanche de la part de la direction de Verdeil, qui l’avait approché pour réaliser un film sur ce thème. Le réalisateur de La Forteresse, de Vol spécial et de L’Abri aura vu là une occasion de compléter son œuvre humaniste déjà riche. «La marginalité n’est pas un choix, dit-il dans sa note d’intention. C’est une conséquence car les notions de norme et de catégorisation règnent aujourd’hui en maître. Nous assistons impuissants aux désastres qu’elles causent aux personnes nées du mauvais côté du hasard.»

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