Laetitia Casta, la fille qui démodera toujours les autres

RencontreAncienne Baby Doll chez Yves Saint Laurent, Marianne du nouveau siècle, égérie de mode, militante humanitaire ou actrice, la Corse flamboie sur grand écran dans «Le milieu de l’horizon».

Image: Odile Meylan

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Dans le jardin d’hiver du Palace à Lausanne pépie un moineau incongru et Laetitia Casta en bat des cils avec un amusement enfantin. «Je l’intéresse!» lâche-t-elle avec une spontanéité précieuse que la sublime quadra préserve depuis toujours. «Je suis venue de la mode, mauvais ticket pour faire du cinéma. Puis du rôle de Falbala dans «Astérix et Obélix» pour aller vers des films indépendants. Et je ne vous parle pas du théâtre, jamais la bonne carte! Ça m’a forcé à croire en moi et à me surpasser. Arriver avec un handicap, ça oblige à en faire plus que les autres, à aller chercher le truc différent.» Muse de pub et comédienne de tout ce qui lui plaît, la Casta s’affiche mama défroquée et lesbienne assumée dans le premier film de la Suissesse Delphine Lehericey. «Le milieu de l’horizon», c’est là qu’elle se sent le mieux.

«Les interviews des autres m’ennuient, et les miennes, c’est pire…». Nous voilà mal barrées.
Ah, c’est à cause de cette idée de notre société puritaine où il faut bien dire les choses, ne pas sortir du cadre. Si encore les propos étaient déformés de manière exaltante, mais franchement. Je déclare par exemple «n’être pas féministe», tollé! Et ça m’amène à devoir écrire une tribune dans «Le Monde» pour expliciter ma position. J’en avais des picotements sous la peau d’être si mal comprise. Moi, je pensais à un combat pour les femmes, pas contre les hommes. Mais je ne suis pas une femme politique non plus.

Quel souvenir gardez-vous de votre premier film en Falbala, il y a plus de 20 ans?
Gérard Depardieu, un exemple, une bienveillance. J’ai 18 ans. Jouer avec lui, le voir jouer, moi qui n’ai aucune perspective de carrière, me donne l’envie. Cet homme qui se bat avec ses lumières et ses démons intérieurs, me respecte. Et c’est déterminant.

L’art des rencontres, comme Saint Laurent à vos débuts, est-ce un don, une protection?
Avec le recul, j’ai compris que ma naïveté était telle qu’elle décourageait, a contrario, de m’approcher pour me détruire. Le fait aussi de ne pas être prédestinée à tout ça, explique que personne n’a pu m’atteindre au plus profond. Même si dès l’âge de 12 ans, le théâtre m’avait secoué la tête, que pour moi, timide, rêveuse, m’exprimer face à tout ce monde anéantissait la peur de parler à une seule personne. Ne restait que la fulgu­rance du moment, l’échange. En cela, le théâtre prime sur le cinéma pour moi.

Parce que la scène au fond, vous sert mieux?
Parce qu’il interdit d’y tricher avec soi-même, une tentation qui m’a traversée parfois. À ma première scène, j’ai senti ce test avec moi-même et du coup, ça m’a affranchie, ouvert des horizons. Le cinéma, c’était plus dur. J’ai beaucoup essuyé les plâtres, les a priori d’un milieu qui, au fond, n’a pas tant d’imagination. Même s’il a aussi été nécessaire pour grandir.

Le top qui a des velléités de cinéma, ça donne à ricaner. Vous avez pensé à abandonner?
Non, car j’étais la première à avoir des exigences, des pudeurs de sauvage, et là, je ne pense pas à la nudité. Cette idée de se jeter et de s’en remettre aux mains des autres pour vous attraper, ça m’effrayait. Je n’ai pas grandi dans les grandes villes, mes parents travaillaient beaucoup, j’étais solitaire à la campagne.

Cela vous a aidée pour ce film en milieu rural?
Les producteurs doutent toujours que je puisse incarner une paysanne car ils ne me connaissent pas. Mais oui, je n’étais pas dans le rôle de composition.

