Les mères dans tous leurs états à Venise

74e MostraBattues, rejetées, en colère ou en deuil: les mères ont envahi cette année la Mostra de Venise.

 Charlotte Rampling à la première de «Hannah».

Charlotte Rampling à la première de «Hannah». Image: AFP

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Dans «Hannah», l'énigmatique Charlotte Rampling incarne une mère dans le déni, paralysée par sa loyauté envers son mari arrêté.

Le deuxième long-métrage du jeune cinéaste italien Andrea Pallaoro, tourné en français, évite les dialogues explicites, mais on comprend vite que son mari est accusé de pédophilie.

Portrait intime

«Je suis encore ta mère et on est toujours une famille», plaide Hannah sur le répondeur automatique de son fils. «Tu n'es pas la bienvenue ici!», sera l'unique parole du fils lorsqu'elle sonne à sa porte chargée de cadeaux. Avec ce rejet dramatique, tournant du récit, Hannah s'écroule en larmes pour la première et unique fois.

Ce portrait intime, tout en cadrages rapprochés sur Charlotte Rampling, va explorer son effondrement psychologique et sa lutte pour se redéfinir comme individu, sans mari, fils et petit-fils.

«Il est très difficile de connaître les personnes qui nous sont proches. Mais avec une caméra, vous pouvez entrer dans la tête de quelqu'un», a estimé vendredi l'actrice britannique de 71 ans.

Pour autant, le film n'est pas complètement désespéré, puisque son personnage va essayer de «survivre», note la comédienne qui vit à Paris.

«J'ai cherché à avoir une approche sensorielle sans les distractions narratives», confirme Andrea Pallaoro, amoureux du travail de Charlotte Rampling. Son idée était «d'exciter la curiosité du spectateur en cachant plutôt qu'en montrant».

Léa Drucker en mère battue

Avec une narration nettement plus classique, mais efficace, le jeune français Xavier Legrand a dévoilé vendredi «Jusqu'à la garde», un premier long-métrage sur le drame des femmes battues. Le projet est né d'un court-métrage sur le même sujet, nominé aux Oscars en 2014.

Dans ce drame, Myriam (Léa Drucker) et Antoine (Denis Ménochet) divorcent. La mère demande la garde exclusive de son jeune fils en accusant à mots couverts le père de violences, mais une juge accorde une garde alternée. Pris en otage entre ses parents, l'enfant va tout faire pour les empêcher de se croiser.

Avant d'assister à une escalade de tension, le cinéaste brouille habilement les pistes et on s'interroge longtemps sur qui ment, qui manipule qui.

Léa Drucker campe une mère protectrice peu loquace, jetant un regard inquiet sur son fils peu enclin à voir son père. «Mon personnage est dans une certaine passivité, mais c'est une façon de se protéger. Sa peur est totalement intérieure», décrit-elle.

«J'ai voulu travailler sur la famille et la maison. On crée une maison où on se sent en sécurité, mais finalement c'est souvent l'endroit où on est le plus en danger», remarque le réalisateur.

Alors que la Mostra rendra son palmarès samedi soir, une dizaine de mères sont en embuscade.

Comme Ariane Ascaride, qui n'a jamais fait son deuil (la «Villa» de Robert Guédiguian) ou Frances McDormand, très en colère contre la police («Three billboards outside Ebbing, Missouri» de Martin McDonagh).

Mère italienne indigne, Micaela Ramazzotti vend ses nouveaux-nés («Una Famiglia» de Sebastiano Riso). Et la machiavélique mère de substitution Julianne Moore tartine des sandwichs empoisonnés à son neveu encombrant («Surburbicon» de George Clooney).

La palme de la maman revient toutefois à Jennifer Lawrence, dans l'allégorique «Mother!» (Darren Aronovsky). Elle va avoir un accouchement cauchemardesque mais sera prête à pardonner en offrant littéralement son coeur. (afp/nxp)

Créé: 08.09.2017, 19h53

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