Le come-back des grands mythes sur la Croisette

Festival de CannesLa sélection in extremis de Quentin Tarantino avec «Once Upon a Time in Hollywood» fait monter d’un cran le niveau des attentes autour de la compétition.

Le spécialiste cinéma de la «Tribune de Genève» Pascal Gavillet nous parle du 72éme festival de Cannes.
Vidéo: Sébastien Contocollias

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’art de faire monter la pression. De susciter les attentes. Cannes, qui débute ce soir et s’achèvera le 25 mai, aura rarement su cultiver les deux avec une virtuosité aussi consommée. Tout a commencé par l’annonce, il y a quelques semaines, du film d’ouverture. «The Dead Don’t Die» de Jim Jarmusch. Une comédie de zombies en compétition avec un casting à faire se relever les morts: Bill Murray, Adam Driver, Selena Gomez, Danny Glover, Tilda Swinton, Steve Buscemi, Iggy Pop et Tom Waits. Prestigieux tapis rouge pour un film qu’on suppose aussi drôle que corrosif. Difficile de trouver choix plus idéal, même si on attend de voir.

Puis le 13 avril, la traditionnelle conférence de presse dévoilant le programme a sorti l’artillerie lourde. Flanqué de Pierre Lescure, son fidèle président, le délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, a aligné des noms plus prestigieux les uns que les autres. Entre les anciens palmés – Ken Loach, les frères Dardenne, Terrence Malick, – les éternels prétendants – Pedro Almodóvar, Xavier Dolan, Arnaud Desplechin, Marco Bellocchio, Bong Joon-ho, Elia Suleiman – et les petits nouveaux dans la cour des grands – Céline Sciamma, Justine Triet, Corneliu Porumboiu, Ira Sachs – la compétition 2019 affichait un panache rarement ressenti, moins d’un mois avant le lancement du 72e festival.

Deux poids lourds

Sauf qu’il y avait une ombre au tableau. Un absent. Le dernier Tarantino, «Once Upon a Time in Hollywood», le film le plus attendu de l’année. Un duel au sommet entre Brad Pitt et Leonardo DiCaprio sur fond de mythologie hollywoodienne, l’affaire se déroulant à l’époque où Charles Manson et sa bande ont commis leurs meurtres abominables, sacrifiant notamment Sharon Tate, alors enceinte de Polanski, lors d’une nuit barbare restée dans les annales. «Malheureusement pas prêt à temps, on espère encore que Tarantino arrivera à terminer son film», murmurait un Frémaux visiblement aussi déçu que nous. Il suffisait d’y croire, en somme. Les deux semaines qui ont suivi furent décisives.

Tarantino a mis les bouchées doubles, travaillé jour et nuit pour venir à bout de son mixage et d’un film qui figure désormais au centre de tous les paris. Sur le Net, les réseaux sociaux bruissaient de cette suractivité. À raison. Il y a dix jours, l’annonce tombait enfin: «Once Upon a Time in Hollywood» rejoignait la compétition cannoise. Vingt-cinq ans après son triomphe sur la Croisette avec «Pulp Fiction», le cinéaste américain tenait à tout prix à être de la fête. Tout à coup, le festival prenait son envol et l’ébouriffante composition de la sélection plaçait la barre encore un cran au-dessus. Mais ce n’est pas tout.

Car en plus de Tarantino, une autre Palme d’or faisait son retour inattendu: Abdellatif Kechiche. Lui aussi, son film est à peine terminé, au point que le DCP, soit la première copie, n’arrivera sur la Croisette que quelques heures avant la projection, Kechiche peaufinant encore son montage, qui en l’occurrence dure quatre heures, avant de dévoiler ce «Mektoub My Love: Intermezzo», deuxième volet d’une trilogie qui a débuté il y a deux ans à la Mostra de Venise avec «Mektoub My Love: Canto Uno».

Avec ces deux poids lourds, le concours cannois, fort de ses 21 titres, dont quatre films de femmes, une seule première œuvre («Les Misérables» de Ladj Ly) et d’innombrables grands auteurs, tous âges confondus, du vétéran Malick (75 ans) au jeune Dolan (30 ans à peine), joue la carte des grandes mythologies cannoises – le retour de Palmes d’or historiques et de réalisateurs sacrés ici même – tout en restant résolument tourné vers l’avenir.

