«Downsizing», ces petits hommes qui fascinent

CinémaLe rétrécissement humain reste un thème rare au cinéma.

Dans «Downsizing», Matt Damon va-t-il redevenir petit? Dans le doute, il se pose la question.

Dans «Downsizing», Matt Damon va-t-il redevenir petit? Dans le doute, il se pose la question. Image: DR

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«Chérie, j’ai rétréci les gosses!» Ce titre et slogan, traduction littérale d’une comédie de Noël de 1989 signée Joe Johnston, Honey, I Shrunk the Kids, avait valeur de profession de foi. Tasses de chocolat chaud et doughnuts géants dans lesquels des enfants se noient et appellent au secours. La réduction des humains, comme leur agrandissement d’ailleurs, comporte une part fantasmatique que l’art peut parfois relayer. On s’est rendu compte de cet attrait lors de la venue à Genève des deux Géantes de la compagnie Royal de Luxe. À leur exact opposé figureraient les petits hommes, ou homoncules, pour reprendre la dénomination alchimique d’une opération consistant à réduire la taille des humains. Lilliputiens chez Gulliver, peuplade entière chez Rabelais, nains malicieux dans la Blanche-Neige des frères Grimm, ils parsèment la littérature sans former un genre à part entière du fantastique.

Contre la surpopulation

Or, le thème des petits hommes a relativement peu inspiré le cinéma avant ce Downsizing d’Alexander Payne qui nous parvient aujourd’hui.

Afin d’endiguer la surpopulation, des scientifiques découvrent le moyen de ramener les humains à une taille raisonnable de 12 cm. L’expérience ayant l’air de fonctionner, et même d’augmenter le niveau de vie de ceux qui la pratiquent, Matt Damon et son épouse se décident à la tenter, comme bon nombre de leurs semblables. Sans savoir encore si la médaille comporte un revers. Car dans le cinéma fantastique et de science-fiction, le seul genre à avoir accueilli cette thématique, les choses se passent généralement plutôt mal. Au temps du muet, quelques films évoquent ces homoncules. Serial en six parties, dont certaines semblent aujourd’hui perdues, Homunculus d’Otto Rippert avait marqué le public de 1916. Plus près de nous, Jack Arnold signe en 1957 son chef-d’œuvre en adaptant un roman du prolifique Richard Matheson, L’homme qui rétrécit (The Incredible Shrinking Man). L’histoire est fascinante. Par on ne sait quel sortilège (en l’occurrence un brouillard maléfique), il se met à perdre du poids. Au fil des mois, il s’aperçoit que sa taille diminue aussi. D’abord très peu, puis de plus en plus, jusqu’à ne faire que quelques centimètres. D’où des séquences effrayantes qui le mettent aux prises avec un chat, puis avec une araignée. Certes, la trame, entièrement contenue dans le titre du film, demeure relativement naïve. Mais elle ouvre des perspectives vertigineuses car le héros continue en effet à rétrécir indéfiniment. Aussi peut-on allègrement supposer qu’après la fin du film, sa taille lui permette d’aborder des univers microscopiques, voire à se mesurer aux atomes puis aux particules, même si on parlait encore peu de physique des particules dans les années 50. L’infiniment petit tout comme l’infiniment grand ont toujours fasciné l’homme parce qu’ils lèvent le voile sur des mondes inconnus. Le film joue sur cette fascination, non sans engendrer quelques tensions que de vagues notes d’humour n’atténuent pas.

Voyage dans le corps

Plus récent encore, Le voyage fantastique de Richard Fleischer (1966) imagine que les États-Unis se sont mis d’accord avec l’Union soviétique (acte de science-fiction improbable pour l’époque) pour développer une technologie de pointe afin de miniaturiser la matière. Une équipe de scientifiques est placée dans un sous-marin que l’on réduit pour l’injecter dans un vaisseau sanguin. But de la manœuvre, dégager un caillot de sang obstruant le cerveau d’un homme. Là encore, c’est le voyage, et la confrontation avec un univers agrandi (l’intérieur du corps) et inconnu qui fascine durant cette expédition aujourd’hui techniquement très datée. La drôlerie que suggèrent les petits hommes – voyez, en bande dessinée, Les Schtroumpfs et Les petits hommes – est pourtant rarement exploitée au cinéma. La récente comédie de Laurent Tirard, Un homme à la hauteur (2016), se contentait de jouer sur les différences de taille entre un Jean Dujardin d’un mètre 36 face à une plantureuse Virginie Efira. Mais rien de fantastique dans un scénario un peu bas de plafond. Avec Downsizing, c’est la première fois qu’on imagine un futur où le rétrécissement est possible. Ce n’est pas forcément rassurant. (24 heures)

Créé: 09.01.2018, 18h43

Critique

Un joli film un peu creux

Alexander Payne est un cinéaste relativement atypique dans la mesure où il a débuté comme indépendant tout en travaillant pour des blockbusters. D’origine grecque (son grand-père se nommait Papadopulos), il débute au cinéma en dirigeant Laura Dern dans une comédie inédite, Citizen Ruth. Puis, après cinq autres films, plus méditatifs que d’action, et le scénario de Jurassic Park 3, le voici avec un Downsizing hybride. Car sous couvert de science-fiction, c’est bien à une critique de la société américaine qu’il s’essaie. Il en a du moins l’intention. Mais s’arrête en route, faute de pouvoir s’interroger sur le rapport que ses personnages entretiennent avec le monde qui les entoure. Sur le plan du fond, Downsizing est donc plutôt décevant. Formellement, il est davantage jouissif. Les effets numériques sont invisibles et l’aspect cocasse du rétrécissement devient une constante fictionnelle de l’histoire. Matt Damon ne se prend pas au sérieux (contrairement à sa prestation dans l’affreux Suburbicon signé George Clooney) et Christoph Waltz marche sur des œufs. Tourné entre les États-Unis et la Norvège, le film jongle entre drame et comédie, et n’évite ni facilité ni grosses ficelles. Présenté en ouverture de la Mostra, il y a été accueilli plutôt fraîchement.

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