Les scénaristes de séries suisses avancent sans garantie

ÉcransDans le sillage de «Quartiers des banques», qui entame sa deuxième saison jeudi, d’autres productions helvétiques défilent, révélant le rôle central de leurs auteurs.

Selon le producteur de «Quartier des banques»
Jean-Marc Fröhle, la saison 2  «devient plus organique, sale et violente». RTS/Jay Louvion

Selon le producteur de «Quartier des banques» Jean-Marc Fröhle, la saison 2 «devient plus organique, sale et violente». RTS/Jay Louvion Image: RTS/Jay Louvion

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L’année 2020 promet, sur le papier, un passage en force des séries helvétiques. Lancée en janvier sur nos écrans, la saison 2 de «Wilder», de Pierre Monnard, inédite, a ouvert le bal, replongeant dans les arcanes de la police bernoise. Elle sera suivie de près par la saison 2 du thriller financier «Quartier des banques», réalisé par Fulvio Bernasconi, dès le 20 février, ainsi que par «Bulle», de la défunte Anne Deluz, dès le 12 mars. Depuis que la RTS a lancé sa politique de coproduction de séries suisses en 2008, jamais autant de récits helvétiques n’avaient été diffusés à la suite, enjoignant scénaristes et producteurs à aligner des kilomètres de pages de scripts en un temps record et à intensifier le rythme des tournages.

Un signal fort a aussi récemment été envoyé dans ce sens: pour rappel, fin janvier, aux 55e Journées cinématographiques de Soleure, un nouveau pacte de l’audiovisuel a été signé par la SSR avec sept associations cinématographiques, injectant 5 millions de francs supplémentaires par année dans la coproduction de fictions et de documentaires, pour totaliser aujourd’hui 32,5 millions, ce qui devrait à terme étendre l’offre.


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Pourtant, toujours au stade de l’expérimentation, les productions romandes, dont l’écriture reste principalement financée par la RTS depuis une dizaine d’années malgré la multiplication des plateformes, n’ont jusqu’à ce jour que rarement dépassé la première saison. Le second exemple, en plus de «Quartier des banques», étant «L’heure du secret», d’Elena Hazanov (2014). «Nous décidons de continuer ou non à l’issue de la diffusion d’une saison, selon l’audience et surtout sur la base des propositions narratives des auteurs dont nous payons également le développement», assure Françoise Mayor, cheffe de l'unité fiction, documentaires et séries originales de la RTS.

Alors que le succès télévisuel de la première saison de «Quartier des banques» a été indéniable sur nos écrans, atteignant 28,5 % de part de marché en novembre 2017, sa reconduction est restée incertaine jusqu’à l’arrivée d’idées fraîches. Délivrées lors d’une séance de pitching (exposé en quelques phrases des grandes lignes de l’histoire), celles-ci ont permis de franchir le premier obstacle et de débloquer un budget écriture, essentiel lorsqu’on sait que pour la 2e saison de «Quartier des banques» 270'000 francs ont servi à l’élaboration du scénario, sur un total de 5,6 millions de francs.

Fusion des cerveaux

Pour les auteurs romands, l’ensemble du processus créatif ressemble à un marathon. En moyenne, six mois sont octroyés pour définir les jalons du récit, concevoir le premier épisode et l’arc narratif d’une saison, puis environ neuf supplémentaires servent à rédiger le reste. Dans le cas de «Quartier des banques», afin de livrer à temps les six épisodes, les scénaristes travaillent en groupe, une pratique répandue depuis des lustres outre-Atlantique, dans les writers rooms. «Il était primordial de travailler avec des auteurs basés en Suisse pour réfléchir dans la même pièce, explique Stéphane Mitchell, l’une des scénaristes de «Quartier des banques» aux côtés de Sébastien Meier, Noémie Kocher, Gania Latroch et Axel Dubus. La longueur d’une saison équivaut à quatre films et on dispose en général du même temps que pour l’écriture d'un long métrage. La contrainte est carrément physique! Il a fallu construire chaque saison comme un objet abouti, tout en gardant des ouvertures pour tenir le spectateur en haleine dans le cas où l’aventure se poursuivrait.»

