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Agnès Varda et JR en vadrouille pour afficher la tête des gens

Le photographe plasticien et la cinéaste ont fait chemin commun pour le film «Visages Villages». Interview du cadet.

JR et Agnès Varda se sont trouvés au-delà de leurs différences d’âge et d’approches artistiques pour le film «Visages Villages».
JR et Agnès Varda se sont trouvés au-delà de leurs différences d’âge et d’approches artistiques pour le film «Visages Villages».
DR

Qu’avaient donc en commun Agnès Varda, 89 ans, survivante de la Nouvelle Vague qui signait en 1955 déjà le film La pointe courte, et JR, street artist de 34 ans connu pour ses photographies géantes affichées aux quatre coins du monde? Leurs deux styles ont fini par se conjuguer en une concordance asymétrique dans le documentaire Visages Villages, road movie embrassant les gens et leur propre rencontre. Interview du plus jeune des trublions, en visite lundi à Genève avant un passage au Montreux Jazz.

Etonnant de voir que vous avez dû recourir au financement participatif. Varda et JR: les producteurs ne sont pas venus vous manger dans la main?

D’abord, comme deux mauvais élèves, nous n’avions rien écrit et nous avions envie de nous lancer tout de suite. Agnès ne savait pas si elle serait encore là dans six mois, une année. Il y avait urgence. En quelques jours nous avons levé la somme demandée, mais elle a aussi vendu une salle de montage.

Qui avait le plus envie du film?

Tous les deux. On s’est embarqués sans se dire que ce serait un film. Ensuite, on a pensé à un court-métrage et petit à petit, il s’est allongé. On s’est aussi donné le temps. D’habitude, on tourne en six mois, là on s’est laissé porter sur un an et demi. On a pris le temps, fait défiler les saisons et les rencontres.

Vos intérêts ont toujours convergé?

A un moment, je me suis rendu compte que je voulais aussi faire un film sur ma rencontre avec Agnès, alors qu’elle ne voulait aller qu’à la rencontre des gens. Finalement, elle a lâché du lest et c’est là qu’elle m’a laissé photographier ses pieds.

Par moments, vous êtes devenus acteurs de vous-mêmes?

Il y a des moments où on laissait juste tourner pour garder un souvenir et finalement on a utilisé certaines séquences. Mais quand on discute dans la cuisine, là, oui, on savait qu’on allait garder, mais ce sont des dialogues un peu dans le style de la Nouvelle Vague!

Vous représentez un peu la jonction des contraires. Facile?

C’est vrai que nous sommes aux extrêmes, mais j’avais vu des films comme Murs Murs où elle s’intéressait aux fresques murales de Los Angeles, alors que je n’étais même pas né! Je me suis aussi rendu compte qu’elle était partie à Cuba, en Chine, des pays où j’ai travaillé 50 ans plus tard. On s’est découvert des passions identiques qui passaient par les mêmes endroits mais à des époques différentes. Finalement, nous avons travaillé avec la même approche, mais pas forcément les mêmes moyens. Au final, je crois que j’ai gagné: elle s’est créée un compte Instagram il y a quelques semaines alors qu’elle m’a pourri pendant tout le tournage avec les réseaux sociaux!

Il a fallu la bousculer pour éviter qu’elle ne prenne le pouvoir?

Exactement. C’était le cas au début – je peux parler librement, elle n’est pas là! Normal quand un petit jeune travaille avec une légende. Au bout de quelques mois, j’en ai eu marre, je lui suis un peu rentré dedans. Elle m’a écouté, étonnée, et j’ai recommencé. Elle aimait ça, car plus personne n’osait lui faire de remarques.

Comme le demande un employé dans le film: quel était le but de «Visages Villages»?

Je le lui ai encore dit l’autre jour à Bologne où le film était projeté: c’est bien ce que tu lui as répondu parce que je ne sais pas si j’aurais pu être aussi convaincant. L’idée était donc d’apporter notre imaginaire chez les gens et de voir si on arrivait à en faire quelque chose avec eux.

Ce film, c’est une façon de réaffirmer le pouvoir des images?

C’est surtout refédérer les gens autour d’une activité physique réelle. Nous sommes tous connectés à des groupes qui veulent sauver les dauphins, mais, en vrai, on reste à la maison et on appuie sur un petit bouton. Comme à l’époque d’Agnès, l’envie était de retrouver un lien social. D’ailleurs, les participants ne se rappellent pas les images en premier, mais le moment, l’action, la rencontre de quelqu’un. Dans le photomaton géant, la prise dure 30 secondes, mais la queue dure 7 heures et crée toute une microsociété.

Au final, c’est un film politique? Agnès Varda prétend que non…

Au début, j’étais comme elle et d’ailleurs on n’aborde jamais de questions droite/gauche. Mais quelqu’un m’a rendu attentif au sens du mot politique: s’impliquer dans sa ville, sa communauté. Alors dans ce sens… Au début, Agnès me faisait rire quand elle voulait faire quelque chose sur les chèvres auxquelles on enlève les cornes. Au final, c’est le symbole le plus fort du film. Ces petits faits du capitalisme symbolisent des choses beaucoup plus grandes et graves du monde. Au lieu de se saisir d’un exemple criant mais déjà médiatisé, elle a trouvé quelque chose de très fort. Comme elle le dit: le hasard a été notre meilleur assistant.

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