Michel Blanc diagnostique

CinémaDans «Docteur?», l’ex-Bronzé prend le pouls social. Interview.

Dans «Docteur?», Michel Blanc se transforme en loque humaine.

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Poil clairsemé, bajoues boursouflées et borborygmes d’ours mal léché… dans «Docteur?», le comédien se vautre dans les outrages du temps. Et de la gnôle. «Et je n’étais même pas si grimé que ça, sourit le sexagénaire. Nous tournions de nuit, les vêtements, le corps, tout fatigue et ça va dans le sens du personnage.» La blouse blanche, ce baroudeur de la comédie l’a enfilée à cinq reprises pour le cinéma. Et de toutes sortes. «Je me souviens évidemment de «Ma femme s’appelle reviens» (1981) ou des «Témoins» (2007). Je n’oublierai jamais aussi «Médecins des hommes» (1988), un téléfilm que personne ne mentionne jamais, une histoire authentique à la frontière afghane sur un humanitaire. Nous tournions avec les MiG qui passaient dans le ciel, le son des bombardements...»

Michel Blanc pourrait raconter ce voyage pendant des heures, tant reste vif le choc d’«une humanité meurtrie sur fond de paysages d’une beauté inouïe à la lumière dorée rasante». La gêne aussi. «Ces gens aussi qui me prenaient pour un vrai toubib… Si j’ai la gueule de l’emploi? Je ne l’ai jamais envisagé. Mais je suis fasciné par l’habileté des grands professeurs à doser l’empathie, à partager l’émotion et s’en protéger à la fois.»

Animal à sang-froid, Michel Blanc? «Si je confondais le privé et le professionnel, ce serait terrible, ma compagne s’enfuirait, je serais mort depuis longtemps. Non. Je ne mélange pas, je sais ce que je suis, défauts et qualités. Le personnage ne m’atteint pas, je peux jouer les parfaits salauds sans m’en trouver souillé.» Lui qui s’est aventuré dans le plus embarrassant, des bains d’algues du Club Med avec «Les bronzés 1-2-3», au voyeurisme glaçant de «Monsieur Hire», met néanmoins des limites. «Je ne pourrais pas tourner sur la maltraitance des enfants. Pour l'acteur, bien sûr, c’est toujours du cinéma. Mais il y a toujours un moment où dans le «faire semblant», surgit un trouble. Face à un môme, je ne pourrais pas susciter cette ambiguïté.» Car le comédien a beau parler de construction cérébrale, de rester aux commandes du mental, arrive toujours l’instant de vérité: «Faut que ça sorte du ventre, que la technique disparaisse pour que nos vérités, celle du personnage et la mienne, fusionnent.»¨

«La vraie peur, c’est toujours de se tester, de pressentir l’échec. Je ne pense pas être un acteur illimité»

«Docteur?» souffre parfois de sentimentalisme à outrance là où un bon suppositoire d’impertinence s’avérerait plus efficace. Même si posé sur les épaules de Michel Blanc, le fatras de bons sentiments tangue. «Ce qui m’a séduit ici, c’est d’abord le fait que je n’avais jamais joué ce type de personnage. Moi, je ne veux pas appliquer une ordonnance comme ce médecin blasé. Je veux avoir un peu peur. Déjà parce que nous tournions la nuit. Ça n’a l’air de rien mais le décalage rend désagréable. Oh, et puis la vraie peur, c’est toujours de se tester, de pressentir l’échec. Je ne pense pas être un acteur illimité.»

Le petit homme a pourtant su s’émanciper du Splendid, prendre ses marques d’auteur drolatique, de comédien surprenant. «Longtemps, je suis resté collé à des dérivés de Jean-Claude Dusse, le gentil boulet franchouillard qui saoule l’assemblée. «Marche à l’ombre» (1984) a marqué une volonté consciente de boucler ce chapitre. L’âge venant, ça aurait été pathétique! Par chance, Bertrand Blier m’a alors proposé «Tenue de soirée», ma carrière a changé. De «Monsieur Hire» à «L’exercice de l’État», j’ai adoré le registre. L’alternance évite la routine.» Et de regretter que trop peu de cinéastes, encore, ne pensent à tâter de sa fibre dramatique.

«Les Français, et j’en suis, détestent être gouvernés»

De toute façon, Michel Blanc se préfère dans la nuance, sautillant d’un camp à l’autre. «Je me crois enclin à aimer les gens, il en existe que je déteste. Mais a priori, il est intelligent d’être bon. Paris en ce moment, se divise dans un climat de haine clanique, la patrie part en lambeaux, mise à sac par des politiciens carriéristes. Les revendications légitimes des grévistes se noient dans les effets de manipulation avec tous ces tireurs de marionnettes qui ont envie de se payer (Emmanuel) Macron, et les casseurs institutionnalisés. Avec effet boule de neige… ça finira en guerre civile!» L’extrême-droite l’insupporte, la gauche mitterrandienne aussi, avec ses manœuvres doctrinaires hors sol dont nous n’avions pas les moyens. «Parlez à un médecin, il vous dira que la semaine des 35 heures, il l’a faite le mardi soir.» C’est grave, docteur? Il soupire un sourire. «Les Français, et j’en suis, détestent être gouvernés. Nous ne sommes pas assez méditerranéens pour charmer, mais juste assez pour que cela soit chiant.»

Créé: 10.12.2019, 22h08

C’est pas grave, docteur

Critique

À Paris, menacé d’être radié de l’Ordre des médecins, Serge, le soir de Noël, assure son service au SAMU. Ravagé par la déprime, l’alcool et les médicaments, le toubib s’endort en consultation, vomit chez les patients, agresse les parents bobos des bambins qu’il soigne. Tandis qu’un lumbago l’achève, un livreur de pizza le sauve en lui servant de doublure. Malek grimpera les étages, Serge, au bout du fil, le guidera dans ses auscultations.



Le réalisateur, Tristan Séguéla, ne révolutionne pas les codes de la comédie sociale, pas plus qu’il ne concrétise un potentiel choc d’humours relationnels entre l’ancien Bronzé Michel Blanc et le jeune youtubeur Hakim Jemili.

D’une manière plus pépère, l’ancêtre désillusionné reprend pied au contact du jeune idéaliste, ce dernier découvre l’universalité de la douleur. Les vannes fleurent parfois le débordement scatologique, la prévisible perte des eaux ou la caricature du bourgeois bourrin.

Rien de fatal ici, juste l’impression d’une longue salle d’attente.



«Docteur?»
Comédie (Fr., 89’, 6/12)
Cote: * *


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