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Berlusconi vendu comme une légende

Paolo Sorrentino sort mercredi «Silvio et les autres». Un film sur l’intimité du Cavaliere qui a tant marqué l’Italie.

Revoilà Berlusconi. Pas à la tête du Conseil des ministres italien, poste qu’il a occupé durant près de dix ans entre 1994 et 2011, mais au cinéma. C’est la star oscarisée pour «La Grande Bellezza», Paolo Sorrentino, qui s’attaque au monstre politique. Et c’est son acteur fétiche, Toni Servillo (5e film ensemble), qui incarne «Il Cavaliere» pour ce «Silvio et les Autres» («Loro» en italien). Deux comparses rencontrés à Paris, dans un marathon d’interviews données à une presse internationale assoiffée de comparaisons avec la situation actuelle de la Péninsule. «Il est très probable qu’il y ait un lien entre les choses, avance Paolo Sorrentino. Il y a des similitudes. Par exemple la campagne électorale permanente dans laquelle est Salvini est un film que nous avons déjà vu. Berlusconi, pendant ses années au pouvoir, s’activait constamment. En même temps, la politique actuelle est nouvelle par certains aspects: elle appelle donc à la prudence.» Avec «Silvio et les Autres», on retrouve ce que Sorrentino maîtrise. Mais il a fait des choix. Ceux qui ont aimé le politique «Il Divo», sur Giulio Andreotti, pourraient être déçus. Ceux qui adorent l’extravagance italienne que le réalisateur napolitain sait si bien déployer se régaleront. Car «Silvio et les Autres» ne se déroule pas dans les arcanes du pouvoir italien. Il s’arrête sur une période où Berlusconi a perdu son poste, reste caché dans sa villa sarde, en pleine crise conjugale.

À la différence d’une classique biographie «Loro» – (Eux) dans sa version transalpine – cherche le portrait, les failles. Il donne à voir l’homme, pas son spectacle, que les Italiens n’ont que trop bien connu. Il rappelle qu’avant de diriger des ministres, Berlusconi était un entrepreneur, un vendeur. Et que c’est probablement tout ce qu’il restera à jamais.

«Je ne pense pas que Berlusconi ait été particulièrement important dans son action politique»

«Je ne pense pas que Berlusconi ait été particulièrement important dans son action politique, assène Paolo Sorrentino. Il a fait une mer de promesses. Mais elles n’ont pas été réalisées. Il était plus intéressant de voir comment cet être humain, en partant uniquement de ses dons de vendeur, est parvenu à exercer son influence. Comment il a transféré sa capacité à vendre sur le plan politique. Et comment il a traité la politique, les espoirs et les illusions des Italiens comme un produit.»

Ces illusions, ce sont Eux, les autres, qui les incarnent. Une marée anonyme de jeunes gens. Avides d’approcher celui qui, au milieu des années 2000, définissait ce qu’était le succès à l’italienne: la télévision, l’argent, la fête.

Lui ne fait son apparition qu’après 40 minutes de film, se révélant solitaire, angoissé. Non loin de sa villa, la jeunesse tente de se faire remarquer. Mais Silvio ne veut pas être conquis. Il est en pleine reconquête. Celle du pouvoir, à laquelle il parviendra. Et celle de sa femme, Veronica Lario, où il échoue.

Sorrentino aime s’atteler aux destins en bout de course. «Youth» ou «La grande bellezza» en sont les parfaits exemples. Ici, il dit avoir cherché autre chose. Il prend l’homme intime pour raconter le pays. «Cette période de l’Italie, lorsque Berlusconi était très important, était aussi très chaotique, confuse. Mais très vivante. Il est encore plein de vitalité à ce moment-là. J’ai choisi cette période historique de l’Italie. Et c’est un peu un hasard qu’il ait 70 ans à ce moment-là. Ce n’est pas un énième film sur un homme âgé!»

Le contraire de sa propre légende

Toni Servillo s’approprie à la perfection les traits de Silvio Berlusconi, à qui il ne ressemble pourtant pas. «Avec Paolo et une équipe d’artistes du maquillage et de l’habillement, nous avons travaillé sur l’aspect visuel du personnage. Sur ce qui le rend immédiatement reconnaissable. Nous avons été convaincus d’être sur la bonne route lorsque nous avons identifié son sourire. Celui-ci le fait ressembler à la carte du Joker. Il communique au public une idée précise de ce que lui veut communiquer. Dans son attitude excessivement séductrice. Avec un optimisme obstiné, dans toutes les circonstances.»

Parfois désarmant par cette obstination, cette soif de vivre davantage alors qu’il a déjà tout vécu, ce Silvio Berlusconi n’en ressort pas pour autant grandi. Paolo Sorrentino parvient à le garder à distance. À montrer les effets malheureux de l’homme sur son pays, sans en faire un monstre. Le réalisateur explique que «la dimension de ses inconforts, de ses faiblesses, de ses conflits intimes, domine. Tout le contraire de la légende qu’il a construite pendant des années.»

Toni Servillo explique le travail effectué. «Ce que je peux dire, c’est qu’un acteur doit se mettre à la place du personnage qu’il incarne. Si demain je devais interpréter Judas, Hitler ou Pol Pot… je ne pourrais pas dire que je les admire. Mais je dois chercher à me mettre en relation avec des aspects profonds de leur nature. Pour pouvoir les raconter. Je répète: nous avons cherché à raconter un personnage qui a utilisé la politique pour construire sa propre légende. Et ça, ça fait très mal à la politique. Baser sa propre image à l’enseigne de l’immortalité. Dans ce sens, il est une légende. À l’inverse, les grands hommes politiques sont ceux qui sont parvenus à mener leur action dans les limites que la vie leur mettait à disposition.»

Sorrentino ne sait pas ce que «Il Cavaliere» a pensé de son film. Sorti en Italie en deux parties pour un total de cinq heures, «Loro» n’a pas fait l’objet de consignes ni de censure. «Je l’ai rencontré, il m’a invité à manger avant que je fasse le film, explique le réalisateur. Il a beaucoup parlé, bavardé. De politique et d’autres choses. Cela ne m’intéresse pas de savoir s’il l’a aimé. Ce qui compte, c’est qu’il nous plaise, à Toni et à moi.»

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