Vous préférez-vous glamour ou rustique?
Ce métier fonctionne comme un interrupteur. Un coup, vous allumez les lumières sur vous, puis vous éteignez. Avec le temps, j’essaie de projeter un message qui compte, d’être moins dans le visuel qui, pourtant, importe. Car le temps travaille le visage. Sans maquillage, c’est l’émotion sans filtre, j’aime ça.

La beauté, avec le recul: atout ou préjugé?
Il faudrait poser la question à Brad Pitt. Il faut faire attention à l’étiquette «actrice qui souffre avec ce qu’elle est». J’ai vu se faire le pont entre mode, pub et création pour les actrices. Moi, j’ai simplement veillé à rester authentique dans cette histoire, je n’ai pas cherché à calculer. Ma plus belle conquête, c’est de toujours croire à ma nature. Et de la reconnaître.

Comment rester fidèle à cet instinct?
Quand j’ai incarné Brigitte Bardot (ndlr: pour «Gainsbourg, vie héroïque»), elle m’a dit: «Ça ne sert à rien de déguiser ta beauté pour passer pour une actrice, ça viendra à 50 ans.» Elle n’avait pas tort.

Le regard porté sur vous d’une réalisatrice au premier film, y obéissez-vous?
Le premier film n’existe pas. Moi, je me pose la question de ce qui porte un cinéaste, ici une histoire vécue, pas un truc d’ambition. L’authenticité protège, comme la confiance réciproque. Quand un acteur est aimé, il joue mieux. Personne ne devient intéressant sans les autres, il finirait par devenir un Narcisse ennuyeux qui s’auto-alimente de lui-même.

Fellini disait faire l’amour à ses acteurs…
Pourquoi aurait-il mis des bâtons dans les roues à son projet!? D’ailleurs, que d’énergie perdue à se justifier, à chercher des excuses… moi, je ne m’embête plus à ça. Je fais le cinéma que j’aime aller voir.

Alors, pourquoi aller voir «Le milieu de l’horizon»?
J’étais intéressée par ce gamin fasciné, puis déçu par sa mère quand elle est amoureuse d’une femme, qui va sortir de l’enfance et devenir un homme plus tolérant. Le meilleur féminisme, c’est de montrer que nous ne sommes pas que des mères. Je l’ai vécu.

C’est-à-dire?
Avec mon fils de 12 ans qui questionnait ma volonté, mon image de femme. Ses reproches, les «on m’a dit», sa perception de la pub, des films, sont devenus ouverture. Sa colère s’est transformée en «Oh, je vois, c’est ça une femme». Ben oui. Il a gagné du temps.

Créé: 05.10.2019, 12h39

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Autoportrait
Indépendante
«Je refuse le concept de sacrifice maternel, une forme d’égoïsme autorisé au fond. Au nom de quoi je me sacrifierai pour ma famille, je suis avec elle parce que je suis bien avec elle. II faut accepter de perdre l’adulation d’un enfant pour qu’il se construise en homme. Par mon éducation, j’ai compris que le renoncement, l’autofrustration ne rendait pas heureux. Sans faire de la psychomerguez, il faut s’aimer soi-même pour pouvoir aller vers les autres.»
Casse-bonbons
«Quand je crois à un truc, je ne lâche jamais. Je suis comme un chien sur mon os. Voir mon point de vue sur la société par rapport aux hommes et aux femmes aujourd’hui. Je ne pense pas qu’on puisse éliminer l’un ou l’autre. Ni d’ailleurs toujours en passer par la colère. Tout se tient, les femmes avec leur force, les hommes avec leur fragilité. Sans exclusion.»
Militante
«La célébrité, ça peut servir parfois. Ainsi dans ces actions contre les violences conjugales et les féminicides.»
Rustre
«J’admets, j’aime bien cette épithète. Ou franche, disons. Je suis très directe mais pas cassante car je déteste l’humiliation. Par contre, je ne prends pas de pincettes. Enfin, pas toujours.»
Directe
«Oh oui, très terrienne, dans le concret, avec les éléments. J’ai grandi en garçon manqué, dans la terre.»
Punchy
«J’ai fait du judo avec hargne. À cause de mon frère qui voulait en faire. Du coup, je m’y étais mise.»
Fidèle
«Plus en amitié qu’en amour. Car l’amitié donne la possibilité de vous tuer. L’amour, on sait que ça peut s’arrêter, recommencer, tandis qu’une déception d’amitié, c’est un deuil d’une violence absolue, une partie de soi qui s’éteint. L’ami, c’est la vraie famille que vous choisissez dans la sincérité totale de ce choix.»
Gourmande
«Je craque pour les pâtes à la poutargue (ndlr: spécialité méridionale à base d’œufs de mulet, salés et confits dans du vinaigre). Vous ajoutez de l’huile d’olive, de l’ail et de la moutarde. J’aime nourrir les grandes tablées.»
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«Je refuse le concept de sacrifice maternel, une forme d’égoïsme autorisé au fond. Au nom de quoi je me sacrifierai pour ma famille, je suis avec elle parce que je suis bien avec elle. II faut accepter de perdre l’adulation d’un enfant pour qu’il se construise en homme. Par mon éducation, j’ai compris que le renoncement, l’autofrustration ne rendait pas heureux. Sans faire de la psychomerguez, il faut s’aimer soi-même pour pouvoir aller vers les autres.»

