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L’acteur Ryan Gosling s’offre une lune de miel

Après «La La Land», il sublime «First Man» pour Damien Chazelle.

Des cinéastes venus la filmer, la Lune en a connu de toutes espèces. Le dernier en date, Damien Chazelle, la conquiert avec une superstar, Ryan Gosling, un équipier «testé et approuvé» depuis leur pas de deux triomphal dans «La La Land». Leur complicité réussit à décaler «First Man» de son orbite classique. La saga du premier homme sur la Lune, Neil Armstrong, prend un tour inédit. Prêts à danser avec les stars, le duo la joue mambo, valse ou tango, rompt avec les traditionnelles trajectoires d’exception qui mettent k.-o. par crescendo émotionnel. S’écartant de «Gravity», «Interstellar» et autres aventures lyriques à la dernière frontière, Gosling enfile la combinaison de Neil Armstrong avec une sécheresse vériste rare. Et donc avec les emmerdements qui l’accessoirisent.

À plusieurs reprises, Damien Chazelle a défini son objectif lune. Piéger le plus de subjectivité possible, montrer les petites histoires sous la grande, notamment le caractère sombre de Neil Armstrong muré dans ses blessures intimes. De «Whiplash» en «La La Land», le cinéaste se dit obsédé par les destins solitaires rongés de douleur hargneuse, peu sympathiques de prime abord. Dans son portrait de l’homme promu demi-dieu quand il alunit le 21 juillet 1969, il n’esquive ni les sacrifices peu glorieux, ni les périls si coûteux, ni les compromis moraux.

Rien d’idyllique dans une «success story» qui va opérer à reculons. Se basant sur une biographie de James R. Hansen, «First man, le premier homme sur la Lune», il filme un père qui ne peut pas dire au revoir à ses garçons, et encore moins à faire le deuil de sa fillette enlevée par un cancer, un époux qui table sur une compagne dévouée, jusqu’au martyr si nécessaire.

En touches fugaces, le contexte de l’époque se matérialise, plutôt hostile à ces conquérants de l’espace. La NASA traite de l’histoire des hommes blancs alors que les Noirs crèvent de faim et de racisme en chantant «Whitey on the Moon». Finance des allumés utopiques alors que la guerre du Vietnam bat son plein. Peu avant le grand départ, une séance d’essais brûle vif un équipage entier et cette histoire de conquérir la Lune semble court-circuitée à jamais. Même l’épouse de Neil Armstrong se rebelle contre un mauvais trip bricolé par des utopistes fanfarons. Damien Chazelle glisse alors une archive éloquente, qui montre Robert Kennedy exhortant les foules en pleine guerre froide avec les Russes: «Nous ne le faisons pas parce que c’est facile mais justement parce que c’est un pari.»

Cette propagande patriotique ne résume pas «First Man». À 33 ans, Chazelle pose en cinéaste plus sentimental que ses aînés - au hasard, Michael Mann dans «L’étoffe des héros», Clint Eastwood dans «Space Cowboys», Ron Howard dans «Apollo 13» etc. Ambitieux lui aussi, ce chorégraphe des âmes désespérées impose un style. Même et surtout face au néant. Du bond de géant pour l’humanité, le réalisateur retient le «petit pas pour l’homme».

Face à la terre entière qui veut annuler sa mission, Neil Armstrong relève la tête. Intérioriser en serrant les dents, c’est aussi la spécialité de l’acteur Ryan Gosling. En commandant de bord à sang froid, ce type-là ne semble jamais transpirer. De là, il sera pardonné quelques invraisemblables licences poétiques au solide équipage de «First man», comme ce bracelet que l’astronaute conquérant mais père inconsolé jette dans la mer de la Tranquillité.

Saga (USA, 140’, 12/12) Cote: VVV

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