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«Les cinéastes restent de grands enfants»

Le documentariste Nicolas Philibert a participé à «Mômes et Cie», qui examine la position de l’enfant dans le septième art.

Dans «Etre et avoir», de Nicolas Philibert, une classe vire en un instant du tragique au comique. Une force de l’enfant comédien.
Dans «Etre et avoir», de Nicolas Philibert, une classe vire en un instant du tragique au comique. Une force de l’enfant comédien.
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Exposition de la Cinémathèque à Paris doublée d’un livre, Mômes & Cie revient sur les spécificités de l’enfance dans le septième art. Les Kid, Harry ou Petit Gibus n’ont cessé d’occuper le grand écran, via les œuvres les plus cosmopolites. Président de la Cinémathèque française, Costa-Gavras l’avoue en préambule: «Cette position centrale, personnage, spectateur et consommateur privilégié, s’accompagne naturellement d’une dose de formatage et de cynisme.» De rêve aussi… En 2001, par la magie d’un film, le réalisateur Nicolas Philibert condensait dans Etre et avoir la puissance des émotions enfantines. Des malices du petit Jojo aux larmes de son pote Olivier, l’intrigue glissait de la tragédie au vaudeville sur les bancs d’une école désolée d’Auvergne.

«Mes documentaires reconstruisent le réel, explique le cinéaste. Sauf que les enfants ne se comportent jamais comme des acteurs, même dans une fiction. Ils apportent le hasard et l’inattendu, bousculent vos plans, vous secouent. Ce sont eux qui tiennent les rênes. Et qui vous donnent plus que ce que n’importe quel scénariste n’aurait osé imaginer.» Et de soupirer. «Jojo, je n’avais pas prévu qu’il occuperait tant de place. Même quand je pensais le filmer un peu trop, il déboulait et piquait la scène.»

«Je déteste la théorisation, qu’il s’agisse de malentendants, d’animaux, d’enfants, de n’importe quel groupe en soi»

A 66 ans, Nicolas Philibert a bossé avec des partenaires divers, de l’orang-outan Nénette à des zèbres et des girafes empaillés. Il sourit au mot de W. C. Fields: «Ne tournez jamais avec des gosses ou des animaux.» Puis nuance. «Je déteste la théorisation, qu’il s’agisse de malentendants, d’animaux, d’enfants, de n’importe quel groupe en soi. Chaque individu impose son modus operandi particulier. Les gosses, cependant, ont un trait commun, leur spontanéité innée. Et le fait de ne pas faire de cadeaux. Même s’ils ont tendance à émouvoir, bien sûr. Et c’est là qu’il faut s’en méfier pour ne pas sombrer dans l’eau de rose. Comme le note le cinéaste Christophe Honoré, trop de films d’enfants, si déchiffrables, s’assimilent à un produit manufacturé pour attendrir à bon compte.» Les producteurs hollywoodiens méritent sans doute un bonnet d’âne en la matière. «Tandis que le cinéma d’auteur tend à catégoriser l’enfant en biographe intime de l’artiste. Regardez le Kid de Chaplin, le Doinel de Truffaut, véritables autoportraits.»

Après le triomphe d’ Etre et avoir surgit une polémique. Le cinéaste n’avait-il pas manipulé ses troupes? «Dans un documentaire comme dans n’importe quel film, l’auteur porte la responsabilité de «l’après». La forme filmique fige les êtres dans le temps et l’espace. Eux continuent leur chemin tout en étant confrontés à cet arrêt sur image d’eux-mêmes. La manipulation me semble inévitable. Il faut penser à ce que l’on laisse en partant, essayer de ne pas faire trop de dégâts.» Mômes & Cie ne manque pas d’évoquer le sort cruel des enfants stars que la postérité a oubliés adultes. Mais comme le souligne Patrick Bouchain, commissaire de l’expo: «La candeur, c’est ce qui permet de tenir dans ce monde horrible. Heureusement, on ne connaît pas tout, car autrement on ne ferait rien. C’est ça l’enfance.»

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