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Ce drôle de Michel Blanc file encore à l'anglaise

Le comédien marche à l’ombre des bronzés, se glisse en douce chez les auteurs pointus. C’est en réalisateur que le gentleman se lâche. La preuve, «Voyez comme ils dansent».

Michel Blanc sort son 5e long-métrage en tant que réalisateur.
Michel Blanc sort son 5e long-métrage en tant que réalisateur.
Sylvain Lefèvre/Getty Images

A le croire, le destin lui est tombé dessus comme le paquet d’algues sur Jean-Claude Dusse dans «Les Bronzés». Quarante ans après, ça fouette encore. Pourtant, Michel Blanc, mélomane délicat, rigoriste classieux, intello anglophile, s’est rebellé contre ce splendide statut de gugusse. Il s’est rasé la moustache. Imberbe et chauve, le maigrichon décolle les étiquettes, pitre grave, clown sérieux. Les cinq films qu’il a réalisés, de «Marche à l’ombre» à «Voyez comme ils dansent» ne figent pas plus le mouvement. Dans cette dernière mise en scène, l’auteur convie les zigotos déjà fréquentés sur «Embrassez qui vous voudrez». «C’est une fausse suite! Et d’ailleurs, je n’y avais pas pensé, pas une seule seconde pendant 16 ans, jusqu’à ce que Karin Viard indique à mon producteur qu’elle serait très partante pour un nouvel épisode.» C’était flatteur, Michel Blanc ne s’en cache pas. Comme de voir Jacques Dutronc «monter à Paris trois jours entiers» pour flamber en vieux play-boy, ou Charlotte Rampling se vautrer en beaux restes d’une lady déchue.

Vous dites déguster l’humour british comme un «After Eight», le chocolat doux amer à lécher pour goûter la menthe.

Et ça m’a fasciné très jeune, cette culture anglaise. À la base de mon écriture, je vois cette filiation large issue de la littérature et du théâtre britanniques. Nos romanciers par exemple, s’ils donnent parfois de la grande littérature, ne racontent pas d’histoire. Et puis, j’aime bousculer le cartésianisme français.

Carole Bouquet qui articule des gags triviaux avec distinction, ça serait votre idéal au fond?

Ah Carole, sur «Grosse fatigue», c’était encore plus violent, une vraie Balasko! Elle aime que je l’embarque, je lui écris ce que les autres n’osent pas.

Les bobos ont-ils changé entre les deux films?

Snobs, grotesques, ils le sont toujours, ils dansent sur un volcan. Ce qui me permet beaucoup d’humour noir. Je l’espère en tout cas! Le monde a changé surtout, avec cet afflux de gens qui essaient de sortir de la misère guerrière et posent problème à l’Europe, déchaînent les populistes. Et le réchauffement du climat, voilà qui achève cette civilisation, une planète qui survit tout entière sur les braises.

Mais vous n’en parlez jamais dans vos films.

Je n’ai pas la vocation de médecin des âmes. À l’occasion, par certains rôles trop rares comme celui de «L’exercice de l’état», j’ai pu exprimer des opinions politiques. Par la suite, ce qui m’a été proposé dans ce registre, n’a jamais égalé ce niveau. J’avais l’impression d’une deuxième pression à froid, comme on dit pour les huiles d’olive. Entre nous, je lis tant de scénarios dont la planète peut très bien se passer. Pourtant, j’aimerais tellement aller vers la gravité.

Par contre, vous refusez le cynisme. Pourquoi?

J’aime citer Brel: «Les gens sont des hasards biologiques qui font ce qu’ils peuvent.» En fait, chaque personnage se fourre lui-même dans des situations épouvantables. Voyez la mère que joue Karin Viard. Pas besoin de s’en moquer, elle a le tonus pour elle. Dans la poisse, elle ne baisse jamais la garde. Et c’est drôle ainsi, inutile de rajouter dans le pathétique.

N’avez-vous jamais craint de devenir un bobo?

Non, même si j’habite près d’un nid de bobos à Paris, je les mate comme des fourmis. Je n’ai qu’à regarder par la fenêtre pour prendre l’air du temps. Ils ne fréquentent plus les mêmes endroits. Désormais, les bars à cocktails avec une déco un peu baroque les attirent, plus que les bistrots d’avant.

Le bobo sirote mais ne bouffe plus?

Oh, la mode passera, pas plus ridicule aujourd’hui que celle de demain. Je remarque aussi que le rapport à l’argent s‘est tendu en quinze ans. Les embellies financières ne profitent qu’à une poignée.

En la matière, vous ne semblez jamais avoir été obligé d’en passer par des films alimentaires.

J’ai ce luxe de ne pas avoir dépensé l’argent des impôts. Grâce à Dieu, je peux me permettre d’attendre un bon film 6 ou 8 mois sans être pris à la gorge.

Cette sagesse vient-elle d’une enfance en milieu modeste au contraire de vos potes du Splendid qui ont grandi dans la soie à Neuilly?

Je ne l’oublie pas, je suis fils de comptable. Chez nous, on savait le prix des choses, on faisait attention. Bon, je ne suis pas économe, je m’autorise une enveloppe budgétaire pour faire de petits écarts.

C’est quoi, ces folies?

Rien de dispendieux. Offrir des choses à ma compagne, passer des vacances dans un bel hôtel, rien d’extraordinaire.

Au fond, malgré la popularité, les provocs de «Tenue de soirée» ou «Mauvaise passe», vous restez un homme très privé. Une volonté?

Une manière d’être, je suppose. Fils unique, j’ai toujours eu beaucoup de mal à m’intégrer dans un flux, quel qu’il soit. J‘ai toujours préféré jouer seul dans ma chambre avec mes jouets.

N’est-ce pas contradictoire avec vos débuts, le café-théâtre, la vie communautaire?

Je m’en suis éloigné assez vite. Je ne peux pas faire partie d’une troupe où chacun écrit l’un sur l’autre, je ne voulais pas être embrigadé là-dedans. Je tournais avec d’autres cinéastes à l’époque. Par contre, sans avoir cet esprit de troupe, j’apprécie toujours d’avoir autour de moi des acteurs que j’admire. Mais sans les fréquenter forcément en ami assidu.

Jean-Paul Rouve ne devient-il pas un alter ego, parano en bandoulière, look malingre?

Nos parcours possèdent pas mal de points communs. Lui, entre ses Tuche et son film tiré de David Foenkinos, je m’y retrouve. Avec aussi cette tendresse qui lui échappe. Quand je jouais «Monsieur Hire», je me suis découvert la même faculté. Les muscles du visage bloqués, mutique la plupart du temps, je disais quelque chose.

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