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«Citoyen d’honneur» déboulonne les statues académiques

Dans une satire suave, un écrivain argentin se révèle aussi réfractaire au Prix Nobel que Bob Dylan ces jours. Ironie, son acteur s’est vu primé à Venise.

Oscar Martínez dans «Citoyen d’honneur», sacré Meilleur acteur à la Mostra de Venise.
Oscar Martínez dans «Citoyen d’honneur», sacré Meilleur acteur à la Mostra de Venise.
DR

Il arrive que la réalité dépasse la fiction. Ainsi de Citoyen d’honneur, pamphlet sur la lourdeur des distinctions qui peuvent accabler un artiste. Ces jours, Bob Dylan souffre du même syndrome. Boudant l’annonce de son Nobel pendant quinze jours, le barde américain s’est déjà dispensé d’assister à la remise du prix en décembre dernier. Ces jours, agacée, l’Académie suédoise prévient que l’artiste sera privé des 8 millions de couronnes (840000 francs) inhérents à cet honneur, s’il n’envoie pas la «Lesson Nobel», allocution exigée par le protocole.

Dans Citoyen d’honneur, savoureuse pochade de Mariano Cohn et Gastón Duprat, l’écrivain Daniel Mantovani accepte lui aussi la récompense avec de lourdes grimaces. Consterné plus que flatté, cet auteur argentin se juge désormais statufié dans l’académisme, ses instincts de rébellion castrés pour la postérité, sa sève créatrice stérilisée par la flatterie. Contre toute attente, ce anti héros égocentrique et antipathique malgré son génie, accepte l’invitation du maire du village de son enfance. Quittant son luxueux loft aseptisé des quartiers chics de Barcelone, larguant l’assistante qui «cocoone» ses moindres caprices, il ne prend pour bagage que ses illusions perdues pour voyager vers son passé. Accueilli par les pompiers, exhibé sur un char à travers le village et salué par des pékins désœuvrés, «Titi» comme l’appelaient ses potes de jadis, est promu citoyen d’honneur.

Le choc entre l’intellectuel bouffi de suffisance et ses camarades paysans produit un effet comique que les réalisateurs amplifient avec délectation. Ainsi, quand Mantovani est appelé à juger un concours de peintres locaux, il joue au plus malin en primant une croûte exécutée sur un panneau publicitaire. Un participant velléitaire le menace au fusil, tente de le corrompre, prêt à tout pour figurer au palmarès. Voir encore le père d’un handicapé rançonner la star littéraire en lui extorquant l’argent d’un fauteuil roulant. Ou la petite amie d’hier évoquer la passion défunte. De la théorie à la pratique, l’éthique vacille, le goudron et les plumes guettent dans une farce kafkaïenne. De quoi honorer Citoyen d’honneur.

Comédie (Arg., 117’,) Cote: VVV

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