Bruno Dumont, un Léopard burlesque

CinémaLe réalisateur français présente une minisérie délirante sur la Piazza Grande de Locarno, «Coin Coin et les Z’inhumains», et y recevra un Léopard d’honneur.

Cinéaste français majeur de sa génération, Bruno Dumont ne cesse de réinventer les formes, de tordre les modes narratifs et de se jouer des codes du cinéma.

Cinéaste français majeur de sa génération, Bruno Dumont ne cesse de réinventer les formes, de tordre les modes narratifs et de se jouer des codes du cinéma. Image: TIM P. WHITBY/GETTY IMAGES

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Ce samedi soir, il recevra le Léopard d’honneur Manor sur la Piazza Grande. Récompense méritée pour l’un des cinéastes français majeurs de sa génération. Car Bruno Dumont, puisque c’est de lui qu’il s’agit, ne cesse de réinventer les formes, de tordre les modes narratifs et de se jouer des codes du cinéma et, aujourd’hui, de la série. La preuve avec «Coin Coin et les Z’inhumains», minisérie en quatre épisodes dévoilée en première à Locarno mais qui, chose rare, sera projetée en salle pour un nombre de séances limitées dans quelques jours, dès le 15 août, notamment à Genève et Lausanne.

«Coin Coin» fait en réalité suite à une autre minisérie, «P’tit Quinquin», elle aussi sortie de manière limitée en salle en 2014. L’objet fait à nouveau la part belle à l’absurde, au grotesque, mettant cette fois les personnages – tous ceux de la première saison ont répondu présent – aux prises avec des émanations extraterrestres. Amateurs de réalisme, passez votre chemin: Dumont a encore frappé. Il nous a livré ses secrets à Locarno.

À quel moment vous est venue l’idée d’une suite à «P’tit Quinquin»?

Tout de suite. Et c’est le genre qui veut ça. Lorsqu’on réalise une saison 1, on peut légitimement s’attendre à une saison 2. L’idée de poursuivre avec les mêmes personnages me plaisait. J’avais envie d’une vraie évolution, de les voir changer. Il y a une inconstance basique dans le genre humain. Les gens sont à la fois toujours les mêmes et constamment différents. La série permet des tas de croisements et des digressions là autour.

Mais à condition d’obtenir l’accord de tous les comédiens?

C’est bien pour ça qu’à la fin de la projection de la première saison, je leur ai tout de suite demandé s’ils avaient envie de rempiler. Ils m’ont dit oui. Ce qui m’a permis de pousser le burlesque encore plus loin.

Par rapport au cinéma, en quoi le format de la série est-il un avantage?

C’est plus facile à tourner car le format est plus petit. L’écran est moins grand, donc il y a moins besoin d’exposer longtemps le cadre à la lumière. Son et mixage sont également plus simples.

Êtes-vous sériephile?

Totalement. Même si j’avoue n’avoir découvert le monde des séries qu’il y a peu de temps. J’ai visionné «Les Soprano» il y a seulement deux ans. L’inventivité, la subversion, les libertés narratives de certaines séries me fascinent complètement. Par exemple, dans «Game of Thrones», les vertus cathartiques du récit sont poussées à leur paroxysme. Sans parler des personnages. Ils sont tous tellement affreux que le moins méchant y devient le gentil. Par comparaison, le cinéma actuel n’est pas très inventif. Il y a de moins en moins d’enjeux, le divertissement y devient un asservissement. Et les cinéastes travaillant vraiment la matière cinématographique sont mis à l’écart. Les auteurs, vous voulez dire. Mais la notion d’auteur existe peu dans les séries. Chaque épisode de «Game of Thrones» est signé par quelqu’un d’autre, par exemple. C’est là où je me singularise en signant la totalité de ma série. Je suis le seul maître à bord.

Le burlesque de «Coin Coin» était-il en germe dans vos premiers films?

Je pense que oui. Que si vous prenez la peine de les revoir, le comique rôde. La gaucherie de certains personnages des débuts, leur caractère empoté, tout annonce «P’tit Quinquin».

Dans «Ma Loute», vous aviez tourné avec des stars comme Fabrice Luchini ou Juliette Binoche. Dans «Coin Coin», il n’y a que des amateurs. Avec qui vous sentez-vous le plus à l’aise?

Avec les deux. Car je travaille avec les stars comme s’il s’agissait d’inconnus.

Le tournage de vos séries est-il différent de celui de vos films?

Il y a beaucoup de plans, donc il faut aller vite. Dans «Coin Coin», mes acteurs travaillent à l’oreillette. Et le tournage est chaotique. Je tourne en général à deux caméras, mais les cadres sont prédéfinis. Mon cinéma demeure artisanal et ça ne changera pas. C’est bien pour ça qu’on ne me demandera jamais de faire la suite de «Star Wars». (24 heures)

Créé: 04.08.2018, 17h58

Rumeurs autour de la succession de Chatrian

La nomination du successeur de Carlo Chatrian par le conseil d’administration du Locarno Festival adviendra seulement, comme annoncé, après la fin de la 71e édition. Depuis quelques semaines, ce communiqué officiel fait foi. Et pas moyen d’en savoir plus. Du côté de la direction du festival, c’est motus. Au service de presse, on se refuse à tout commentaire. Restent les bruits de couloir et les suppositions. Et ils sont innombrables.

Première hypothèse, le festival chercherait un Suisse. Dans cette optique, les noms de Seraina Rohrer (directrice des Journées de Soleure), de Thierry Jobin (directeur du FIFF de Fribourg) ou d’Anaïs Emery (directrice du NIFF de Neuchâtel) reviennent fréquemment. Seconde hypothèse, souvent citée depuis deux jours, on miserait volontiers sur un candidat venu de l’international, si possible avec un réseau et un carnet d’adresses bien remplis. Dans ce cas, le futur directeur pourrait être à dénicher du côté des festivals de Rotterdam, de Belfort, de Toronto, de Sundance, de TriBeCa (New York), de Tokyo ou de Pusan. Et là, on sèche. Parce qu’on ne les connaît pas, ni de vue, à peine de nom, et qu’il est difficile de savoir qui a fait parvenir un dossier parmi la masse (près de 80? moins de 50?) de ceux parvenus sur le bureau de Marco Solari.

Dans tous les cas, la solution de l’équation figure probablement parmi les différentes instances énumérées ci-dessus. Promis, on vous tient au courant. P.G.

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