Passer au contenu principal

L’acteur Daniel Day-Lewis se taille un film à sa démesure

À croire l’acteur irlandais, Phantom Thread serait son ultime performance.

Mèches grises gominées sur front soucieux et poigne ferme sur soie filante, Daniel Day-Lewis possède chaque fibre de Phantom Thread. Sa coupe en génie tourmenté de la haute couture pourrait lui valoir un quatrième Oscar en mars. À 60 ans, le comédien anglo-irlandais y saisirait l’occasion de faire ses adieux à la profession, lui qui s’obstine à déclarer: «Ma course est terminée.» Au-delà, Phantom Thread, griffé par Paul Thomas Anderson, s’il traite aussi des affres de la vie artistique, vole à d’autres hauteurs. À Londres, dans les années 1950, le New Look de Dior et consorts n’a pas encore traversé le Channel mais sa révolution menace. L’incorruptible Reynolds Jeremiah Woodcock règne sur un petit empire, les richissimes bourgeoises lui passant le moindre caprice pour enfiler ses somptueuses créations. À ces cocottes boursouflées, le maître préfère de jeunes filles en fleur. Une fois butinées, Reynolds se débarrasse de ces longues tiges au port de reine. Jusqu’à Alma – merveilleuse Vicky Krieps. Son physique «statuesque» le sidère. Affolé par la passion, le célibataire invétéré épouse sa muse.

Autour du couple incandescent flottent la jalousie d’une sœur à l’omniprésence tyrannique, la superficialité des nantis, la trivialité des banquiers. Pour préserver l’exclusivité de leur relation, Alma, décidée à ne pas jouer les jolies potiches, instaure un jeu dangereux. L’influence des films noirs d’un Hitchcock inspiré par Daphné du Maurier s’insinue alors dans les élégances de mise en scène à la Losey. Le classicisme rigoureux d’une sulfureuse mécanique se met en place, évoquant la puissance des classiques d’antan, au hasard, Les chaussons rouges, de Powell et Pressburger.

Le couturier, affamé de désir, consent à ce complot empoisonné avec une allégresse morbide. Reynolds, n’a-t-il pas cousu une mèche des cheveux maternels dans la doublure de son manteau, sur son cœur? Cette mère le poussa à coudre sa première robe de mariée. Sans s’enferrer dans des délires psychanalytiques, Paul Thomas Anderson épingle une apocalypse émotionnelle. En alter ego, Day-Lewis se faufile dans l’antichambre de la création avec une égale maestria, stylant sur Reynolds géniales intuitions, caprices tragicomiques, angoisses grondantes. À son habitude, l’acteur a étudié ce monde durant des mois, apprenant faufil, étoffes, etc., prenant pour modèle Balenciaga. Une épopée minimaliste se tend comme sur velours dévoré et tire le «fil fantôme», traduction de ce titre mystérieux.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.