Bouli Lanners joue au vieil ado rock'n'roll

CinémaDans «Je suis mort mais j'ai des amis», le Belge enterre sa vie de garçon à sa manière.


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Dans «Je suis mort mais j’ai des amis», Bouli Lanners, Belge d’ascendance flamande et wallonne, honore joyeusement l’amitié, l’héritage, selon lui, le plus précieux du monde. Avec un humour mal peigné et une générosité aussi vaste que son tour de taille, le colosse ressemble à un improbable frère jumeau de Gérard Depardieu. Surtout quand, comme dans ce film de potaches, il pétarade sur une moto rock’n’roll, vers un but improbable. Un road movie à la Mammuth , où il figurait, il ne manquait plus que ça par cette météo enfiévrée de canicule. Les réalisateurs Guil­laume et Stéphane Malandrin, duo de Nordistes plus chaud bouillant qu’une friteuse, ont composé la partition spécialement pour lui. L’aîné des frères a œuvré avec Kervern et Delépine sur l’explosif Aaltra en tant que producteur, le second comme conseiller au scénario du remarqué Bouboule , de Bruno Deville, formé à l’ECAL. En résumé, ils définissent leur collaboration comme une grosse cuite bien bouillie pour Bouli. «On voulait prendre nos personnages et les passer à la machine à laver, bouton d’essorage réglé sur 1600?tours/minute.»

«La belgitude m’énerve»

Embarqué dans l’aventure avec d’autres hurluberlus familiers de la bande à Benoît Poelvoorde ou Yolande Moreau, Bouli Lanners déteste pourtant le cortège de qualificatifs flambeurs accolés au cinéma à la belge. «La belgitude m’énerve, tempête-t-il. Ça me casse les couilles!» Lui qui invente les mots comme il respire parle de «sous-France» pour définir le complexe qui «depuis notre poète Maurice Maeterlinck, Prix Nobel 1911», mine ses compatriotes. Son propre cas l’intrigue encore. Il y a une tren­taine d’années, le jeune homme se frottait à la contre-culture wallonne entre rock, pétards et pinceaux. Le chevelu aurait adoré «faire peintre», il s’obstine d’ailleurs. Mais le grand écran a fini par l’aspirer, «un peu par hasard». Le comédien a chanté en yaourt, s’est agité en tueur loser ou en flic de télésurveillance, a cuvé une douzaine de bières avant midi: tout un réseau d’affinités électives s’est tissé entre Benoît Mariage, Albert Dupontel, Nadine Monfils ou les susmentionnés Kervern et Delépine. Pour n’en citer que quelques-uns. Au Je suis mort mais j’ai des amis des frangins Malandrin, il pourrait opposer un massif «Je suis vivant et j’ai des amis».

Sa cote d’acteur ne cesse de grimper, les auteurs consacrés comme Jacques Audiard ou Yasmina Reza s’intéressent désormais à ce tempérament plus accommodant que leur gros Gégé national. Depuis 2004, la star au Plat Pays met en scène. «Cinéaste, c’est le chaînon manquant entre le très drôle et le très triste, c’est toute l’histoire de ma vie.» En ce moment, il fignole Les premiers, les derniers, film tourné dans la Beauce agricole, son Montana à lui. Là encore, Bouli Lanners scrute sa génération. «Des vieux ados rebelles tels que mes parents n’ont pas pu l’être. Avant, on voulait très vite devenir un homme.»

Car, s’il se montre disponible avec constance à entrer en matière sur les thèmes les plus hétéroclites, de l’extinction du rhinocéros blanc à la nostalgie du «baragouin d’Apaches», c’est toujours là qu’en revient Bouli Lanners. Devenir un homme.

Créé: 21.07.2015, 17h09

Critique

Le titre intrigue, quasi seule trouvaille originale de ce sympathique fatras surréaliste. Mis en scène par les?frères Guillaume et Stéphane Malandrin, «Je suis mort mais j’ai des amis» accumule les références. Qu’ils?surgissent de manière calculée ou hasardeuse, les fantômes des frères Kaurismäki ou des Coen guettent à chaque sortie de cette autoroute vers un fantasmagorique nirvana. Comme dans The Big Lebowski, il y aura des cendres éparpillées avec amitié. Comme dans Leningrad Cowboys Go America, une ambiance de gueule de bois persistante pèsera sur d’indécrottables musiciens estampillés losers.

En roue libre, qu’ils transportent leur spleen en hydravion ou à moto, ces fans de rock garage partent en tournée en Californie et se retrouvent au Canada avec les cendres de leur camarade Jipé, prématurément décédé – les Monty Python avaient usé du même subterfuge lors de leurs retrouvailles, conviant sur scène l’urne de Graham Chapman. Au-delà de cette coïncidence, les quinquas ont la surprise de découvrir aux funérailles un «homosexuel, militaire et arabe», qui se déclare le compagnon du défunt. Montée avec des bouts de ficelle et les cellules épargnées par l’usage intensif de pétards, cette pochade a le mérite d’exister. C’est déjà ça.

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