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Camille Cottin, la rigolote à prendre au sérieux

L’actrice lance sa rentrée avec «papy» Bacri et «maman» Lauby dans «Photo de famille», puis s’incruste jusqu’au réveillon, du grand au petit écran. Bref, du talent et pas qu’à «Dix pour cent».

«Sans prétention, je crois avoir un truc polymorphe en moi», nous confie Camille Cottin.
«Sans prétention, je crois avoir un truc polymorphe en moi», nous confie Camille Cottin.
GETTY IMAGES

Camille Cottin, c’est la «caméléonne» qui, d’un sourire désarmant, peut se déshabiller, glissant sur velours de la grande bringue de proximité en vamp ténébreuse qualité star. Et de rigoler de la mue. Sa mère, avance-t-elle pour excuse, lui a beaucoup seriné: «C’est fou comme tu peux être belle. Et comme tu peux être laide.» Avec une irrévérence génétiquement transmissible, la comédienne s’est imposée il y a 5 ans en «Connasse», pastilles télévisées microformat et maxi-effet. Depuis, la quadra ajuste le tir. Ainsi de «Photo de famille», album des dysfonctionnements typiques des tribus. Face à «papy» Bacri et «mamy» Lauby divorcés, une fratrie décomposée et une mémé mourante, la brune joue la mal dans sa peau qui hurle sa rage d’enfanter. Un pur rôle de composition.

Comment vous retrouvez-vous si souvent à jouer les filles de Juliette Binoche ou Miou-Miou, sœur de Vanessa Paradis, etc.?

Je n’y voyais d’abord que des coïncidences, les histoires de famille se recyclent avec tant de variantes possibles dans les scénarios. Puis j’en ai déduit qu’au fond, elles touchent chacun. D’ailleurs, quand vous rencontrez quelqu’un, pour vous définir, vous commencez souvent par parler de vos origines, des pa­rents, puis des enfants.

N’empêche, vous accumulez, comme le fait d’être souvent mise en scène par des femmes.

Ça finit par ne plus du tout relever du hasard, je m’en doute! D’autant que la statistique favoriserait plutôt une domination masculine en matière de mise en scène. En fait, sans préméditation, tout se rejoint, les réalisatrices ont souvent envie de traiter de ces sujets qui me touchent moi aussi. Les rencontres génèrent les projets, et comme je préfère bosser dans la fusion, la communauté d’esprit, que je déteste être en rupture, je me retrouve toujours là-dedans.

«Photo de famille» pousse à se demander pourquoi faire des enfants de nos jours?

Se perpétuer, vaste question. Pourquoi, oui… Dans mon cas perso, c’est le résultat d’un très beau projet à deux, l’idée d’une transmission. Attention, je déteste­rais passer pour une donneuse de leçons, de jeter ces regards lourds d’opprobre sur ceux qui ne veulent pas d’enfants. C’est un abyme vertigineux de questions. Schopenhauer ne défendait-il pas l’idée de l’amour comme une illusion créée par la nature pour nous pousser à la reproduction. Pas de romanesque, d’âme sœur, mais une ruse de la nature!

D’où vient cette sagesse, de la quarantaine?

Et je suis ravie d’être une jeunette, merci! Mon parcours atypique, je le vis comme un truc joyeux, même encourageant pour tous ceux qui pensent que leur carrière lambine. Bon, moi, j’ai eu la chance de ne jamais arrêter de travailler. Et même… à mes débuts, je me disais que si ça ne marchait pas, j’irais dans les autres sphères du théâtre, voir des familles de créateurs différents, one man show, cirque, etc.

L’autre avantage de la notoriété tardive, n’est-ce pas de garder la tête froide?

Ah, oui, car la gloire, c’est un truc très relatif. Sur le plan de la famille, moi j’étais déjà très construite, j’avais une forme, un moule stable, un compagnon, tout ça. Zut, je vais encore passer pour la fille qui donne la norme pour objectif. Tant pis, sur le coup, j’avoue que ça m’a donné distance et tranquillité. Car la notoriété, quoi qu’on en fasse, commence par déstabiliser. Puis on s’habitue. Surtout dans mon cas, puisque ça se résume surtout à faire quelques selfies dans des positions improbables quand j’hésite entre deux confitures au supermarché.

Vous souvenez-vous d’avoir eu une vocation?

Ma vocation n’a cessé d’évoluer. J’en ai une, plusieurs ou pas, quoi. Gamine, je passais des heures à jouer. Faire une profession de ces déguisements semblait évident. Aujourd’hui, c’est une affaire un peu plus grave. Je m’aperçois que ce métier s’exerce en se nourrissant des histoires des autres. Les plaies béantes, les infréquentables à force de colère à fleur de peau, les colériques par idéalisme… le temps d’un film, ça me touche de me les approprier, à l’écoute, en empathie. Mince! Je déteste ce mot «empathie».

Pourquoi?

Pour moi, ce processus doit rester simple, viser des subtilités internes. Surtout au cinéma où le visage est filmé de près, sans trop pouvoir tricher sur l’âge à cause de la cohérence de la narration et des personnages. Tandis que la scène permet des écarts.

Timide, vous jouez «Connasse». Extravertie, vous revoilà pudique. Kaléidoscopique?

Sans prétention, je crois avoir un truc polymorphe en moi. Au théâtre, mes copains me charriaient déjà pour mon goût pour le transformisme. Pierre Palmade me traitait de «couteau suisse». Toujours ces extrêmes, se métamorphoser du tire-bouchon à la lame! Moi sur les planches, le comble du bonheur, c’était jouer le chat noir faux jeton et volubile Béhémoth dans «Le maître et Marguerite». Les belles images des beaux rôles, très peu pour moi.

Pourriez-vous interpréter la chaise ou le vent, comme les adeptes de l’Actors Studio?

Dans l’absolu, je n’aime pas trop recourir à des souvenirs personnels, à une mémoire émotionnelle, je préfère croire à l’histoire. De là… comme chacun, je suis persuadée d’habiter une dualité, genre la joyeuse pessimiste. Dans mon histoire familiale, j’ai un grand-père colonel dans l’armée française d’un côté, un Algérien de l’autre. En termes de terres, d’origines, des pôles socioculturels qui n’ont rien à voir. Pour d’autres, cela aurait signifié un gros malentendu. Moi, l’héritage me plaît, il me donne envie de grandir. Et j’ai encore des marges de progression!

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