Dominik Moll, un cinéma bestial

Interview«Seules les bêtes» est l'adaptation d'un polar.

«Seules les bêtes»  est inspiré d'un roman sorti en 2017.

«Seules les bêtes» est inspiré d'un roman sorti en 2017. Image: JEAN-CLAUDE LOTHER

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Dominik Moll est un cinéaste assez rare. Six longs-métrages et deux séries en vingt-cinq ans, c’est assez peu. Le revoici avec l’étrange adaptation d’un polar divisé en plusieurs segments et tiré d’un roman noir de Colin Niel. «Seules les bêtes», auréolé de nombreux prix, combine le suspense avec une certaine acidité que n’aurait nullement renié un Chabrol. Regard acerbe sur le monde paysan, la petite bourgeoisie et les solitudes affectives à l’ère d’internet, ce film mystérieux et charbonneux nous a permis de faire le point avec son auteur, qui était à Genève juste avant les Fêtes.

Le roman dont est tiré le film est sorti en 2017. L’aviez-vous repéré à ce moment-là?
Le roman avait été présenté aux Quais du Polar à Lyon, en novembre 2017. Colin Niel, son auteur, est un habitué de ce festival et il reçoit souvent des demandes d’adaptations. EuropaCorp, la société de Luc Besson, s'y intéressait. Mais la société Haut et Court avait heureusement pris une option sur les droits.

Vous connaissiez cet auteur?
Non, mais je savais que tous ses polars se passent en Guyane.

Est-ce que le roman était déjà chapitré comme le film?
Oui, chaque segment reflète le point de vue d’un personnage différent. Sauf que dans le roman, chaque partie est rédigée à la première personne. Le défi, c’était de transformer ces récits en autant d’adaptations. Mais nous sommes restés fidèles, y compris dans la fluidité. Colin Niel a d’ailleurs aimé le film.

Tous les problèmes que posent les parallélismes entre les récits, leurs temporalités qui empiètent les unes sur les autres, vous les avez résolus avant le tournage, pendant celui-ci, ou au montage?
Essentiellement au moment de l’écriture. On a même rajouté de petites choses qui ne sont pas dans le roman. Le début du film en Afrique n’y existe pas, par exemple. Après, il y a forcément des ajustements. Lors de la rédaction d’un scénario, on a souvent tendance à être trop explicatif. Le sujet de «Seules les bêtes», ce sont les brouteurs, ces jeunes Africains qui approchent des hommes ou des femmes seuls sur des réseaux sociaux avec de faux comptes et font en sorte que la personne tombe amoureuse puis dans la dépendance affective. La crédulité des gens est étonnante. Et les brouteurs ne se posent aucune question morale.

Le fait qu'il n’y ait pas d’énormes stars au générique a-t-il facilité ou au contraire ralenti le montage financier du film?
Ni l’un ni l’autre. En même temps, il y a six personnages principaux dans «Seules les bêtes». Il aurait donc fallu prendre six stars. Nous n’avions pas non plus un budget démesuré pour cela.

Avez-vous spécifiquement travaillé les cliffhangers, les fins de chaque partie, en accentuant le suspens chaque fois?
Dans le film, c’était des charnières. Chaque fois, on s’identifie à un personnage et on le lâche. Il faut ensuite relancer toute la machine.

Quelles ont été vos influences pour ce film?
Je n'ai jamais d'influences directes, mais Alfred Hitchcock, par exemple, est une référence permanente. Le plaisir participatif du spectateur est très important. Colin Niel m'a conseillé de ne pas trop expliciter les choses. Avec le visuel, on a un niveau supplémentaire par rapport à l'écrit.

Votre précédent film est sorti il y a trois ans. Il semble que vous tournez aujourd’hui plus vite qu’il y a une quinzaine d’années.
J’ai un peu accéléré, oui. Je ne voudrais d’ailleurs pas retomber dans un rythme trop espacé. Ce désir de vouloir faire un film parfait est illusoire. J’ai fait aussi «Eden» pour la télévision et ces allers-retours sont assez plaisants. Quelque part, il faut prendre le risque qu’un film soit raté.

Ce qui signifie que vous avez en ce moment des désirs de réalisation?
Je n’ai pas de projets concrets. Je suis dans une période de lecture et de prospection.

Créé: 07.01.2020, 22h42

Critique «Seules les bêtes»

Cela commence presque comme un film d’Hitchcock. Une femme disparaît et on ne retrouve que son véhicule, vide, au bord d’une route enneigée. La police n’a strictement aucune piste mais cette curieuse disparition a un lien avec au moins cinq personnes. C’est (presque) le début d’un film qui va nous entraîner dans plusieurs coins du monde et cultiver différentes formes de suspens avec une gourmandise aussi rare que son auteur.

Il y a dans «Seules les bêtes» un plaisir du conte qui transparaît dans chacun de ses segments. Dominik Moll semble vouloir nous prendre la main, nous chuchoter «il était une fois...» puis raconter son affaire avec une malice qui est propre aux grands conteurs. Et on avait fini par oublier à quel point ce cinéaste excellait dans ce domaine. Sa mise en scène obéit d’ailleurs aux mêmes instances narratives. En découle une fluidité d’autant plus étonnante que chaque récit redistribue les zones d’ombre laissées par les autres. L’ensemble est aussi passionnant que fragmenté. Dominik Moll donne des lettres de noblesse à la discontinuité et on se régale d’un bout à l’autre, quitte à se perdre parfois sur les sentiers enneigés ou ensoleillés du récit. Jouissif.



Drame, France, 117’, Cote:***

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