«J’ai filmé en McQueen le punk fou qu’il était»

Cinéma Ian Bonhôte coréalise «McQueen» sur le fameux couturier qui s'est donné la mort à 40 ans. Interview.

«Les archives personnelles d’Alexander McQueen ont été parmi les plus précieuses», nous confie  Ian Bonhôte.

«Les archives personnelles d’Alexander McQueen ont été parmi les plus précieuses», nous confie Ian Bonhôte.

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Il existe relativement peu de documentaires dédiés à l’univers de la mode. Encore moins sur ses créateurs. Les réalisateurs Ian Bonhôte et Peter Ettedgui ouvrent-ils une brèche avec «McQueen»? Difficile à dire. Le film demeure assez critique et ne ressemble pas à une hagiographie. Si les défilés qu’on y voit peuvent paraître datés, voire figés dans une époque de plus en plus lointaine de la nôtre, le portrait acide du créateur Alexander McQueen, chez lequel les prémices du suicide se laissent deviner, est assez réussi. Venu du clip, le cinéaste Ian Bonhôte est revenu à Genève, la ville où il est né, pour en parler.

Comment définiriez-vous Alexander McQueen?

Comme un trésor national. En s’y attaquant, nous avons eu beaucoup de pression. C’est un enfant terrible, un iconoclaste. Il était joyeux, superintense. J’ai filmé en Alexander McQueen le punk fou qu’il était, et nous avons réalisé qu’il s’agit en plus d’une icône gay. Toute la communauté nous a remerciés d’avoir fait le film.

Vous cosignez avec Peter Ettedgui. Qui a fait quoi?

C’est très dur à savoir. Peter Ettedgui, que je connaissais bien, m’a branché sur le projet. Nous avons énormément «brainstormé», phosphoré ensemble. Il a écrit, j’ai fait les recherches visuelles. Peter et moi étions d’accord à 95%. Nous avons eu un an pour tourner le film. Il était dur à réaliser à cause de son aspect «compte à rebours», de par le suicide de McQueen. Cette tragédie qui fait que l’Angleterre a perdu alors sa seule star de la mode. Car s’il y a John Galliano, lui s’est détruit tout seul avec ses interventions (ndlr: ses déclarations antisémites qui l’ont ostracisé de chez Dior en 2011).

L’accès aux archives a-t-il été aisé?

Nous avons trouvé beaucoup de choses mais elles n’étaient pas toutes aisément accessibles. Les archives personnelles d’Alexander McQueen ont été parmi les plus précieuses. D’ailleurs, la famille a joué le jeu, contrairement à la marque Alexander McQueen, qui a tout fait pour nous interdire l’accès aux archives. En ne tenant pas compte de leur interdiction, qui allait même jusqu’à une réelle envie de bloquer le film, nous gagnions une certaine indépendance.

Le film affiche d’ailleurs des positions assez critiques par rapport à ce milieu, et même envers McQueen.

Oui, mais en même temps la seule critique qu’on peut faire sur la mode, c’est d’affirmer qu’elle vieillit. Et le malaise par rapport au vieillissement est plus fort dans ce milieu-là.

Le film pose également la question de la conservation des archives récentes: elles sont très dégradées alors qu’il s’agit de défilés filmés il y a au plus une vingtaine d’années.

Du coup, nous avons tout transféré en VHS, même ce qui ne l’était pas. Mais c’est vrai qu’il y avait énormément de documents en U-matic, ou en VHS. Nous avons travaillé les débuts de chapitres, comme les «Alexander McQueen Tapes» archivées, pour qu’ils se rapprochent esthétiquement de ces vieilles bandes originales.

Pourquoi avoir gardé cette division en chapitres?

Nous assistions à une tragédie grecque et il fallait le souligner. Il y a eu des hésitations quant à l’épisode fatal du suicide, pour savoir si nous allions en parler au début. Puis, finalement, non. McQueen est à l’antithèse du paraître, cela nous a aussi dicté la construction du film.

Comment résumer votre parcours, qui a commencé à Genève?

Genève, j’y suis né, j’y ai fait la plupart de mes études. La Suisse est un très bon terroir pour laisser éclore la créativité et l’art. Ensuite, c’est une autre histoire de les concrétiser. C’est pour cela que j’ai tourné ailleurs. Déjà que d’un point de vue personnel, il m’a fallu sept ans pour accepter que le cinéma soit un mélange d’art et de commerce. Mais j’ai toujours un problème avec son côté «prétentieux».

Qui aimez-vous au cinéma?

Gus Van Sant, Larry Clark, Steven Spielberg, Terrence Malick, et des réalisateurs commerciaux qui viennent de la pub.

Pensez-vous que McQueen aurait aimé qu’un film se fasse sur lui?

Je ne pense pas, non.

Documentaire (Angl., 111’, 8/14) Cote: VV

(24 heures)

Créé: 04.09.2018, 23h01

Tragédie

Dans «McQueen», le réalisateur genevois Ian Bonhôte rend hommage au couturier écossais, qui se suicida
en plein succès professionnel, à l’âge de 40 ans en 2010.

Alexander McQueen en 5 dates

1969

Alexander McQueen naît dans une famille modeste, fait son apprentissage chez Saville, le couturier du prince Charles.

1995

Premier scandale avec la collection lacérée «Le viol de l’Écosse»; «enfant terrible», souvent critiqué, néanmoins célébré en star de la mode.

1996

Crée des tenues de scène pour David Bowie; remplace John Galliano chez Givenchy.

2001

Crée sa maison de couture, un label qui perdure et plaît de Lady Gaga à la famille royale. Ainsi de Kate Middelton, toujours fidèle à la griffe aujourd’hui.

2010

Se suicide par pendaison dans sa demeure de Mayfair, à la veille des funérailles de sa mère.

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