«Joker», le choc de Venise!

MostraEn concours au Lido, le film avec Joaquin Phoenix a provoqué des émeutes.

Joaquin Phoenix, dans le rôle titre du film «Joker», 
du réalisateur Tod Phillips.

Joaquin Phoenix, dans le rôle titre du film «Joker», du réalisateur Tod Phillips. Image: DR WARNER BROS PICTURES

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L’état de surexcitation extrême dans lequel étaient plongés ce week-end tout ce que le Lido de Venise compte de festivaliers n’avait au final qu’une explication. Un mot! «Joker». Plus attendu que le Messie, le film de Todd Phillips était en prime précédé d’une réputation de chef-d’œuvre, rumeur que les rares personnes qui avaient pu le voir avant (projections de presse à Paris, séances privées dans des lieux tenus secrets) ne cessaient de véhiculer. Il arrive pourtant que les soufflés se dégonflent, que des films montés au pinacle déçoivent et finissent comme les cancres, bons derniers de la classe.

Avec «Joker», quelque chose nous mettait pourtant la puce à l’oreille. Soit le fait que la Mostra, réputée si exigeante, voire pointue pour le cinéma d’auteur, ose mettre un tel film en compétition, aux côtés de Robert Guédiguian, Roy Andersson ou Ciro Guerra. Avec «Joker», nous sommes en effet plus proches du blockbuster que du cinéma de recherche, même si le film prend ses distances avec le monde des superhéros de DC Comics et refuse leur formatage. Les premières séances de presse du film, archibondées, ont levé tous les doutes à ce sujet, dévoilant un brûlot incendiaire qui pulvérise le rêve américain – y compris l’univers des superhéros – au sein d’un récit corrosif et violent. Un immense film qu’on prend à l’estomac et dont on ne ressort pas tout à fait indemne.

Joaquin Phoenix terrifiant

Durant près de deux heures, on assiste à la transformation d’un humoriste raté qui bascule dans la démence, devenant celui qu’on surnommera le Joker dans le monde de DC Comics. Le film de Todd Phillips n’est pas pour autant un récit qui raconte la matrice, les origines du futur ennemi de Batman. Aucune mention de ce dernier n’est autorisée. À peine une allusion, très voilée. «Joker» possède son indépendance et s’affranchit même parfaitement d’un genre qu’il parvient à nier, c’est-à-dire à faire oublier, ce qui relève de la gageure. Grâce à un Joaquin Phoenix dément et terrifiant, l’incarnation du mal possède un visage. Et tout ce que la société compte de puissants en prend pour son grade: des médias au pouvoir politique, le film tire à boulets rouges sur tout le monde, via un récit ascensionnel dont les différents paliers sont plutôt abrupts, voire violents. Le film a d’ailleurs obtenu la classification R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés) pour sa sortie aux États-Unis, pour «violence importante et sanglante, comportement perturbant, vulgarité et brèves images sexuelles». Une telle classification n’était jamais survenue concernant un film lié à l’univers DC Comics. En France, «Joker» n’écopera que d’une interdiction aux moins de douze ans, mais on ne sait pas encore pour la Suisse, où la législation en la matière est, rappelons-le, cantonale.

Accueil unanime

Assumant leurs choix, les producteurs du film, dont la Warner, ont semble-t-il approuvé cette relative sévérité, qui leur permet là aussi de s’affranchir des représentations usuelles des superhéros. À Venise, l’accueil a été unanime. Le film est véritablement le choc qu’on espérait. On en ressort les pieds devant, essorés par une telle audace subversive. À l’issue de la première séance publique, les spectateurs ne voulaient même plus quitter la salle, applaudissant à tout rompre en scandant «Jo-ker! Jo-ker!»

Le prix d’interprétation masculine ne devrait pas échapper à Joaquin Phoenix. Et si le jury était malin, il lui décernerait aussi le Lion d’or, ce qui serait surprenant au su du genre auquel «Joker» est apparenté. Mais on ne sait jamais. Il est cela dit un peu tôt pour s’amuser à de tels pronostics. Sauf que les concurrents dangereux, pour l’instant, ne sont pas légion.


Un film sans grands concurrents

Avec «Wasp Network», Olivier Assayas quitte la France pour Cuba et les États-Unis, rendant hommage aux cinq espions cubains infiltrés sur le sol américain dans les années 90. Ce thriller politique, plus passionnant vers la fin qu’au début – l’installation est laborieuse – permet au cinéaste de travailler avec des stars comme Penélope Cruz ou Gael García Bernal. Ses motivations profondes restent en revanche plus floues, et on a même l’impression qu’il a voulu se coltiner au genre pour se prouver qu’il pouvait y arriver.

La question ne se pose pas avec Steven Soderbergh, qui revient dans «The Laundromat» sur l’affaire récente des Panama Papers. Là aussi, une brochette de stars, Meryl Streep (excellente, comme toujours), Gary Oldman, Antonio Banderas, se partagent les scènes de cette comédie satirique plutôt confortable pour l’auteur des différents «Ocean’s».

Produit par Netflix, le film sera montré directement sur le site de VOD, et sa projection sur grand écran n’a ainsi lieu qu’à Venise. Sur ce point, la Mostra, sans tenir compte, contrairement à Cannes, de la chronologie des médias, s’autorise à sélectionner des productions Netflix en ou hors compétition. Cela fut payant l’an passé. «Roma» d’Alfonso Cuaron avait remporté le Lion d’or. Qu’en sera-t-il cette année? Mystère aussi dense que la foule, encore très nombreuse hier au Lido.

Créé: 02.09.2019, 17h05

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