Claude Ruey quitte la présidence de Visions du Réel

EntretienL’ancien politicien libéral, qui accompagne l’évolution du festival nyonnais depuis une décennie, s’en ira après la 50e édition de la manifestation.

Président exécutif de Visions du Réel, Claude Ruey, 69 ans, quitte son poste cette année.

Président exécutif de Visions du Réel, Claude Ruey, 69 ans, quitte son poste cette année. Image: ALAIN ROUÈCHE - A

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En 1969, le jeune d’à peine 20 ans qui avait donné un coup de main en tant que bénévole à la première édition d’une manifestation qui s’appelait alors le Festival international de cinéma documentaire de Nyon ne s’imaginait peut-être pas qu’il présiderait, 40 ans plus tard, à la destinée d’un rendez-vous devenu Visions du Réel. Depuis 10 ans, l’ancien politicien libéral – «à tendance humaniste» aime-t-il préciser – Claude Ruey occupe le poste de président du festival et même de président exécutif à la fin de 2011, suite à l’année noire d’une édition déficitaire de quelque 200 000 fr. Désormais, Visions du Réel s’est refait une santé. En dix ans, le budget a grimpé de 2,3 millions à 3,4 millions de francs et la fréquentation a doublé, passant de 20 000 à 40 000 visiteurs par édition. Un résultat spectaculaire que l’on peut évidemment mettre au compte de la programmation inventive instaurée par Luciano Barisone de 2011 à 2017, mais qui doit aussi beaucoup à la réorganisation d’une manifestation devenue plus conviviale et recentrée dans la ville de Nyon.

Ce succès, écho d’une attention toujours plus large à un genre de cinéma dont même les festivals plus généralistes s’emparent, ne permet pas pour autant au festival nyonnais de se reposer sur ses lauriers. Anticipant son départ, Claude Ruey a, l’an dernier, modifié la structure directoriale de Visions du Réel, adjoignant à la nouvelle directrice artistique, Émilie Bujès, une directrice administrative et opérationnelle, Martine Chalverat, qui est venue, dès novembre dernier, remplacer le poste de secrétaire général, jusque-là occupé par Philippe Clivaz. Les défis sont encore nombreux dans un univers du cinéma du réel en constante mutation où Nyon doit continuer à trouver sa place, en se distinguant. Entretien téléphonique avec celui qui abandonnera définitivement le navire en septembre 2019, lorsque les comptes de la prochaine édition, qui fête le cinquantenaire du festival du 5 au 13 avril, seront bouclés.

En dix ans, comment mesurez-vous le travail accompli?
Nous sommes passés de l’artisanat à une PME. Il a fallu développer le festival, une évolution dont le meilleur signe a été le doublement de la fréquentation. Cela impliquait une professionnalisation de l’organisation autour des questions de management, de finances, de communication. La qualité artistique de la programmation a toujours été bonne. Je rappelle que, dès le début des années 80, sous la direction d’Erika de Hadeln, des films primés à Nyon ont décroché un Oscar pendant trois années consécutives! Les films sélectionnés sont bons, encore faut-il les faire connaître, partager ses pépites. Nous y sommes parvenus et cela passait par un meilleur ancrage dans le bassin lémanique, tourner la page d’un festival hors sol pour happy few.

Votre passé de politicien vous a-t-il été utile à ce poste?
Déjà dans le scoutisme, mon tempérament me poussait au dynamisme, à la proactivité. Mais mon expérience nationale et même internationale m’a bien sûr servi, par habitude de la prise de contacts. Avec Luciano Barisone, nous avons œuvré ensemble pendant 7 ans. Il était connu dans les festivals, les gens venaient à lui… Moi, je m’occupais des ambassadeurs et des conseillers fédéraux! J’ai aussi beaucoup appris de Marco Solari ( ndlr: président exécutif du Festival de Locarno depuis 2000) sur les façons de s’organiser. Être président de ProCinéma depuis 2008 m’a aussi aidé.

Les questions budgétaires vous ont aussi passablement accaparé?
Au moment de la catastrophe de 2011 et ses 200 000 fr. de déficit, je suis devenu président exécutif – un poste à 50% indemnisé symboliquement – alors que je m’apprêtais à quitter le Conseil national. J’ai tout de suite créé un Cercle des amis, devenu dans l’intervalle le Sesterce Club, pour récolter des dons de 1000 à 10 000 fr. Mais il a fallu soigner les relations avec la Loterie et différents sponsors pour redresser la barre. Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir trouvé de remplaçant pour La Poste qui s’est retirée en 2015… Mais rien n’est jamais parfait. Nous avons aussi dû nous charger de construire nos propres infrastructures – la 50e édition en présentera d’ailleurs une nouvelle, le Forum, tout en bois, confié à un designer lausannois.

Quels sont les rapports avec la Ville de Nyon (ndlr: où son épouse a siégé à l’Exécutif de 2001 à 2011)?
La Ville nous a toujours soutenus ainsi que la région et le Canton. Mais j’aurais souhaité de meilleures infrastructures d’accueil. Dire que la question d’un Centre de Congrès avait déjà été posée sur la table du Conseil communal en 1990! Cette lacune nous a poussés à créer notre Village du Réel.

Combien de personnes travaillent à l’année pour Visions?
Six ou sept. Mais, dès janvier, nous sommes une trentaine, puis une quarantaine pendant deux mois environ. Pendant le festival, il faut encore gérer quelque 200 bénévoles.

Quel devrait être le profil de votre successeur?
Avoir une expérience dans le management d’organisations complexes. Posséder un réseau national et international. Et, si possible, s’intéresser au cinéma!

Créé: 14.01.2019, 22h15

Le festival

Visions du Réel, Nyon, divers lieux

Du vendredi 5 au samedi 13 avril. Renseignements.: 022 365 44 55
www.visionsdureel.ch

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