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«Blade Runner 2049» ne manque pas d'avenir

Le Canadien Denis Villeneuve donne suite au film culte. Pari gagné.

Denis Villeneuve s’inquiète quant à la réception de Blade Runner 2049 au point de supplier de garder le secret sur son scénario. Son angoisse se mesure au culte voué au légendaire Blade Runner signé Ridley Scott, il y a 35 ans. A la hauteur des classiques fondateurs de la S.-F., comme le Metropolis de Fritz Lang, ce chef-d’œuvre influence encore, de Spielberg à Burton. Mais le réalisateur peut se rassurer. Comme au premier épisode, le mystère identitaire des «Replicants» résiste. Les fans ont beau décortiquer les plus minuscules indices, personne ne peut assurer de la nature génétique des héros. Quant à sa suite, les critiques s’accordent déjà à 97% selon Rotten Tomatoes, à y voir la vista d’un grand film.

En 2019, le chasseur d’androïdes Rick Deckard joué par Harrison Ford errait dans Los Angeles suffoquant sous les fumées polluantes. Il traque des hybrides évolués, rebelles à la domination humaine. Quarante ans plus tard, le paysage s’ouvre sur une hygiénique désincarnation. Dans une ultramoderne solitude, l’humain se nourrit de produits synthétisés. La biodiversité éradiquée a laissé place à une agriculture synthétique. Hors des noyaux urbains, dépotoirs et ruines retournent à l’état sauvage. Successeur de Deckard, l’officier K cousine un peu avec Harrison Ford et sous les traits de l’acteur Ryan Gosling, extermine les vieux modèles d’androïdes déviants.

L’histoire ne se répète pas mais elle balbutie la même fiction scientifique. Quand K rentre du boulot, il met les pieds sur la table, allume une clope et Joi, une poupée virtuelle à la tendresse algorithmée, lui sert un verre. En top modèle de «Replicant», cet esclave obéissant liquide les prototypes défaillants. Jusqu’au jour où K, K comme Kafka ou K. Dick, découvre la preuve d’un miracle.

Venu du Québec à Hollywood, Denis Villeneuve, 50 ans, n’a pas perdu son âme. Ni la tête quand il a accepté ce projet. L’auteur y transpose une mélancolie et une noirceur tangibles dans son brillant travail, d’Incendies à Sicario ou Premier contact. «L’objectif consiste à respecter Blade Runner et à poser un regard différent sur sa mythologie», confie-t-il dans ses notes d’intention. Soucieux d’humilité selon ses dires, il s’associe surtout à «l’ahurissant scénariste Michael Green». Ce complice de Ridley Scott abordait déjà la question du transhumanisme sur un autre film franchisé, Alien: Covenant. Une même élégance en «mille-feuille» préside à la résolution de Blade Runner 2049.

Ici, les éléments narratifs s’emboîtent comme les pièces d’un puzzle qui reconstitue le miroir où se reflètent autant la nouvelle originale, Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques?, de Philip K. Dick, que le film de Ridley Scott. Le temps a passé, les priorités les plus urgentes, notamment la survie dans une planète dévastée, sont pour l’heure, évacuées. Une question demeure, à savoir ce qui valide la réalité des émotions. L’authenticité de l’amour, la compassion etc. varie-t-elle suivant celui qui la ressent? Car ces «replicants» toujours plus performants finissent par témoigner d’une grandeur d’âme encombrante. De la mémoire subsiste dans leur psyché comme des fichiers mal nettoyés sur une disquette. Ici, le Rosebud de Citizen Kane se rappelle au bon souvenir des cinéphiles et menace d’apocalypse sous la forme d’un petit cheval de bois. De quoi souligner que jadis, en 2019, le jouet était fabriqué en origami de papier plus fragile.

Blade Runner 2049 procède avec prudence. Adepte d’une formulation classique, Denis Villeneuve ne s’adonne pas aux extravagances déployées dans son ancêtre matriciel. Ici, pas de refus des dialogues explicatifs, pas d’abstraction revendiquée sous couvert d’intelligence artificielle, de Vangelis hallucinogène hypnotisant la bande-son en serpent venimeux. Quand d’une génération à l’autre, les deux héros se rencontrent, le fait qu’ils soient ou non des androïdes, touche soudain à l’absurdité suggérée par l’ambiguïté même de leur statut. A ce stade de l’humanité, hommes et machines peuvent boire un coup en mâles alpha qui se respectent, ou se casser la figure comme des brutes programmées. En sourdine, dans cet hôtel décadent de Las Vegas, les hologrammes d’Elvis Presley et Frank Sinatra jouent de concert en 3 D. Plus vrais que la nature ne leur a jamais permis de l’être.

S. F. (USA, 14/14, 163’) VVVV

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