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«Les comités de sport, un refuge de brigands!»

Dans «La chute de l’empire américain», Denys Arcand fulmine contre le fric en général et à Lausanne, en particulier. Bilan.

Un livreur philosophe (Alexandre Landry, à gauche) et un comptable bidouilleur (Rémy Girard) tombent sur 10 millions de dollars perdus par des trafiquants. Que faire?

L’accent chante québécois, la musique se veut universelle. Drôle de cinéaste que ce Denys Arcand qui après des décennies de militantisme forcené, devient il y a plus de trente ans, le chantre des bobos de l’Occident. L’artiste ne se relèvera jamais du «Déclin de l’empire américain» (1986), qui le poursuit dans «Les invasions barbares» (2003).

Le voilà qui donne un nouveau bulletin de santé avec «La chute de l’empire américain». Aucune impression de familiarité pourtant dans ce film noir, ni par la trame ni par les acteurs. Un livreur dont la seule excentricité tient à sa pratique intense de la philosophie, surprend un hold-up. Sur le parking, deux sacs, des cadavres. Par impulsion, ce type en apparence ordinaire mais doté d’un super Q.I. embarque le butin.

Les flics soupçonnent une entourloupe. Lui ne commet qu’une bourde, s’offrir une prostituée de luxe qui se révèle la femme fatale de sa vie. La belle va lui expliquer comment recycler ses millions grâce à ses relations bancaires.

Pourquoi accuser les fédérations sportives, basées à Lausanne notamment, de laver de l’argent sale?

Mais ne sont-elles pas de hauts lieux de corruption? Ces fédérations, ces comités de sport, un refuge de brigands, oui! La semaine dernière, des responsables japonais des JO ont été arrêtés pour corruption. Au Québec, les jeux de Montréal, en 1976, laissent encore la ville endettée. Et ce prochain mondial de foot, organisé en pays arabe l’été, comment le justifier, sinon par des milliards de dollars! Je ne vois que des histoires d’argent dans le sport. Prenez un joueur de tennis. En 1950, la saison s’arrêtait à peu près à cette époque, sur Monte-Carlo. Désormais, les champions jouent toute l’année, usent de stratagèmes pour rester debout malgré les blessures. Seul votre Federer a le courage de dire qu’il ne jouera pas sur terre battue.

«Mieux vaut pleurer en Jaguar que dans le métro» dites-vous?

Mais je ne suis pas cynique, j’informe, j’ai enquêté. Comme «les Panama Papers» qui montrent comment tant de sportifs en Europe, Lionel Messi, Cristiano Ronaldo etc. ont placé leur argent quelque part.

Pourquoi avoir changé le titre «Triomphe de l’argent»?

Ça collait mieux car l’argent envahit tout. Un film désormais s’apprécie en nombre d’entrées. Personne n’aurait jadis jugé John Ford ou Ingmar Bergman sur ce critère. Pareil pour la peinture avec Jeff Koons ou Damien Hirst côtés en bourse! Le fric pourrit jusqu’à l’art qui pourtant, devrait résister en dernier bastion.

Mais pourquoi alors «vendre» une suite qui n’en est pas une?

Ce n’est pas du marketing! «Triomphe de l’argent» m’a semblé dur à retenir, induisait une réaction négative de lassitude, de tue-l’amour. Dans l’absolu d’ailleurs, je suis trop vieux pour avoir une stratégie commerciale. Alors je suis reparti de la base.

Faut-il donc voir une trilogie sur l’amour et le sida, la mort sans assurance maladie et ici, l’argent sans morale?

Comme la fin d’un cycle, oui. De toute manière, les vrais auteurs tournent toujours le même film. Moi, je n’ai jamais cessé de parler de la société autour de moi. À 40 ans, avec «Le déclin», je venais de divorcer, je vivais des conflits amoureux formidables. Le sida commençait à sévir autour de moi. Plus tard, la mort est devenue une émotion palpable. Déjà parce que j’ai perdu successivement mon père, ma mère, mon frère. Vient maintenant cette sensation prédominante du fric. Sans tourner ma biographie directe, je ne fais que filmer ma vie.

Même la philosophie ne vous semble pas d’un grand secours, pourquoi?

La faute des philosophes! Tous ces penseurs nous ont mis en panne avec leurs dissertations éthérées qui coupaient les cheveux en quatre et n’entretenaient aucun rapport avec la vie courante. L’amour de la sagesse, soit littéralement la philosophie, s’est déconnecté de la réalité.

Mais vous nous servez quand même «l’impératif de Kant».

Vrai. Je crois comme les idéalistes impénitents à une boussole interne à l’humanité. Même si les horreurs du 20e s. le découragent, il faut apprendre à vivre avec son destin. Marc-Aurèle laisse des balises auxquelles je me raccroche. Je vis avec nos vieilles hontes, j’attends le petit miracle ordinaire. À défaut d’un philosophe majeur.

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Hold-up

Québec, 129’, 14/16 Cote: **

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