Le charme Vincent Lacoste opère

InterviewDans «Première année», le comédien prête à nouveau serment au réalisateur Thomas Lilti, qui le révéla dans «Hippocrate».

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A 25 ans et presque autant de films, Vincent Lacoste taille sa route avec un flegme tranquille. Le «boloss» qui se masturbait en chaussettes dans «Les beaux gosses» de Riad Sattouf il y a dix ans, dégomme les stéréotypes, ni jeune premier de classe ni clown de service. Le voir dans «Première année», en étudiant en médecine à l’obstination laborieuse, prêt à être broyé par un système absurde. Le doute au ventre, ce bosseur applique la formule de Bertolt Brecht, «Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux». «Première année» marque aussi la fidélité d’un acteur mutant au Dr Thomas Lilti, qui le révéla dans la blouse blanche d’«Hippocrate». A l’évidence, les histoires de toubib plaisent, le film «Hippocrate» débarque sous peu en série télévisée. «Mais personne ne m’a demandé d’en être», ironise Vincent Lacoste. A lui par contre, de clore la trilogie du docteur cinéaste après François Cluzet et «Médecin de campagne».

Tout aussi critique, «Première année» suit les bleusailles massacrées sur le front universitaire, sévère sur la formation médicale. «C’est un concours de «ouf» avec numerus clausus, un marathon qui élimine des types qui ont de vraies vocations pour sélectionner des compétiteurs», note Vincent Lacoste.

Pourtant, «Première année» ne filme pas que des singes savants. Entre le folklore de l’étudiant, des chambres de bonne à la malbouffe, la chronique sait suggérer des abymes d’interrogations par des gros plans sur visages silencieux, des tableaux de masse humaine noyée dans une numérotation mécanique.

«C’est la force de Thomas Lilti, d’oser ces émotions. Ce type de construction, ça ne se fait plus tellement de nos jours. Notez, au tournage de ces séquences, moi j’ai toujours l’impression de prendre un regard bovin, pas naturel dans la vie. J’ai beaucoup plus sué à apprendre par cœur tout ce jargon, les formules de chimie, la nomenclature précise etc. Car ce n’est pas du faux dialogue. Le réalisateur tenait à ce que les mecs qui font médecine y croient.»

Pas plus de faux-semblants dans l’amitié qui innerve le scénario à travers un duo de candidats. «Antoine, mon personnage, un gars ordinaire, ne s’oppose paspar clivage social au fils de chirurgien qu’interprète William Lebghil. C’est plus nuancé, pas dans la caricature. Leur duel vient plus de leurs biotopes originels, de codes hérités. Lui les a acquis par sa famille scientifique, moi pas.»

Vincent Lacoste n’est pas né dans la soie bourgeoise ni la bohème des artistes. Rien ne le prédestinait à une carrière dramatique. «J’étais assez mauvais à l’école mais pas nullissime. J’essayais de bosser au lycée, de passer mon année. Un jour, à la cantine, un pote m’a parlé d’une audition sauvage. Je l’ai suivi. Et là… à 14 ans, j’ai su qu’acteur, ça serait ma vie. Mais à la base, je m’en fichais complètement, je n’aurais jamais fait la démarche.»

Depuis, ses metteurs en scène, Christophe Honoré, Benoît Jacquot, Julie Delpy etc. s’étonnent presque de découvrir un pro traqueur sous ses mines ahuries de dilettante. «Acteur n’a jamais été une vocation. Maintenant, c’est mon métier. Et si je ne bosse pas, il y a de grandes chances pour que je sois nul.»

Avec son ami Antoine de Bary, une vingtaine d’années comme lui, il raconte avoir mis en court-métrage les affres du «bébé star qui part en sucette». Le titre indique «Jour de gloire», mais il y a les jours sans. «Evidemment, il y a le fait que mon adolescence s’est terminée assez vite. Je n’ai pas le même cursus que les autres. Je paie mes factures, mes impôts, je dois me débrouiller. Mais bon, je ne manque de rien. C’est plutôt génial ce que je vis.»

Saisir ses chances

L’angoisse de ne plus plaire explique-t-elle sa boulimie de rôles? «J’aime travailler, créer avec d’autres, à l’écoute. L’avantage des gens chouette, c’est qu’ils te donnent confiance.» Redescendre sur terre fracasse un peu. «Quand je ne fais rien, je tournerais presque en rond. Au-delà, c’est le principe même de cette profession. Du jour au lendemain, sans raison, tu n’as plus de propositions. Ça arrive, je le vois autour de moi, chez des collègues. Très flippant.»

Au point de ne pas oser refuser et d’enquiller les films comme lui? «C’est plus subtil. Déjà que là-dedans, il y a des seconds rôles qui prennent un à cinq jours maximum. Surtout, tu dépends des plannings des autres. Tiens, après «Victoria» (2016, de Justine Triet), je n’ai pas tourné pendant 18 mois. Rien ne me plaisait. Puis tout à coup, je fais quatre films d’affilée, parce que je les vois comme des chances.»

Ainsi, le printemps l’exposait au Festival de Cannes en amant gay et sexy dans «Plaire, aimer et courir vite», de Christophe Honoré, une émanation des «Idoles» actuellement au Théâtre de Vidy. Toujours sur les bons plans, Vincent Lacoste qui rigole. «Je ne crois pas être branché, ni être quelqu’un qui «ose pour oser». Je vais vers ce qui m’intéresse de la comédie au drame social.» Thomas Lilti, pour l’avoir ausculté de près, relève une richesse intérieure costaude, mature, loin des états d’âme tourmentés de ses personnages. C’est grave, docteur? «Moi, je suis plus stable que mes rôles? Il a sans doute raison. Après… c’est tellement gentil, ce compliment, hein! Il pourrait dire que je suis un petit con qu’il traîne comme un boulet.» Pince-sans-rire, Vincent Lacoste préfère glisser qu’analyser. «D’ailleurs, je me réserve peut-être ça pour plus tard. Une belle crise d’âge ingrat à 40 ans, ça risque d’être lourd!»

Chronique (Fr., 92’, 8/14). Cote: VVV (24 heures)

Créé: 11.09.2018, 17h12

En dates

1993 Nait à Paris, père juriste, mère secrétaire.
2009 «Les beaux gosses» de Riad Sattouf, cité au César du meilleur espoir.
2012 Goudurix dans «Astérix et Obélix aux Jeux Olympiques»; «Camille redouble», omnicésarisé… sauf lui.
2014 «Hippocrate», cité au César du meilleur acteur.
2015 «Lolo» de Julie Delpy; «Journal d’une femme de chambre» de Benoît Jacquot.
2016 Prix Patrick-Dewaere; «Victoria», cité au César du second rôle, «Saint-Amour» avec Depardieu et Benoît Poelvoorde.
2018 «Plaire, aimer et courir vite» de Christophe Honoré, en compétition à Cannes. C. LE

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