Almodóvar ouvre son cœur à Cannes

CinémaGrand favori pour la Palme d’or, le cinéaste se livre comme rarement dans son nouveau film. Interview.

À 69 ans, Pedro Almodóvar signe avec «Douleur et gloire» son film le plus personnel.

À 69 ans, Pedro Almodóvar signe avec «Douleur et gloire» son film le plus personnel. Image: Reuters

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Depuis trois jours, la presse parisienne, qui s’imagine faire la loi sur la Croisette, crie à la Palme d’or pour Pedro Almodóvar et son dernier opus, «Douleur et gloire». L’histoire d’un metteur en scène de cinéma confronté à ses souvenirs et à ses premières amours dans un ballet de fantômes plus ou moins réels. Sorti en salle ce week-end à Genève, «Douleur et gloire» reste pour l’heure l’un des rares titres du concours à faire l’unanimité, rejoint lundi par le film de Céline Sciamma, «Portrait de la jeune fille en feu», pourtant terriblement surfait. Pedro, hilare, donne depuis samedi des interviews ici et là. C’est tout près de la foule déchaînée et des bataillons de parapluies qui s’affrontent devant le Palais qu’on le retrouve, à la plage Majestic, pour une table ronde plutôt confortable.

La figure de la mère est centrale dans plusieurs de vos films, dont «Douleur et gloire». Que pouvez-vous en dire?
Je pense toujours à la mienne. Quand j’écris un film, et quand je le tourne. Elle fait partie de cette génération de femmes espagnoles qui viennent d’un milieu pauvre. Mais qui sont capables de faire leur place dans un pays, malgré tous les problèmes que peuvent traverser ses habitants. Pour moi, la thématique des migrants n’est pas nouvelle. Je connais cette situation depuis l’enfance.

Pourquoi avoir réalisé aujourd’hui ce film particulièrement introspectif?
C’est celui de mes projets qui occupait le plus d’espace sur le disque dur de mon ordinateur! Plus sérieusement, je me suis vite rendu compte qu’il s’agissait d’un projet modeste et que c’était le bon moment pour le tourner. J’étais très ému à l’idée de le réaliser. C’est comme si j’avais pris la plume pour écrire un roman sur ma vie. Je suppose qu’il correspondait à une nécessité à ce stade de ma carrière.

Vous y abordez la découverte de votre propre sexualité. Cela ne vous a pas perturbé?
La sexualité intéresse tout le monde, même les prêtres. Voyez ce qui se passe avec l’Église et tous les scandales qui sortent. Ma sexualité, j’en ai été conscient très tôt, lorsque j’étais un teenager. C’est à peu près à la même période que j’ai réalisé aussi que j’étais athée. Ce qui m’a aidé énormément.

Peut-on dire que «Douleur et gloire» s’assimile à une thérapie?
La seule thérapie reste la perspective de faire un film. Après, sur le tournage, cela n’intervient plus et on oublie même entièrement cette dimension. Il faut juste avoir une condition physique inébranlable. Et pratiquer un entraînement de chaque instant pour l’entretenir, surtout à mon âge (ndlr: le cinéaste a 69 ans).

C’est votre film le plus personnel?
Oui, car il traite du passage du temps. On ne peut pas faire ce genre de chose lorsqu’on est plus jeune.

Comment concevez-vous vos personnages?
Quand je commence à écrire, ils n’existent pas encore. Ils se dessinent petit à petit, jusqu’à me devenir familiers. Les éléments autobiographiques se rajoutent ensuite.

Votre choix s’est immédiatement porté sur Antonio Banderas pour le rôle principal?
Oui, mais je voulais un Antonio Banderas différent de celui qui apparaît dans mes autres films. Pour ça, j’ai eu besoin de lui reparler avant de prendre ma décision. Et il a réussi à devenir, devant la caméra, ce nouveau Banderas que je voulais. J’affectionne ces petits gestes, ces détails qu’il donne et qui ne cessent jamais de m’impressionner. Avoir des acteurs comme lui, cela facilite tellement le travail.

Votre héros se passionne pour le cinéma depuis l’enfance. C’est aussi votre cas?
Pareil. À l’âge de 10 ans, je regardais Antonioni, Buñuel, et plus tard des westerns spaghettis. Le cinéma me hantait, surtout celui des Italiens comme De Sica, Pasolini, Germi, et le néoréalisme. (24 Heures)

Créé: 21.05.2019, 16h07

Dans «Douleur et gloire», Pedro Almodóvar retrouve Antonio Banderas, qu’il imagine en cinéaste renouant avec les souvenirs de son enfance.


Il est entouré de Penélope Cruz


et d’Asier Etxeandia.

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