«Varier les projets aide à conserver le désir»

RencontreDans « Les gardiennes », Nathalie Baye donne la réplique à sa fille, Laura Smet, et incarne une fermière dans la France de la Grande Guerre.

Nathalie Baye et Laura Smet, une mère et sa fille, à la ville comme à l’écran.


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C’est une ferme où dominent les femmes. Les hommes sont partis au front, du moins les plus jeunes, pendant que leurs épouses et leurs mères doivent tenir le domaine. S’occuper des bêtes, labourer, travailler la terre, tâches physiques difficiles qu’elles acceptent en espérant un jour une bonne nouvelle, le retour d’un des leurs de cette guerre qui n’en finit pas.

Nous sommes en 1915, la Grande Guerre a débuté depuis une année, et l’hiver prochain s’annonce glacial. Une mère et sa fille, Nathalie Baye et Laura Smet, ne peuvent pas tout faire à deux. Alors elles engagent une jeune fille de l’assistance publique pour les seconder dans un labeur que troublent parfois les permissions.

Xavier Beauvois, finalement assez proche du travail épuré à l’œuvre dans Des hommes et des dieux, signe avec Les gardiennes un film au classicisme éprouvé, au rythme juste et à l’émotion palpable. Le métrage procède d’une envie de raconter une France coupée de l’histoire, dans laquelle chaque destin se voit rattrapé et scellé par la tragédie. Dans le rôle principal, Iris Bry, une jeune inconnue découverte suite à un casting sauvage, et Nathalie Baye, très impliquée dans un rôle cruel de mère qui finira par trahir sa conscience au profit d’une fausse morale et d’une bienséance aux résonances absurdes. Pour parler du film, la comédienne était sans doute la candidate idéale. Nous l’avons rencontrée le mois passé lors de sa venue au Geneva International Film Festival, où Les gardiennes était présenté en ouverture et en première suisse.

C’est la troisième fois, après «Selon Matthieu» et «Le petit lieutenant», que vous tournez sous la direction de Xavier Beauvois. Est-ce rassurant de retrouver quelqu’un que l’on connaît? Forcément, oui. Mais cette fidélité raconte surtout des choses. Une troisième fois avec un réalisateur, cela signifie que cela se passe bien entre nous. Qu’on se fait confiance. Que les retrouvailles seront agréables. En même temps, rien n’est jamais acquis. Chaque aventure est différente; Il n’est pas question de se reposer sur nos lauriers.

Comment cela se passe-t-il avec Beauvois? Avec lui, le travail est très simple. Il est habité et il aime penser aux acteurs. Certains réalisateurs, lorsqu’ils parlent de leur film, donnent l’impression qu’ils ne savent pas expliquer. Xavier Beauvois, c’est l’inverse. Sans doute parce qu’il est lui-même acteur, il a un langage commun avec ceux qu’il dirige.

En quoi votre rôle dans «Les gardiennes» vous a-t-il attiré? Xavier m’a d’abord fait lire le roman d’Ernest Pérochon. Je l’ai trouvé très beau. Sinon, j’avais fait la voix off d’un film qui parlait des femmes durant la Grande Guerre. Donc le sujet me plaisait. En plus, j’aimais le côté romanesque du livre, puis du scénario. Mais je savais que ce serait rude. Physiquement difficile, voire pénible. La femme que je joue doit tenir une ferme. Cela implique une certaine condition physique. Elle a de l’orgueil et la volonté de bien faire. Elle est dure et intense.

Le fait de jouer avec votre fille, Laura Smet, et de camper sa mère dans le film doit faciliter le travail, non? Oui, je ne peux pas affirmer le contraire. En plus, cela donne quelque chose de vrai au film. Et Xavier adore les choses vraies. Sur Le petit lieutenant, Jalil Lespert jouait par exemple avec sa copine. Lorsqu’il m’a annoncé que Laura allait incarner ma fille dans Les gardiennes, je n’ai pas été si surprise que cela. Nous n’avons pas besoin de jouer la mère et la fille, puisque nous le sommes. Jouer avec Laura est quelque chose de très simple. Il n’y a pas de circonvolutions avec elle. Avec Beauvois non plus. La seule chose difficile, ici, c’était les conditions de tournage, parfois très rudes. On a par exemple dû apprendre à labourer. C’est super dur.

En quoi le personnage d’Hortense vous ressemble? Nous avons toutes les deux une forme de courage. Comme elle, je ne suis pas quelqu’un qui lâche vite les choses. Sinon, j’aime beaucoup Hortense, c’est une femme qui m’émeut. À cette époque-là, les femmes n’avaient pas le choix. Pendant la guerre, elles devaient remplacer les hommes et les attendre. Et puis elles étaient constamment enceintes.

Ces dernières années, on vous a vue dans toutes sortes de films différents comme «Juste la fin du monde» de Xavier Dolan ou «Moka» de notre compatriote Frédéric Mermoud. Pourquoi un tel éclectisme? J’ai toujours eu envie de faire des choses différentes. Cela aide à conserver le désir. J’adore les comédies, mais aussi les drames plus sombres. Ce qui définit mes choix, ce sont le scénario et le réalisateur. Il doit y avoir aussi une part d’amusement et de plaisir dans le travail.


Drame (Fr., 128’, 10/12). Cote: ***
(24 heures)

Créé: 05.12.2017, 17h30

En dates

1948
Naît le 6 juillet, dans une famille de peintres bohèmes.
1972
Elle sort du Conservatoire avec un deuxième prix.
1978
Premier rôle principal dans «La chambre verte», de François Truffaut.
1981
Reçoit son premier César pour son second rôle pour «Sauve qui peut (la vie)» de Jean-Luc Godard.
1982
«Le retour de Martin Guerre» et «La balance» la propulsent au rang de star du cinéma français.
1983
Un an après sa rencontre avec Johnny Hallyday, elle donne naissance à Laura Smet. Au cinéma, elle se fera désormais plus rare.
1999
Renoue avec le grand public grâce à «Vénus Beauté (Institut)» de Tonie Marshall.
2006
Obtient son quatrième César pour «Le petit lieutenant» de Xavier Beauvois.

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