Casse-bonbons
«Quand je crois à un truc, je ne lâche jamais. Je suis comme un chien sur mon os. Voir mon point de vue sur la société par rapport aux hommes et aux femmes aujourd’hui. Je ne pense pas qu’on puisse éliminer l’un ou l’autre. Ni d’ailleurs toujours en passer par la colère. Tout se tient, les femmes avec leur force, les hommes avec leur fragilité. Sans exclusion.»

Militante
«La célébrité, ça peut servir parfois. Ainsi dans ces actions contre les violences conjugales et les féminicides.»

Rustre
«J’admets, j’aime bien cette épithète. Ou franche, disons. Je suis très directe mais pas cassante car je déteste l’humiliation. Par contre, je ne prends pas de pincettes. Enfin, pas toujours.»

Directe
«Oh oui, très terrienne, dans le concret, avec les éléments. J’ai grandi en garçon manqué, dans la terre.»

Punchy
«J’ai fait du judo avec hargne. À cause de mon frère qui voulait en faire. Du coup, je m’y étais mise.»

Fidèle
«Plus en amitié qu’en amour. Car l’amitié donne la possibilité de vous tuer. L’amour, on sait que ça peut s’arrêter, recommencer, tandis qu’une déception d’amitié, c’est un deuil d’une violence absolue, une partie de soi qui s’éteint. L’ami, c’est la vraie famille que vous choisissez dans la sincérité totale de ce choix.»

Gourmande
«Je craque pour les pâtes à la poutargue (ndlr: spécialité méridionale à base d’œufs de mulet, salés et confits dans du vinaigre). Vous ajoutez de l’huile d’olive, de l’ail et de la moutarde. J’aime nourrir les grandes tablées.»

Bio Express

1978
Naît dans l’Eure, père corse, mère normande.
1993
Miss Lumio en Corse; mannequinat chez Yves Saint Laurent, puis Pirelli, Victoria’s Secret, L’Oréal, etc.
1999
Falbala dans «Astérix et Obélix contre César», superproduction de Claude Zidi.
2000
Modèle du buste de Marianne.
2001
«Les âmes fortes», première incursion chez
les cinéastes indépendants qu’elle va favoriser tout
en poursuivant sa carrière d’égérie de pub prestige.
2004
«Ondine» au théâtre, dirigée par Jacques Weber.
2007
Rencontre le père de ses enfants, Stefano Accorsi.
2010
Brigitte Bardot dans «Gainsbourg», de Joann Sfar.
2011
Retour à des productions plus commerciales, voire internationales; multiplie les projets les plus originaux, muse de Dominique Issermann dans les thermes de Vals ou héroïne sadomaso avec Benoît Poelvoorde dans «Une histoire d’amour», de Régis Jauffret.
2015
Rencontre Louis Garrel, qu’elle épouse en 2017.
2016
Ambassadrice de l’Unicef.
2019
«Le milieu de l’horizon», en salle.

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