Le Rhône, protagoniste principal d’un film poétique

Mélanie Pitteloud consacre son premier film au fleuve et aux enjeux de la 3e correction du Rhône.

Hydrobiologiste, Régine Bernard compare le Rhône à une «autoroute à poissons», regrettant la disparition de milieux propices à la fraie, hormis en quelques zones encore préservées.

Hydrobiologiste, Régine Bernard compare le Rhône à une «autoroute à poissons», regrettant la disparition de milieux propices à la fraie, hormis en quelques zones encore préservées. Image: DR - Aardvark Film Emporium

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Voisin majestueux, menace constante, source de richesses agricoles, trait d’union autant que frontière que l’on franchit quotidiennement… Le Rhône est tout ça et bien plus, au Vieux-Pays. Pour la Valaisanne Mélanie Pitteloud, il fait partie du paysage de son enfance. Alors qu’elle terminait ses études en cinéma au Canada, s’intéressant à la thématique de l’eau au travers d’images d’archives, la jeune réalisatrice a décidé d’en faire le personnage principal de son premier long-métrage. Dévoilé en avril dernier au festival Visions du Réel, Dans le lit du Rhône sort en salle le 7 février.

«En rentrant en Valais, j’ai été frappée par la manière dont on a corseté ce fleuve, raconte la jeune réalisatrice. Au point qu’il est devenu presque invisible. Les gens n’y prêtent plus attention, n’ont plus de relation avec lui.»

Pourtant, l’impétueux rappelle régulièrement qu’il ne se laisse pas aisément dompter. «En 1987 puis 1993, nous avons vécu deux crues d’une ampleur qu’on attendrait tous les soixante à huitante ans, rappelle dans le film Jacques Melly, conseiller d’État valaisan. Et puis la crue massive de 2000 est arrivée et tout a changé.»

Champs inondés, autoroute coupée, habitations dévastées… L’événement vient mettre en exergue la futilité de cette 2e correction du Rhône, réalisée entre 1930 et 1960. La vision des autorités change: plutôt que de chercher à tenir en laisse ce fleuve, on décide de lui laisser davantage de liberté en élargissant considérablement son lit. «Étant très sensible à la nature, cette nouvelle approche m’a beaucoup plu», révèle Mélanie Pitteloud.

La Valaisanne a remonté les berges et rencontré les acteurs concernés par ce «chantier du siècle». «Sans juger, mais dans l’optique de créer la discussion, plutôt que le conflit. Le débat politique avait déjà eu lieu: j’ai commencé à tourner à l’approche de la votation du 14 juin 2015 (ndlr: le peuple valaisan était alors appelé à voter le financement de ce projet, qu’il a accepté à 57% ).»

«Engagé, mais pas militant»

Biologistes, agriculteurs, pêcheurs et écrivains évoquent des visions parfois divergentes dans ce documentaire que Mélanie Pitteloud décrit comme «engagé, mais pas militant. Je voulais que chacun puisse exprimer ses préoccupations.»

En ressort une vision parfois idéaliste, presque romantique d’un passé antérieur à la 1re correction de 1863, où le fleuve était le maître du Valais. L’écrivain Jérôme Meizoz, citant un texte de 1991 de Raymond Farquet, y décrit le Rhône comme un «gisant d’eau», servant à évacuer, comme un «intestin grêle», «sans connexion avec la terre». Hydrobiologiste, Régine Bernard abonde et parle «d’autoroute à poissons», regrettant la disparition de milieux propices à la fraie. On en viendrait presque à regretter cette plaine marécageuse, inculte et insalubre d’avant 1863, quand les Valaisans fuyaient le canton par centaines ou tentaient d’exploiter les versants abrupts de la vallée.

Débat sensible

C’est pourtant bien la canalisation du Rhône qui a permis de stopper l’exode en rendant la plaine propice à la culture. Agriculteurs, Christophe Laurenti et Michel Reuse le rappellent à l’envi, eux qui avaient milité contre l’élargissement du lit du fleuve en 2015. «Nous avons déjà sacrifié des surfaces au train, puis à l’autoroute. On nous en prend encore pour le fleuve. Est-ce qu’on veut que l’agriculture remonte sur les coteaux? Le fleuve doit être à notre service et non l’inverse.»

Dans ce débat encore sensible, Mélanie Pitteloud refuse de prendre parti. «C’est toute l’ambiguïté de cette relation du Valais avec ce fleuve. On l’a canalisé pour permettre de développer la plaine et on a oublié de prendre en compte les mouvements de la nature. Le Rhône est le personnage principal de ce film. Mais c’est surtout un exemple pour toutes les régions traversées par un cours d’eau et confrontées aux mêmes réflexions.» (24 heures)

Créé: 01.02.2018, 09h54

Projections

Plusieurs projections en présence de Mélanie Pitteloud sont prévues ces prochaines semaines.

Lundi 5 février au Cinéma Bellevaux, Lausanne
Mardi 6 février au Cinéma Oron, Oron
Vendredi 9 février au Cinéma Rex 4, Vevey
Samedi 10 et dimanche 11 février au Cinéma Regency, Leysin
Mardi 13 février au Cinéma Grain de Sel, Bex
...

Plus de dates et horaires détaillés sur le blog de la réalisatrice.

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