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Deneuve et Depardieu, dix films que ça dure

Du «Dernier métro» à «Bonne pomme», ces monstres s’aiment encore.

Dans «Bonne pomme», Deneuve joue la foldingue fragile, Depardieu le faux benêt.
Dans «Bonne pomme», Deneuve joue la foldingue fragile, Depardieu le faux benêt.
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En 1980, la santé encore intacte, Truffaut voit Deneuve en «femme responsable» face à Depardieu. «Le dernier métro» obtient un triomphe public et critique, dix César majeurs.
En 1980, la santé encore intacte, Truffaut voit Deneuve en «femme responsable» face à Depardieu. «Le dernier métro» obtient un triomphe public et critique, dix César majeurs.
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En 2012, Gégé renfile les braies du Gaulois et Deneuve le?suit en digne reine Cordelia. Là encore, il s'agit de doper l'affiche d'«Astérix et Obélix au service de Sa Majesté».
En 2012, Gégé renfile les braies du Gaulois et Deneuve le?suit en digne reine Cordelia. Là encore, il s'agit de doper l'affiche d'«Astérix et Obélix au service de Sa Majesté».
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Lors du dernier Festival d’Angoulême il y a quelques jours, à la présentation de Bonne pomme, Gérard Depardieu tonitrue en moulinant des formules. Le géant n’est pas du genre à célébrer ses 10es noces de cinéma avec bobonne. Grande Catherine, Deneuve materne: «Je peux ne pas lui parler pendant six mois et le retrouver comme si on s’était quitté la veille, c’est un partenaire très stimulant.»

Le gros pimente, gaillard: «Quand on se retrouve, on s’embrasse et on enlève tout.» Ces deux-là, 73 et 68 ans, derniers monstres sacrés, ont signé un pacte de non-agression depuis des décennies. Qu’il s’encanaille dans les steppes de Poutine ou vitupère contre les producteurs français, elle tempère et excuse d’un soupir excédé. Cette impression domine d’abord dans Bonne pomme,, la comédie de Florence Quentin.

Puis face à cette chronique signée par la scénariste de La vie est un long fleuve tranquille, mûrit un étrange sentiment. Le ver sort enfin du fruit quand chatouille un parfum musqué de pomme tapée. La réalisatrice filme la France contemporaine comme au temps des Gendarmes de Louis De Funès ou du Monde de Don Camillo. Dans un village poussiéreux, une patronne d’hôtel embijoutée cuve sa médiocre existence. Cette sexagénaire platinée pourrait être interprétée par Jacqueline Maillan. Deneuve s’y colle avec une malice impeccable.

Gégé lui mange dans la main

A chaque plan, chiffonnant ses boucles, sa cigarette ou son verre, la névrosée de fiction rappelle en avoir vu d’autres. Et Gégé, en homme si gentil qu’il en paraît benêt, vient lui manger dans la main. Sans ces deux-là, Bonne pomme s’oublierait dans un cageot.

Bonne copine, Deneuve souligne la bonne conduite de Depardieu sur Bonne pomme. «Eternel éparpillé, l’air de rien, il m’a surprise en suivant parfaitement la petite musique du film.» Bon, bon. Mais Le dernier métro file au loin. Leurs retrouvailles ont souvent été marquées du sceau des grands, Corneau, Téchiné, ou des jeunes insolents, Dupeyron, Ozon.

Dans Lettres volées, en 1988, Gérard Depardieu précisait n’avoir jamais conclu avec sa partenaire, vieux fantasme du public français. «Il y a un interdit entre nous. Tu es une idole bourgeoise et racée; je suis un fils de paysan aux mains fortes, avec toute sa santé.» Pourtant, dans la vraie vie, c’est elle qui sarcle et bouture, légère malgré les saisons qui passent, les genoux dans l’herbe folle des jeunes réalisateurs, les ongles dans la terre. Lui se promène dans le monde comme un Balzac du septième art, la bedaine ronde et lourde de centaines de films. «Catherine est l’homme que je voudrais être», écrit-il encore. Jusque dans Bonne pomme, petit film à côté de ses galoches, ce mystère émane.

Comédie (Fr., 8/10, 101’) Cote: **

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