«La momie», éternel retour d’un sous-genre

Fantastique Tom Cruise affronte la créature dans un nouveau film; on passe en revue les momies de l’écran.

Voici la momie<br/>dans sa version 2017.

Voici la momie
dans sa version 2017. Image: DR

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«Le vrai scandale, c’est la mort», chantait Jeanne Moreau. Sauf qu’avec les momies, le thème est légèrement décalé. En d’autres termes, la mort n’y est pas tout à fait la mort. Lorsqu’on pense momies, on pense d’ailleurs Egypte. Presque automatiquement. Normal? Oui. Car en 1922, donc il n’y a pas si longtemps, la découverte du tombeau de Toutankhamon, décédé vers 1327 avant notre ère, à l’âge supposé de 18 ans, allait donner un curieux prolongement à des faits historiques qui se teintaient tout à coup de fantastique. La plupart des membres de l’expédition menée par l’archéologue britannique Howard Carter trouvèrent en effet la mort dans des circonstances a priori mystérieuses.

De là naquit l’idée d’une malédiction, terreau fictionnel idéal pour le cinéma, qui n’allait guère tarder à s’en emparer. Mais avant que Tom Cruise ne défie une princesse Ahmanet particulièrement bien conservée pour les besoins de La momie, qui sort ce jour, les avatars du genre ont connu diverses incarnations plus ou moins heureuses.

Les monstres Universal

C’est évidemment en 1932, dans La momie de Karl Freund, que la plus célèbre des momies de l’histoire du cinéma fait son apparition. Boris Karloff, déjà aguerri par son rôle du monstre de Frankenstein, prête son trait à la créature dans une relecture à peine déguisée de l’expédition citée plus haut. Le graphisme du film est séduisant, et le long-métrage s’inscrit dans une série Universal dédiée aux monstres où se retrouveront successivement Dracula, Frankenstein et l’homme invisible. Le film a encore le mérite de fixer le mythe et de le rendre insaisissable. Au point que peu de cinéastes s’y attaqueront dans les décennies suivantes. C’est paradoxalement au Mexique que le genre, si tant est que c’en soit un, allait proliférer dans les années 50, à travers une série de longs-métrages horrifiques invariablement signés par Rafael Portillo (La momie aztèque, La momie aztèque contre le robot, et ainsi de suite).

En parallèle, la thématique de la momie, des corps embaumés, de la putréfaction impossible, et de tout le folklore qui va avec ça, inspire les séries B jusqu’à la nausée. Au point qu’on ne trouve pratiquement aucun film sérieux ou coûteux qui traite de ce qu’il faut bien, in fine, considérer comme un sous-genre. Une exception? Peut-être La malédiction de la vallée des Rois de Mike Newell, en 1980, qui permet à Charlton Heston de cachetonner en fronçant des sourcils devant des crânes. Une production ambitieuse qui a pourtant peu marqué et qu’on n’a ensuite guère revue. Phénomènes secondaires dans des dizaines de longs-métrages, de l’amusant La nuit au musée de Shawn Levy au dispensable Adèle Blanc-Sec de Luc Besson, les momies ne feront un retour digne de ce nom qu’en 1999, dans La momie de Stephen Sommers. Le cocktail, mélange d’horreur, d’action et d’humour, fait mouche. Le comédien Brendan Fraser trouve là le rôle de sa vie, dans un scénario pourtant aussi peu surprenant que tous les autres films cités.

Démarrage d’une franchise

Tout démarre quelques siècles avant Jésus-Christ par l’embaumement d’un grand prêtre qui n’a pas dit son dernier mot. Momifié vivant, il attend sa libération et l’heure de sa revanche, entravé dans ses bandelettes pour une éternité que seule la découverte du sarcophage par un aventurier (Fraser) un peu barré, et donc en décalage avec ceux que le cinéma récent a imposés, Indiana Jones/Harrison Ford en tête, stoppera. Sorti au cœur de l’été, le film est un carton. Une suite est logiquement mise en chantier. Le retour de la momie sort en 2001 mais prend place neuf ans après le précédent. La franchise connaîtra même un troisième volet en 2008 avec La momie: la tombe de l’empereur Dragon de Rob Cohen.

La momie de 2017, film réalisé par Alex Kurtzman, est en réalité un «reboot» du film de 1999. Il s’agit également du premier film d’un nouvel univers intitulé «Dark Universe». Les autres volets seront centrés autour de personnages célèbres comme le loup-garou, Dracula ou l’étrange créature du lac noir. Rien de bien neuf, et encore moins si on se fie à la seule vision de cette Momie 2017. En même temps, le thème aura rarement inspiré les cinéastes. Sauf peut-être Arnaud Desplechin, qui utilisait génialement une tête de momie en guise de fil rouge de La sentinelle, en 1992.

(24 heures)

Créé: 14.06.2017, 07h35

La critique

Momie ignare pour film stérile

Il y a de la 3D, des effets à la pelle, des morts-vivants par centaines (volonté de draguer le public de The Walking Dead, sans doute), des immeubles et des villes qui s’écroulent, et Tom Cruise au milieu, la cinquantaine triomphante, prompt à affronter une momie aussi féroce qu’ignare, puisqu’elle ne bronche pas même un demi-sourcil en découvrant le monde d’aujourd’hui. Et puis il y a l’Irak, le terrorisme, l’armée américaine. Tout cela se télescope sans génie unificateur, prétexte à une action qui ne cesse pratiquement jamais, quitte à nous laisser sans souffle ni voix, pantelant devant un spectacle qui échoue malheureusement à captiver. Lorsque Georges Méliès et plus tard Lubitsch, au temps du muet, évoquaient des cadavres momifiés dans des intrigues incertaines, ils prenaient le temps de donner corps à leur narration et de définir, non pas un style, mais une manière de filmer qui peut s’apparenter à de l’esthétisme. Rien de tel chez Kurtzman, qui semble courir après son film, par crainte des temps morts. Mais cette peur du vide engendre paradoxalement le vide. Et au-delà d’une agréable séquence introductive, le film se cantonne dans un premier degré particulièrement stérile.

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