«Abou Leila», un film-choc essentiel qui met à nu le terrorisme

CinémaCe film découvert à la Semaine de la critique cannoise puis au NIFF parvient enfin sur nos écrans.

Une violence aux lignes graphiques affirmées. Image: DR

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Le désert et le sang, une traque et de supposés terroristes. Une lecture politique et puis non. «Abou Leila», premier film d’Amin Sidi-Boumédiène, ne ressemble pas du tout à ce qu'il pourrait être. Et ce «pas du tout» est fondamental. Car il contribue à définir à la fois l'état hypnotique dans lequel nous plonge ce métrage et sa manière totalement unique de dévier vers l’abstraction à partir du plus réaliste des contextes. Car le film ne fait mystère de rien, au fond.

Nous sommes en 1994, pendant la guerre civile, durant cette décennie qui a meurtri l’Algérie et dont le cinéma a parfois rendu compte. Et dans tout cela, une attaque terroriste, presque en guise de séquence introductive, attaque méticuleusement décrite, cadrée, narrativement maîtrisée. La violence est jetée, sèche, intrusive, et il faudra près d’une heure pour que le film la justifie. Car s’ensuit une traque, comme un motif de vengeance, qui nous entraîne petit à petit dans le désert, aridité et sécheresse que le film paraît emprunter au western. Le tout en s’enfonçant dans une violence palpable, à la limite du soutenable, aux lignes graphiques affirmées, mais apparemment sans lien de causalité direct avec ce que le film présente, et cela même si l’ensemble paraît d’une fluidité aussi remarquable que constante.

Folie opaque

Au fur et à mesure de l’avancée du récit, tout semble en effet mis en œuvre pour égarer le spectateur. Alors qu’Amin Sidi-Boumédiène cadre au plus près son personnage principal, l’allégorie pure l'emporte, l’abstraction paraît dominer, au point de noyer la conscience politique d’une histoire qui vire abruptement à la tragédie dans ce qu’elle a de plus pur. En 1956, dans «La mort en ce jardin» de Buñuel, le surréalisme finissait par dicter sa loi dans le contexte répressif de la révolte d’un pays imaginaire d’Amérique du Sud. C’est le même mouvement, la même folie opaque qui se dessine dans «Abou Leila». Comme si, pour enfin parler d’histoire contemporaine, de terrorisme et de l’horreur du monde, il fallait procéder par une sorte de mise à nu des personnages et de leurs actes, les débarrasser de toutes scories.

En résulte une barbarie à l’état pur, c'est-à-dire un schéma narratif que même le soleil ne parvient pas à brûler, que même l’image ne parvient pas à écorner. Face à ce film, il faut bien avouer que l’on se trouve par instants largué, démuni, dépassé par ce qu’on voit. Sans que jamais la fascination ne se relâche, sans jamais que l’ennui nous gagne. Ce film choc et salutaire avait été présenté à la Semaine de la critique à Cannes, mais nous ne l’avions pas découvert à ce moment-là. Dans l’intervalle, ce faux road movie a transité par le NIFF à Neuchâtel et sort enfin. C’est un film important, stylistiquement impeccable, à ne pas rater, mais à ne pas mettre devant toutes les rétines, on l’aura deviné.

À l'affiche au CDD. Séances spéciales en présence du réalisateur le 24 au Royal (Sainte Croix) à 20h30, le 25 au City Club (Lausanne) à 18 heures, le 26 au Bio (Genève) à 10h. Cote: ***

Créé: 18.01.2020, 13h56

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