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L’Afrique crève l’écran

Soignant la découverte à travers de multiples entrées, le festival lausannois Cinémas d’Afrique revient aussi sur les films auréolés à l’étranger dont «Félicité», Ours d’argent à Berlin.

Femme, chanteuse, mère, la «Félicité» d’Alain Gomis vit à Kinshasa mais sa vie parle de toutes les femmes.
Femme, chanteuse, mère, la «Félicité» d’Alain Gomis vit à Kinshasa mais sa vie parle de toutes les femmes.
DR

Félicité, c’est son second prénom, celui que ses parents lui ont donné alors qu’elle revenait de la mort et du cercueil où ils la pleuraient! Mais c’est le prénom qui ne colle plus vraiment à sa vie de femme libre, de chanteuse perçant les nuits moites de Kinshasa de sa voix soul, de Mère Courage forcée de réunir une fortune pour sauver son fils violemment cabossé par un accident de moto. Mais cette Félicité – à voir dans le cadre du Festival Cinémas d’Afrique à Lausanne –, c’est aussi la preuve d’un continent qui peut compter sur grand écran. Donc… un peu de la promesse contenue dans ses huit lettres.

Alain Gomis, son réalisateur, est revenu ce printemps avec un Ours d’argent de Berlin juste après son Etalon d’or du meilleur film africain au Festival panafricain du film et de la télévision de Ouagadougou. Des récompenses qui aident un art en mal d’existence sur un continent encore très largement privé de salles obscures, fabriques de fierté, elles activent les renommées et favorisent une distribution plus large. Mais au-delà de l’indéniable accélérateur commercial, le Franco-Sénégalais se réjouit «d’exister dans les salles» avec un film libérant le regard des stéréotypes et d’attentes castratrices. Vu d’ici, le cinéma africain ne doit pas absolument faire de l’Africain, mais sur le continent, l’évidence a encore du chemin à faire. La musique et, depuis cette année, les arts plastiques tracent leur voie avec un engouement du marché qui s’est réveillé dans le sillage de la vente de la collection David Bowie et des expositions qui foisonnent. Alors pourquoi pas le septième art?

Plus contemporaine qu’africaine, Félicité, son regard désabusé, cet être de prime abord peu amène, se pose en phare. «Mon premier choc cinématographique, glisse Alain Gomis, c’est un film japonais! La preuve qu’on n’est ni dans un rapport de culture et pas davantage de nationalité. Mais il faut faire respirer les films à l’extérieur, c’est évident! On n’est pas obligé de se conformer à ce que l’on attend de nous, il faut se faire confiance et c’est de cette foi dont a besoin le cinéma du continent africain. Il doit davantage croire en lui pour que la production et toutes les autres structures y croient à leur tour et fassent que ces films existent.»

Cette confiance, le diplômé de la Sorbonne – trois courts et quatre longs-métrages à sa filmographie – l’a poussée à l’extrême en osant un film en lingala, l’idiome de Kinshasa. On lui a promis une erreur fatale, il a foncé et poussé plus loin encore en cherchant la beauté dans la violence. «On a deux heures à passer ensemble, donc tout le temps de se dire des vérités, clame-t-il. Ce n’est que lorsqu’on cherche à se rassurer que l’on se ment un peu.» Ce geste d’auteur, cette prise d’assaut d’une réalité ni africaine ni européenne mais avant tout et profondément humaine ont convaincu. Résultat: la France, la Belgique, l’Allemagne, le Sénégal, le Gabon et le Liban se partagent le montage financier de Félicité. «Et, sourit-il, lorsque nous sommes rentrés de Berlin et plus encore de Ouagadougou, nous étions attendus à l’aéroport de Dakar comme si nous avions gagné la Coupe du monde! C’est une fierté, bien sûr, mais l’urgence est plutôt de savoir comment transformer cette énergie.»

«L’élan est là»

A 45 ans, Alain Gomis perçoit les vibrations de la gagne: l’évolution est là, manquent encore les structures de poids pour inscrire cette dynamique dans une durée. «Il y a encore du travail pour faire connaître ce nouveau souffle d’un cinéma d’auteur africain et pour s’assurer des relais dans les festivals, reconnaît Baba Diop, président de la Fédération africaine de la critique cinématographique. Mais l’élan est là, la tendance change avec cette jeune génération, active sur les supports numériques, qui n’a plus à attendre l’appui de l’Etat pour produire. Elle est en train d’écrire son cinéma en s’appuyant sur les leçons d’ouverture de réalisateurs comme Alain Gomis. Il y a une semaine, à Dakar, une soirée de courts-métrages était programmée. La salle de 1500 places était pleine à craquer de jeunes venus voir les films de leur génération.»

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«Félicité» Ve 18 août (20 h), sa 19 (16 h)

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