Pour Léo Maillard, auteur, aux côtés de Romain Graf et de Thomas Eggel, de «Helvetica» (2019), première série d’espionnage en Suisse romande qui prend ses quartiers au Palais fédéral, l’écriture à six mains relève aussi de la nécessité: «Certaines personnes sont douées pour la structure. De mon côté, je me concentre sur l’incarnation des personnages. J’aime mettre la viande sur les squelettes. Il y a aussi le problème de l’empathie qu’un auteur éprouve pour son protagoniste. Dans la durée, il risque de l’installer dans une zone de confort. À plusieurs, on parvient à le pousser dans ses retranchements.»

«Il a fallu construire chaque saison comme un objet abouti, tout en gardant des ouvertures pour tenir le spectateur en haleine dans le cas où l’aventure se poursuivrait»

Reste que les scénaristes doivent faire avec les contraintes de temps et l’incertitude qui plane autour d’un arrêt définitif en cours de création. «C’est une question de taille de marché, résume encore Françoise Mayor. Si on était en Angleterre et que nos auteurs écrivaient pour la chaîne privée ITV, très probablement qu’ils auraient des contrats d’exclusivité avec une promesse de quatre saisons. Et certainement qu’ils concevraient leurs histoires différemment, avec une plus grande visibilité.» Encore au stade de prototypes, nos séries ont encore du chemin à parcourir pour mieux déployer leurs ailes. Pour les auteurs, difficile aussi de s’engager lorsqu’il faut naviguer entre divers projets incertains pour survivre.

Créé: 18.02.2020, 08h00

Les affaires reprennent pour Grangier & Cie

En 2017, la RTS a lancé «Quartier des banques», coproduite par Point Prod et cocréée par Stéphane Mitchell. En six épisodes, le premier volet au goût de thriller plonge en 2012, à Genève, dans le contexte luxueux de la place financière. On y découvre la banque familiale Grangier & Cie en pleine crise autour du secret bancaire. Alors qu’une surdose d’insuline met le directeur, Paul Grangier (Vincent Kucholl), dans le coma, sa sœur Élisabeth (Laura Sepul) reprend les commandes, soupçonne une tentative de meurtre, est écartée par de nombreux adversaires et tente de découvrir la vérité sur les sombres affaires de Grangier & Cie. Elle parvient finalement à transformer l’institution en modèle éthique. La saison 2 s’ouvre en 2014. Toujours à la tête de la banque, Élisabeth pense diriger un lieu sain. C’est tout le contraire. Il est en fait lié à une énorme affaire de corruption internationale, conduite par des actes d’une violence inouïe. Elle fera ainsi la connaissance de dangereux diamantaires. Avec, entre autres, Laura Sepul, Vincent Kucholl, Lauriane Gilliéron, Brigitte Fossey et Arnaud Binard.

Enjeux autour de la formation

Sur d’autres territoires où l’industrie des séries est florissante, des ponts clairs se construisent entre la formation et le monde professionnel. «Chez nous, l’enjeu principal serait d’avoir un bassin plus grand, que les scénaristes soient plus nombreux et travaillent davantage ensemble, relève Françoise Mayor, cheffe de l'unité fiction, documentaires et séries de la RTS. Si on regarde ce qui a fait le succès d’autres territoires où les fictions à épisodes fonctionnent, tant sur le plan national qu’international, on voit que le rôle des écoles est crucial.» Et de pointer l’exemple scandinave: «Il y a des passerelles qui sont faites de manière proactive entre la télévision danoise et l’École nationale du cinéma à Copenhague – où d’ailleurs on enseigne spécifiquement l’écriture de séries. Pendant leur formation, ils pénètrent dans les writers rooms, participent aux productions en cours et apprennent concrètement le métier en se confrontant à la réalité. Cela permet aussi au service public de repérer des univers intéressants et de poursuivre d’emblée certaines collaborations. Nous entamons dans ce sens des passerelles avec l’ÉCAL autour des séries, mais ce n’est qu’un début.»

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