Sur l’écran de Hans-Ulrich Schlumpf, cinéaste en rêveur inquiet

CinémaA l’occasion d’une rétrospective à la Cinémathèque et d’un coffret, le cinéaste présente ses films épris de réel.

«Je n’ai aucun regret», assure le cinéaste Hans-Ulrich Schlumpf, existentialiste sartrien revendiqué, de passage à Lausanne.

«Je n’ai aucun regret», assure le cinéaste Hans-Ulrich Schlumpf, existentialiste sartrien revendiqué, de passage à Lausanne. Image: PHILIPPE MAEDER

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il s’est intéressé à des créateurs d’art brut, a témoigné du passage à l’informatique dans une imprimerie (Le marbre en pièces) ou documenté la dimension sociale de jardins familiaux dans la banlieue zurichoise, juste avant leur destruction (Petite liberté). Enraciné dans le documentaire, le cinéaste Hans-Ulrich Schlumpf a aussi fleuri dans les parages de la fiction, mais en injectant toujours une part de poésie et d’idéalisme dans ses sujets. Alors que plusieurs de ses films viennent d’être restaurés et qu’un coffret de ses œuvres s’apprête à sortir, le réalisateur accompagne ce vendredi la projection de trois de ses films à la Cinémathèque.

Avant de vous lancer en cinéma, vous avez pratiqué la photographie, fait des études littéraires. Qu’est-ce qui vous a décidé?

L’alternative a toujours été artiste ou cinéaste. Déjà au gymnase je peignais, je dessinais, mais, avec un ami, nous avions aussi écrit un scénario sur Le Grand Meaulnes, le roman d’Alain-Fournier. A Paris, j’ai survécu à raison d’une photo par semaine pour le magazine Elle, grâce à Peter Knapp, qui y travaillait. J’avais essayé de m’introduire dans l’équipe d’Alain Resnais, très gentil au téléphone pour m’expliquer pendant une demi-heure pourquoi ça n’irait pas! Pendant mes études, j’avais découvert Paul Klee, sur qui j’ai écrit une thèse, mais il avait déjà fait tout ce que j’avais en tête – et si bien! – que je me suis tourné vers le cinéma, d’abord avec des courts-métrages, dès 1964, dont le premier était très précoce en matière d’écologie.

Vous avez su d’emblée que vous alliez vous positionner à l’écart du système, des courants dominants?

Disons que je savais que mes projets seraient, comment dire, créatifs! Que je serais mon propre producteur. Ma première réalisation, Armand-Schultess - J’ai le téléphone, était un cas spécial, préoccupé d’art brut avec un film qui l’était aussi. L’artiste était mort au moment où j’allais commencer. J’ai failli laisser tomber. J’ai finalement abordé le tournage comme une fouille archéologique pour garder une trace de tout ce qui allait être détruit, ses héritiers ne comprenant rien, au point qu’ils ont même brûlé une précieuse édition de Gotthelf… Mais c’était aussi l’ambiance d’une époque qui se voulait expérimentale.

La modestie financière de vos productions vous garantissait une liberté de manœuvre?

Alain Tanner, qui parlait toujours d’économie de moyens, a été un exemple en ce sens. Moins d’argent, plus de cinéma! C’est pourquoi j’ai été très sensible à la puissance des images. Si j’ai tourné Trans­Atlantique sur un bateau de ligne, c’est parce que cela assurait de grandes images. Mais j’ai aussi profité de ma collaboration avec Pio Corradi, un grand photographe, le Renato Berta alémanique. Maintenant, je réalise ce que j’appelle des «Rücksackfilms» («films sac à dos») qui ne coûtent rien et que j’ai totalement sous contrôle.

Ce qui frappe dans vos films, c’est l’utopie et l’humanisme. Vous gardez encore une part d’espoir?

La première séquence du Congrès des pingouins montre ce cinéma abandonné, totalement affaissé. C’était un symbole pour ces îles de Géorgie du Sud, pour le cinéma, mais aussi pour le monde entier. Aujourd’hui, des gens comme Erdogan, Trump ou Orban sont insupportables. Nous étions une génération née pendant la Seconde Guerre mondiale – je me souviens des avions américains passant au-dessus de Zurich. Nous avons connu la peur. Pour nous, c’était clair: plus jamais la guerre.

Vous avez suscité des vocations: Luc Jaquet a contribué au Congrès des pingouins avant de réaliser sa Marche de l’empereur.

Il a eu la possibilité de réaliser son service militaire dans l’Antarctique en tant que biologiste. C’est lui qui a ramené les images du Congrès. Son rêve, ensuite, était de devenir cinéaste. Il a travaillé pendant douze ans comme réalisateur pour la TV avant de faire financer son film sur les manchots.


Lausanne, Cinémathèque Ve 13 octobre, TransAtlantique (15 h), Ultima Thule (18 h 30) et Le congrès des pingouins (21 h). En présence du réalisateur. Rétrospective jusqu’au ma 31 octobre. www.cinematheque.ch (24 heures)

Créé: 13.10.2017, 12h57

Projections

Lausanne, Cinémathèque
Ve 13 octobre, «TransAtlantique» (15 h), «Ultima Thule» (18 h 30) et «Le Congrès des Pingouins» (21 h). En présence du réalisateur. Rétrospective jusqu’au ma 31 octobre.
www.cinematheque.ch

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 5

La drague au parlement fédéral (paru le 16 décembre 2017)
(Image: Valott) Plus...