Pas de polémique Netflix

Thierry Frémaux a balayé l’éventuelle polémique Netflix en ne sélectionnant aucun film produit par la plateforme de téléchargement. Puisque celle-ci refuse de respecter la traditionnelle chronologie des médias, Cannes n’entre pas en matière sur une éventuelle sélection, même hors compétition. On peut penser ce qu’on veut de cette attitude, elle a in fine valeur de ligne éditoriale, même si, comme l’an passé, les films Netflix les plus attendus, tel le prochain Scorsese, risquent de filer directement à Venise. Frémaux a également choisi d’honorer des stars en les conviant à des master class. Alain Delon recevra une Palme d’honneur, Sylvester Stallone dévoilera les premières images de «Rambo V: Last Blood», Nicolas Winding Refn commentera deux épisodes de sa série, la très attendue «Too Old to Die Young», et Zhang Ziyi fêtera ses 20 ans de carrière.

Hors compétition, Claude Lelouch bouclera une fois encore la boucle d’«Un homme et une femme», Palme d’or en 1966, en présentant la suite et la fin de son histoire, «Les plus belles années d’une vie», toujours avec Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant. Plus insolites mais pas injustifiées, des stars sans lien avec le cinéma devraient à leur tour créer l’événement au Festival. Soit Elton John, dont le biopic «Rocketman» (de Dexter Fletcher), paraît-il dans la lignée de «Bohemian Rhapsody», sera dévoilé sur la Croisette avant d’atterrir en salle. Et l’inamovible Maradona, héros d’un documentaire signé Asif Kapadia, qui semble ne pas faire mystère des lentes dérives de la star du ballon rond. Mille raisons de saliver dès ce soir où Cannes va redevenir le centre du monde. (24 heures)

Créé: 13.05.2019, 19h15

Les productions romandes existent aussi à Cannes

Les producteurs genevois flambent à nouveau à Cannes. En 2018, on s’en souvient, deux sociétés trustaient les différentes sections cannoises. Bord Cadre Films, géré par Dan Wechsler, brigue même cette année la compétition officielle grâce au dernier opus du brillant Roumain Corneliu Porumboiu. Avec «Les siffleurs», c’est la première fois que cet auteur va pouvoir se confronter à Tarantino, Loach ou Almodóvar. «Pour moi, il est fondamental d’avoir une forte visibilité dans un contexte de qualité, nous précise Dan Wechsler. Et ma politique n’a pas changé. Cela permet aux films d’être vus.» À la Quinzaine des réalisateurs, Bord Cadre montrera une autre œuvre dont il est coproducteur minoritaire, «Canción sin nombre» de Melina Léon, réalisatrice péruvienne formée à Lausanne (Ecal), qui s’annonce émouvante et puissante. Dans ces deux films, le producteur Jamal Zeinal Zade a engagé des fonds. Mais il a également investi dans une autre production, toujours à la Quinzaine, «Le daim» de Quentin Dupieux, avec Jean Dujardin et Adèle Haenel. Un long-métrage au générique duquel on a le plaisir de trouver une autre société genevoise, Garidi Films. «On espère qu’il va faire un carton, même si le film n’a pas la nationalité suisse, son apport helvète étant inférieur à 10%», nous explique Consuelo Frauenfelder, l’une des trois actionnaires de Garidi. À signaler encore «Les particules», de Blaise Harrison, issu lui aussi de l’Ecal, sous le giron des Lausannois de Bande à Part, toujours à la Quinzaine. Dans la section Un certain regard, on suivra «Les Hirondelles de Kaboul» de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mévellec, film politique d’animation où on retrouve, en coproduction, la société genevoise Close Up, gérée par Joëlle Bertossa. Ce n’est pas tout à fait tout. Genevois d’origine, Michel Merkt aura lui aussi plusieurs films au festival. Près de 20, toutes sections confondues, dit-on. Sans oublier le Marché du Film où les «dames» Stéphanie Chuat et Véronique Reymond vanteront les mérites encore inédits de «Little Sister». Entre autres réalisations romandes.
P.G.

Articles en relation

Xavier Dolan brigue à nouveau la Palme d'or cannoise

Festival de Cannes Avec les Dardenne, Malick, Jarmusch, Loach ou Almodovar, il fait partie des cinéstes en compétition à Cannes. Plus...

Avec «Les oiseaux de passage», ça vole haut

Cinéma Critique vidéo - Ce film colombien avait ouvert la Quinzaine des réalisateurs au Festival de Cannes 2018, le voici enfin. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.