La Fête du slip consomme aussi du porno local

FestivalLa Fête du Slip enlève le bas dès jeudi à Lausanne. Rencontre des militants pour une pornographie «éthique et dissidente» d’Oil Productions.

Une scène d’«Exodia», premier film d’Oil Productions rendu public. À découvrir à l’Arsenic.

Une scène d’«Exodia», premier film d’Oil Productions rendu public. À découvrir à l’Arsenic. Image: OIL PRODUCTIONS

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La Fête du slip, festival de toutes les sexualités, prolonge sans faillir les (d)ébats. Au moment d’aborder une 7e édition qui multiplie encore une fois les réjouissances dans le lit du cinéma, de la musique, des arts visuels et des performances (sans oublier d’accompagner les propositions de tables rondes propices à la libération de la parole), la manifestation lausannoise, si elle invite des artistes du monde entier, se doit évidemment de rester attentive aux initiatives de proximité.

C’est le cas avec le récent collectif lausannois d’Oil Productions qui vient de se lancer dans la pornographie «éthique et dissidente» et s’installe pendant trois jours à l’Arsenic. Pour Meli Boss, l’une des instigatrices du projet, le déclic a eu lieu lors de son travail de mémoire en anthropologie sur le terrain du porno alternatif à Berlin tel qu’il se vit et se produit dans le milieu queer, c’est-à-dire ouvert à toutes les sexualités et non pas strictement hétéronormé. «Je participe depuis longtemps à la Fête du slip, on parle beaucoup de porno mais personne ne passe à l’action.»

À force de discussions et après un petit voyage à Berlin où les futurs membres d’Oil Productions brisent la glace sexuellement, un groupe se constitue avec la ferme intention de mettre la main à la pâte. Les visées répondent à toutes les exigences d’émancipation de la sexualité positive, féministe et LGBT, mais les néophytes sont animés par des idéaux et une volonté exploratoire qui ne font aucun doute. «Le porno est un médium que tout le monde connaît, nous voulons le démystifier, sans forcément refuser sa finalité masturbatoire mais en cherchant aussi à éduquer, à montrer d’autres manières de faire l’amour. Sans forcément nous positionner contre le porno dominant, mais en expérimentant, aussi, des voies différentes. Le sexe, c’est comme un bon repas.»

Le refus de la hiérarchie

L’éthique revendiquée par Oil Productions passe par des principes clairs, mais qui ne demandent qu’à évoluer, à chercher leur limite. L’un des principes de production, outre celui de plaisir, est le refus des rapports de hiérarchie sur un tournage. «L’idée est d’échapper à un réalisateur qui donnerait des ordres. Tout le monde est impliqué à chaque étape de la production. Les rôles ne sont pas assignés. Dans notre équipe, chacun peut se retrouver devant ou derrière la caméra selon ses envies, sans obligations.» Dans cette matière où le corps est central – et Oil entend montrer tous les corps – il est difficile de garder une cohérence éthique si la pratique ne vient pas rejoindre la théorie. Meli Boss ne va ainsi pas tarder à rejoindre le rang des «performers» des films d’Oil Productions. Assumer socialement cette activité fait partie du jeu. «Pour l’instant, on n’a pas souffert des stigmates associés au porno. J’en ai parlé à ma famille, à mon employeur, et n’ai rencontré que de la compréhension, même si nous avons une amie qui a connu des difficultés.»

Pour ces activistes du sexe, si la normalisation de la pornographie va de soi, elle ne rime pas forcément avec banalisation. «Il y a le sexe mécanique, mais il y a aussi le sexe magique.» L’idéalisme des débuts va devoir se confronter à la durée, aux limites de chacun et aux questions financières, car le marché pour ce genre de productions est aujourd’hui plus que ténu. «Nous allons aussi mettre nos films dans les tubes comme YouPorn, mais, pour des formats plus longs, il faudra trouver de l’argent.»

Pour l’heure, un premier film, «Exodia», est à découvrir sur leur site et Oil en présentera deux autres à la Fête du slip, ainsi qu’un espace d’immersion sonore et un lieu d’échange, de médiation. Avec son couple hétéro nimbé de lueurs et rythmé par une musique électronique, ce premier court-métrage de six minutes ne réalise pas de grands écarts avec les normes fantasmatiques… «Le hasard des montages fait que c’est le premier, mais il y en aura d’autres.»

Créé: 07.05.2019, 16h02

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Dean Hutton en veau d’or
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Daniel Cremer croit au miracle de l’amour
Faut-il croire au «Miracle of Love» pour reprendre le titre de la performance d’un Daniel Cremer qui n’a pas perdu la foi? Sans se limiter à l’amour romantique qui régit l’imaginaire des masse depuis au moins deux siècles, l’Allemand donne volontiers une extension infinie à la notion ce qui lui permet supposéement d’en faire «l’arme politique ultime». Pour savoir comment, il faudra assister à son spectacle (en anglais et en français) qui joue sur la proximité, cherchant à tester un érotisme public sans limites où le public est invité à quitter sa posture voyeuriste pour interagir librement avec cet amoureux de tous les possibles.
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Oh Mu, l’émotion à fleur d’electro-pop
Oh Mu, c’est un parcours qui va du Valais à Paris ou comment s’extraire d’une vallée pour embrasser les lumières. Mais Oh Mu, c’est surtout de la musique, une incursion très pop dans le monde des machines. Une artiste suisse à laquelle la Fête du Slip croit très fort et pousse en bande-son de sa soirée d’ouverture. Du bonbon très «beat» qui donne de la voix. Séquence découverte.
Arsenic (foyer), soirée d’ouverture je 9 mai (22h30). Gratuit.

«Antiporno», vraiment?
Le Japon s’est fait une spécialité que de produire des cinéastes d’une violence subversive mais au fond très nationale. Sion Sono est de ceux-là. Avec son «Antiporno» de 2016 – ce qui n’empêche pas la Fête du Slip de le placer dans sa compétition des longs métrages – il prolonge les séries mythiques des «pornographies romantiques» de la Nikkatsu. Les rapports de genre et de pouvoir en prennent un bon coup de sabre et de pinceau, très coloré. D’un féminisme qui passe par la cruauté.
Arsenic, ve 10 (22 h, Salle 2) et di 12 mai (16 h, Studio 3).

Le festival

Lausanne, divers lieux
Du je 9 au di 12 mai.
Oil Productions à l’Arsenic ve 10 et sa 11 (13 h-20 h) et di 12 mai (14 h-17 h).
Rens.: info@lafeteduslip.ch
www.lafeteduslip.ch
www.oilproductions.ch

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