Cluzet se met à nu délibérément

EntretienL’acteur est à l’affiche de «Normandie nue», une comédie sociale.

Dans «Normandie nue», Cluzet incarne le maire d’un village normand dont tous les habitants doivent poser nus.

Dans «Normandie nue», Cluzet incarne le maire d’un village normand dont tous les habitants doivent poser nus. Image: DR

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On peut le penser farouche, difficile, peu enclin à se livrer. Autant d’a priori qui s’effondrent lorsque François Cluzet, avec lequel nous avions convenu d’un rendez-vous téléphonique, nous rappelle, très ponctuel, et accepte de répondre à toutes nos questions. L’objet de l’entretien, c’est la sortie de Normandie nue de Philippe Le Guay, dans lequel l’acteur joue le rôle du maire d’un petit village normand qui doit convaincre ses ouailles de poser nus dans un champ pour un photographe. Ce qui leur permettra indirectement de médiatiser la crise agricole qu’ils traversent.

Qu’est-ce qui vous a plu dans cette histoire?

Le fait qu’on puisse parler légèrement d’un problème grave. Pour traiter de la crise agricole, il faut que le discours soit digeste. L’idée de la nudité est implacable. Ces villageois finissent par comprendre qu’ils sont déjà nus, qu’ils acceptent ou non de se déshabiller.

Apparaître nu à l’image, ce n’est pas facile. Quel est votre rapport à la nudité?

Il n’est pas simple. Comme vous pouvez vous en douter, je suis très pudique. Dans le cas d’une mise à nu devant la caméra, il suffit de se lâcher et ça marche. Je rattache cela à mon obsession pour le refus de la maîtrise.

C’est-à-dire?

Lorsque vous jouez, vous maîtrisez. Du moins en théorie. Mais si on lâche cette maîtrise, on parvient alors à échanger avec son ou sa partenaire dans une scène. Si un acteur joue seul, le résultat est raté. C’est pour ça qu’il faut abandonner la maîtrise lorsqu’on joue. Dans Normandie nue, cette notion d’échange est primordiale pour mon rôle, puisque je joue le maire du village, autrement dit le grand frère de tous les autres habitants, celui qui doit échanger avec tous.

Qu’est-ce que ce film vous inspire, aujourd’hui?

Que face à la nudité économique, on ne peut que se mettre à poil, puisqu’on l’est déjà de toute façon.

Le fait d’avoir joué dans l’un des plus gros succès du cinéma français, «Intouchables», a-t-il changé votre vie?

Oui, mais surtout le regard de la profession sur moi. Jusque-là, j’avais tourné dans quarante films d’auteur. Pas forcément de gros succès. Je me demandais même si je tournerais un jour un film qui fait des entrées. Et tout à coup, je tourne à la suite deux films de Guillaume Canet qui cartonnent, Ne le dis à personne et Les petits mouchoirs, et enfin Intouchables. Là, on ne pouvait plus me dire que je ne faisais pas d’entrées. Cela a tout changé. Car pour avoir les meilleurs rôles, dans les grands films, avec les grands cinéastes, il faut être tout en haut. Le carton d’Intouchables, je ne le sentais pas venir. Nous en avions parlé avant avec Omar Sy. On s’était dit que si jamais nous avions la grâce, le film allait cartonner. Mais pas à ce point. L’enjeu, c’était de faire croire à cette amitié entre lui et moi. Les gens ont adhéré en masse.

Depuis, vous avez l’embarras du choix avec les propositions?

Louis Jouvet disait toujours: «Tu choisiras quand tu auras le choix». Ce qui signifie que tant que le succès n’est pas vraiment là, on ne peut prendre que ce qu’on vous propose. Sinon, comme je viens du théâtre classique, je me rends compte tout de suite de la profondeur d’un film ou d’un scénario.

Assumez-vous tous vos choix?

Oui, même si j’avoue qu’il est plus facile d’assumer un succès. Je ne vous surprendrai pas en affirmant qu’un film doit être vu. Alors s’il est bon en plus de marcher, je suis aux anges.

Et lorsque certains écopent de mauvaises critiques, comment réagissez-vous?

Je ne suis qu’interprète, ils ne m’appartiennent pas. Ce n’est pas moi qui ai réalisé ces films, donc je relativise. Je sais bien que j’ai aussi fait des mauvais films. Mon exigence se situe à la lecture. Ensuite, je ne peux plus changer grand-chose.

Revoyez-vous vos premiers films?

Jamais. Comme la plupart des acteurs, je déteste ça. Je n’y verrais que des défauts.

Y a-t-il des cinéastes avec lesquels vous aimeriez encore tourner?

Arnaud Desplechin, Cédric Klapisch, avec lequel je n’ai tourné que deux petites scènes. Et puis j’adore les premiers films. Je suis à l’affût de la modernité. Mais je ne vais chercher personne. Je suis assez fataliste, je laisse faire les choses. En 2018, j’espère encore des rencontres avec des gens magnifiques tout en évitant les connards. (24 heures)

Créé: 10.01.2018, 17h46

Le film

Des paysans ôtent le bas pour évoquer la crise

Sur une route de campagne, des paysans bloquent la circulation avec leurs véhicules. Au milieu de ce chaos, trois Américains doivent regagner Paris pour prendre leur avion. Et finissent par emprunter un autre chemin. En route, l’un d’eux prend un champ en photo. Tout cela a l’air disparate, chaotique. Et les enjeux de Normandie nue mettent un moment à se dessiner. Comme si Philippe Le Guay hésitait à laisser la comédie prendre le pas sur les revendications sociales que le film véhicule dès le début. Cette curieuse entrée en matière, entretenue par la cohabitation de nombreux personnages au cœur du même village, a de quoi désarçonner. Tout comme les désarçonne la proposition d’un célèbre photographe américain (celui du début), qui désire tous les faire poser nus dans ce champ pour lequel il a eu le coup de foudre. L’irruption d’une démarche artistique qui paraît sans doute incongrue à tous les villageois crée un choc des contraires salutaire. Mais aussitôt cet enjeu posé, le film s’attarde un peu trop sur les conflits individuels de personnages d’intérêt inégal. Les ambitions que revêt Normandie nue dans son premier quart d’heure laissent place à une sorte de fainéantise, Le Guay se reposant sur des moteurs comiques pas toujours efficaces. Reste le plaisir des comédiens. En plus de Cluzet, on retrouve ici pêle-mêle Grégory Gadebois, François-Xavier Demaison, Arthur Dupont, Philippe Rebbot, et, plus inattendu, Toby Jones.

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