Quand les groupes s’invitent au cinéma

CinémaPour la sortie de «Mamma Mia! 2», on passe en revue les apparitions de formations mythiques depuis les Beatles.

«Mamma Mia!» la suite : les «chorés» ne sont plus ce qu’elles étaient.

«Mamma Mia!» la suite : les «chorés» ne sont plus ce qu’elles étaient. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Que le cinéma trouve matière à inspiration dans la musique, quoi de plus normal. Il est même un genre qui s’en nourrit, la comédie musicale. Bien avant que les tubes d’ABBA ne forment un musical puis deux adaptations successives sur grand écran, d’autres groupes ont inspiré le septième art, soit via leurs sons, soit en devenant acteurs.

Les premiers à expérimenter le pouvoir de l’image ont été les Beatles, dans les années 60 – décennie où naissent d’ailleurs littéralement les groupes, à de rares exceptions près. John, George, Paul et Ringo auront ainsi droit à un traitement de faveur avec films formatés à leur image et même leur metteur en scène attitré, Richard Lester, qui les dirige successivement dans «A Hard Day’s Night» et «Help!» en 1964 et 1965.

Ces véhicules sont des réussites et ne fonctionnent pas uniquement grâce à une bande-son gorgée de tubes, mais parce que Lester dirige vraiment les Fab Four, leur confiant un rôle (même s’il s’agit du leur) et une fonction de personnage. Ces films sont drôles, alertes, plutôt bien écrits et nullement démagogiques dans leur volonté d’exploiter le succès planétaire du quatuor.

Des expériences uniques

D’autres groupes des sixties ont-ils eu droit à semblable traitement? La réponse est oui, même si les Rolling Stones, en dehors des concerts filmés (qui ne seront pas mentionnés dans ce texte) et des prestations solo de Mick Jagger, ne sont pas concernés.

Les Herman’s Hermits, vedettes d’un «Hold On!» (d’Arthur Lubin, 1966) tout à leur gloire mais pas unique – on les voit encore dans «When the Boys Meet the Girls» et dans «Mrs. Brown, You’ve Got a Lovely Daughter» –, ne font que copier ce qu’ont lancé les Beatles. Reste qu’en la matière, les tentatives ne sont pas légion et qu’aucun producteur ne se risque à mettre en chantier des films dans lesquels des groupes réputés ingérables doivent tenir leur propre rôle devant une caméra.

Pour preuve, on ne verra jamais de fictions avec les Doors, les Kinks ou Led Zeppelin. Et la plupart des films construits autour de groupes pop ou rock seront dès lors des expériences un peu uniques, parfois hasardeuses, rarement régulées.

Ainsi des Pink Floyd, dont un double album inspire un métrage entier, «The Wall», d’Alan Parker (1982). Mélange de prises de vues réelles et d’animation, variation sur la schizophrénie et film expérimental, le résultat désarçonne et séduit.

Peut-être parce qu’il ne ressemble qu’à lui-même, et répond sans le vouloir à la déferlante disco que «La fièvre du samedi soir», de John Badham, a balancée sur le monde, signant le retour d’un groupe sixties qui deviendra millionnaire, les Bee Gees, indissociables du film de 1977, même s’ils n’y apparaissent pas. En revanche, ils tenteront de s’imposer comme comédiens, avec également Peter Frampton, dans un «Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band» inspiré des Beatles qui fera un flop en 1978.

Ratages à succès

Dans ce domaine, seuls les Who, et surtout Roger Daltrey, parviennent à tirer parti des potentialités du cinéma, en particulier lorsqu’il s’agit d’adapter un opéra rock, «Tommy» (1975), mis en scène par un Ken Russell alors très influent. Ce qui permet d’affirmer que la réussite de tel ou tel projet, au-delà de son aspect commercial, dépend aussi de la patte éventuelle de celui qui le met en boîte.

L’application de recettes n’est jamais suffisante et encore moins payante, c’est bien connu. Il faut même un certain talent pour triompher de projets aussi impossibles que «Moulin Rouge» (Baz Luhrmann, 2001) ou «Chicago» (Rob Marshall, 2002). La comédie musicale est un genre casse-gueule, coincé entre des codes, une tendance à la mièvrerie et le respect inévitable que certaines séquences nécessitent.

Là où «La La Land» (Damien Chazelle, 2016) remplit son objectif et transcende sans peine son sujet, les différents volets de «High School Musical» cumulent les clichés jusqu’à l’écœurement.

La présence dans un film de tubes, voire d’un groupe à succès, suffit-elle à compenser certaines carences? Réponse clairement négative au vu de quelques titres. «Spice World, le film» (1997), tentative pour capitaliser sur le succès alors mondial des Spice Girls, s’y était cassé les dents, tout en générant plus de 150 millions de dollars.

Tout aussi raté, le premier «Mamma Mia!» (2008) a pu compter sur la fidélité d’un public et de plusieurs générations qui se déhanchent sur des tubes d’ABBA – sur scène d’abord, via l’écran ensuite –, pour dépasser les 600 millions de dollars de recettes, statut financier amplement suffisant pour justifier la réalisation d’un second volet sortant ce jour. Sans grands risques! On est ainsi prêts à parier que ce «Mamma Mia! Here We Go Again», comme c’est souvent le cas pour les vieilles recettes, sera l’un des succès de l’été.

(24 heures)

Créé: 24.07.2018, 19h02

Critique

Un certain amateurisme

Paysages idylliques, cieux toujours bleus de carte postale, et sous le soleil d’îles grecques paradisiaques, tout le monde est jeune, beau et insouciant.

Pourtant, tous et toutes cherchent l’amour. L’intrigue, sans surprise, est celle d’un de ces romans-photos à l’eau de rose que l’hebdomadaire «Nous Deux» publie encore.

La bande-son compile à nouveau les principaux tubes d’ABBA. Parfois les mêmes que dans le premier volet. Et qu’importe, puisque le public les aime, donc les réclame. «Mamma Mia! Here We Go Again» se monte, financièrement et esthétiquement, comme on monte une mayonnaise.

Enchaînement de numéros musicaux chorégraphiés à la diable, stars souriantes – Cher, plus jeune que jamais, Meryl Streep en guise de clin d’œil – et intrigue mêlant passé et présent, le tout sans enjeu narratif.

L’affaire lasse vite. La standardisation s’installe jusqu’à l’ennui, sans même ce sentiment d’assister à un spectacle bien rodé. L’aspect amateuriste du film, malgré un budget indécent, saute malheureusement aux yeux.

Réalisateur et scénariste de la chose, Ol Parker ne sait visiblement pas ce qu’est la direction d’acteurs ni la mise en scène. Alors certes, le film déborde de couleurs et de joie. Mais pas de talent.

Comédie musicale
(USA, 8/8, 114’)
Cote: *

Articles en relation

Les hôtes du Transylvania s’éclatent en croisière

Phénomène rare, la série se bonifie. Sans doute parce que Drac et ses potes prennent des vacances. Plus...

3 trucs à savoir sur…

"Sweet Country", un western australien Plus...

«Hotel Artemis» sacre le retour de Jodie Foster

Cinéma Après une longue absence, l’actrice vient prêter un peu de classe à cette dystopie horrifique. Série B. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.