David Maye a filmé sa mère avant la «grande traversée»

CinémaLe cinéaste a documenté avec pudeur la vie de sa famille durant les derniers mois de vie de sa mère.

David Maye, ici chez Terrain Vague à Lausanne, a voulu montrer comment une famille vit le décès annoncé d’un des leurs.

David Maye, ici chez Terrain Vague à Lausanne, a voulu montrer comment une famille vit le décès annoncé d’un des leurs. Image: VANESSA CARDOSO

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Comment se préparer à la disparition annoncée d’un proche? Comment profiter des bons moments à par­tager encore? Les grandes traversées de David Maye abordent tout cela. Le réalisateur installé à Genève, formé à L’ECAL et membre de la maison de production lausannoise Terrain Vague, a filmé les derniers mois de sa mère, atteinte d’un cancer. Installant sa caméra au cœur de la maison familiale, il livre une œuvre intimiste mais pas voyeuriste, touchante sans verser dans le pathos, qui montre comment la cellule familiale se recompose face à l’inéluctable. «J’ai voulu que chacun se sente invité à s’asseoir à la table familiale car cette histoire peut toucher tout le monde.» Présenté en avant-première mardi 31 octobre à la Cinémathèque de Lausanne, le film est aussi à l’affiche du riche menu de la journée des proches aidants qui se déroule la veille, le mardi 30 octobre. Car évoquer la fin de vie de cette épouse et mère de quatre enfants, c’est aussi raconter ceux qui accompagnent.

«J’ai eu le déclic lorsque ma sœur a annoncé qu’elle était enceinte»

Lorsqu’il décide de prendre sa caméra, David Maye, aîné des quatre enfants de Françoise et Jean-François Maye à Chamoson, ne vit plus dans la demeure où il a grandi, cocon douillet au milieu des vignes. Sa mère est déjà malade depuis trois ans. Après une énième chimio, elle lutte cette fois-ci pour arriver à lâcher-prise. «J’ai eu le déclic lorsque ma sœur a annoncé qu’elle était enceinte. Pour la première fois depuis longtemps, les yeux de ma mère se sont illuminés. J’y ai vu la possibilité de contrebalancer la mort par la vie. J’ai alors pris ma caméra et j’ai commencé à filmer de manière épisodique pendant un an et demi. Je vivais alors à Lausanne et j’allais saisir les choses importantes.»

Le début du tournage intervient alors que tout a été tenté, et que les médecins ont annoncé plusieurs fois aux proches l’imminence du décès. Chacun réagit à sa façon à ce qui arrive. Le père se lance dans l’agrandissement de la cuisine, qui a toujours été le noyau de la vie de la tribu: «Ce projet, nous l’avons voulu avec ma femme, et même lorsqu’elle ne sera plus là, je ferai toujours à manger, les enfants continueront à venir», confie-t-il à la caméra.

La sœur du réalisateur, qui s’apprête à devenir maman pour la seconde fois, se trouve plus proche que jamais de celle qui lui a donné la vie. «Pour elle c’était important de partager ça avec sa mère. Qu’elle la voie maman à nouveau avant qu’elle s’en aille. Ma sœur a été énormément présente, quitte parfois à s’oublier elle-même, comme c’est souvent le cas des proches», remarque David Maye. Ses deux jeunes frères apparaissent dans le film, mais ne s’expriment pas. «C’était leur choix.»

«C’était aussi ma manière à moi d’être présent pour elle.»

Quant au réalisateur et producteur, ce long-métrage a été sa façon à lui de faire face aux événements: «J’ai besoin, quand quelque chose me touche, de partager, témoigner, retenir, créer des souvenirs, en gardant toujours à l’esprit que ce que je filmais était destiné à être montré à d’autres. Ma mère a toujours voulu être au cœur d’un de mes films, mais je ne pensais pas que ce serait celui-là. Au début de sa maladie, elle était dans une détresse telle qu’elle voulait le crier au monde, mais je n’avais pas ma place dans cette démarche. Ensuite, c’est devenu quelque chose qu’on a fait ensemble, je lui ai beaucoup parlé du projet en cours de route. C’était aussi ma manière à moi d’être présent pour elle.»

La caméra a aussi été un moyen pour ce fils de mettre à distance ce qu’il ressentait: «Adopter le point de vue du cinéaste et du spectateur m’a permis de mettre un filtre entre le réel et moi.»

«Je voulais éviter l’univers hospitalier, très froid et impersonnel.»

Il précise toutefois: «Il y a plein de moments où j’ai décidé de poser la caméra.» Lors de l’enterrement notamment. Il a aussi choisi de ne pas s’appesantir sur les examens médicaux et séjours à l’hôpital, forcément fréquents. Si ce n’est dans une scène très forte où un médecin interroge la patiente: veut-elle tenter un nouveau traitement ou lâcher-prise? «J’ai vu beaucoup de films avec des spécialistes qui s’expriment sur le cancer et je voulais faire autre chose. Je voulais éviter l’univers hospitalier, très froid et impersonnel.» En s’intéressant plutôt aux proches, David Maye a cherché à «capter la vie, comment elle continue malgré la mort, plutôt que ce que la mort nous fait.»

Au centre du film, sa mère est toujours présente. Elle souffre mais ne montre pas sa douleur. Et quand, derrière la caméra, son fils lui demande si elle a peur, sa préoccupation va vers ses enfants: «J’ai peur pour vous.» Regardant souvent une lumineuse photo de son père à elle, guide de montagne décédé en 2012, Françoise dit de lui: «C’était le spécialiste des grandes traversées.» Et se demande comment elle va faire pour passer de l’autre côté.

Créé: 28.10.2017, 09h19

Lausanne, Cinéma Capitole

Mardi 31 octobe, 20 h 30, avant-première suivie d’une discussion, en présence du réalisateur et des professionnels de la santé.

www.les-grandes-traversees.ch

Programme de la journée des proches aidants
lundi 30 octobre
www.journee-proches-aidants.ch

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