Passer au contenu principal

Binoche l’actrice globe-trotteuse

Star mondiale dans «Ghost in the Shell», de proximité dans «Telle mère, telle fille», la surdouée règne.

Hasard des sorties, les Binoche se suivent et ne se ressemblent pas. Dans Ghost in the Shell, l’adaptation du légendaire manga, la star plisse le front en savante tracassée par la fusion de l’homme et du robot. Dans un avenir proche, la cervelle humaine sera rhabillée dans un corps synthétique. Déplacement dans l’espace-temps, pour Telle mère, telle fille, voici la Parisienne en pleine modernité qui éclate de son rire «de fermière», énorme et gaulois. En quadragénaire blonde, elle se retrouve enceinte face à sa propre fille, en pleine maternité elle aussi. Juliette Binoche a toujours voyagé en cinéma, accumulant oscars, césar et autres souvenirs d’excursions sur les continents du septième art. Ici, sa métamorphose physique étonne, plus encore que le grand écart stylistique. A 53 ans, elle n’a pas d’âge.

La bande-annonce de «Ghost in the Shell»

Telle mère, telle fille vous offre un spectaculaire lifting. Magie?

Pff… ça tient au tempérament. J’ai adoré retomber en adolescence, moi qui n’ai pas eu l’occasion de vivre la mienne. J’ai été très vite dans la responsabilité, la réalisation de ma passion de jouer. Je n’avais pas le temps de glandouiller sur un sofa, je filais au théâtre. Du coup, j’ai découvert la nonchalance, le plaisir d’être de mauvais poil, de bouder le Nutella!

Et, à l’évidence, jouer à l’ado craignos vous amuse.

Je devais même me retenir de monter les octaves! Tout excitée d’aller au filet… Noémie Saglio, la réalisatrice, me rappelait sans cesse l’effet comique du personnage qui doute de sa grossesse, le «ouais, bof, j’crois qu’je vais avorter», au «Ah, zut, c’est trop tard? Ouais bon, j’vais l’garder alors».

Vous souvenez-vous de vos grossesses?

J’avais la confiance innée. J’ai tourné deux films enceinte de Hana (1999), ça ne me faisait pas peur. Un verre de lait le soir et dodo, ça suffisait. Pour Raphael (1993), je pétais le feu. Dans ces temps de repos, j’accueille le rythme, je laisse venir.

La bande-annonce de «Telle mère, telle fille»

Autre ton dans «Ghost in the Shell» et sa robotique qui court-circuite la naissance traditionnelle. Qu’en penser?

Dans les villes, la réalité est fabriquée par l’homme. A force de se couper de la nature, ça va forcément nous jouer des tours. Car les quatre arbres qui se battent en duel entre les parkings et les immeubles ne remplacent pas la nature. Tous ces avertissements que la Terre envoie devraient nous réveiller. Une prise de conscience, ce sera peut-être notre chance inouïe… si nous la saisissons. Ou notre enterrement.

Cette perspective a-t-elle changé votre style de vie?

Je réfléchis à trois fois avant de jeter un sac en plastique. Vous me direz qu’une politique des usines, que des lois auraient plus d’impact. Moi, les repas servis dans les écoles et les hôpitaux me scandalisent! Mais, par éducation, je crois déjà à l’importance du geste quotidien. Enfant, en pleine époque du poulet fumé sous plastique et de la purée mousseline en sachet, j’ai découvert la campagne. Ma mère a commencé à acheter du beurre à la ferme, tout ça. Le bio, je ne l’ai pas vécu comme un engagement mais comme un plaisir d’aliments sortis de terre, pas truffés de pesticides.

Au-delà, ce doublé de films entame-t-il un nouveau cycle?

C’est vrai, je lâche prise, je n’ai plus peur d’aucun ridicule. Je me sens libérée de ce que les gens peuvent penser.

De quoi exploser les genres, de Godzilla à Haneke, de la S.F. à la comédie mariole.

Et comment! D’ailleurs, Copie conforme ou Sils Maria, pour moi, c’est de la comédie. Même si ça ne fait marrer que moi. Mon humour doit être un peu décalé… Je laisse parler mon intuition au jour le jour. Pour Ghost in the Shell, j’avais envie de travailler avec Scarlett Johansson, de paysages. J’ai un passeport plein de cachets du monde et j’adore ça! Mais je ne suis pas une amante trop infidèle, je reviens toujours à la maison, aux auteurs français si variés.

Parce que le cinéma fait passer du rire aux larmes?

Et heureusement qu’il est comme ça. La vie, ça ne relève pas que de la franche rigolade ou de la tragédie. L’existence, c’est du Chaplin.

Chaplin, la référence ultime?

Depuis mes 7 ans, quand je regardais ses courts-métrages en boucle. Cette gestuelle! En plus, mon père était ami avec sa fille Victoria, et nous avons passé un Noël chez lui à Corsier. Nous avions roulé depuis Paris dans une voiture pas possible, qui fumait de partout. Je râlais car je ne voyais pas du tout pourquoi aller chez «ce Chaplin». Je n’ai percuté que quand nous passions la grille: «Nous voilà chez Charlot», a dit mon père. Et j’ai crié par la fenêtre: «Charlot!» Et, miracle, il était là, sur le perron. Je me souviens de cet énorme sapin dans la cage d’escalier, sur trois étages. J’avais 9 ans, pour une gamine pas vraiment d’une famille riche, c’était… sidérant.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.