À l’écran, la jungle fourmille de chants mélancoliques

FestivalPoint fort de la 14e édition du Cinémas d’Afrique à Lausanne, compositeurs et réalisateurs débattront sur l’impact de la musique dans les films du continent.

Dans «The Mercy of the Jungle», les comédiens Marc Zinga (à g.) et Stéphane Bak incarnent avec brio deux personnages à l’affût du moindre bruit suspect, dans une jungle immense entre le Congo et le Rwanda.
NÉON ROUGE

Dans «The Mercy of the Jungle», les comédiens Marc Zinga (à g.) et Stéphane Bak incarnent avec brio deux personnages à l’affût du moindre bruit suspect, dans une jungle immense entre le Congo et le Rwanda. NÉON ROUGE

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Le rôle de la musique dans le cinéma africain sera au centre de l’attention ce samedi, à 16 h 30, à la Cinémathèque de Lausanne, lors d’une table ronde organisée par le Festival cinémas d’Afrique. La manifestation, qui se consacre depuis quatorze éditions à la découverte de pépites contemporaines du continent, ouvre pour la première fois le débat. Avec pour l’animer une palette d’artistes, tous issus du septième art, dont le célèbre chanteur et compositeur sénégalais Wasis Diop.

Il n’est pas rare d’être emporté dans les tréfonds d’un film grâce à sa musique. Capable de provoquer l’immersion au même titre que l’image, la bande originale se manifeste souvent comme un personnage à part entière. De quelle manière apparaît-elle dans les productions contemporaines en Afrique? Quels rapports les jeunes auteurs entretiennent-ils encore avec les instruments traditionnels? Autant de questions qui plongent de manière inhabituelle dans un programme riche et porté par de nouveaux talents prometteurs.

S’imprégner du tissu local

Alors que le soutien à la production des films reste modeste sur le continent africain, les collaborations locales entre compositeurs et réalisateurs deviennent essentielles. «Les cinéastes puisent souvent dans leur terroir musical, explique Alex Moussa Sawadogo, attaché artistique du festival. Par exemple, lorsqu’un Burkinabé ou un Malien entame une réflexion pour créer sa bande-son, il travaille avec des musiciens de sa région. Ce qui rend la nationalité du film parfois reconnaissable, grâce aux rythmes et mélodies traditionnels.»

Si certains cinéastes tissent ces liens privilégiés pour révéler au grand public des mélodies et instruments ancestraux, une nouvelle génération d’auteurs s’imprègne d’œuvres musicales bien plus contemporaines, reflétant un mode de vie actuel, dans les villes. C’est le cas du film d’ouverture «Keteke» (je 22, 21 h) du réalisateur ghanéen Peter Sedufia, qui raconte la vie d’un couple qui rate un train, le seul moyen de locomotion disponible pour permettre à la femme d’accoucher en paix et auprès de sa famille. Ici les tambours se mêlent aux sonorités électroniques. Les chants sont répétitifs et constitués de voix au timbre métallique. «La complicité entre le compositeur et le réalisateur était essentielle, analyse encore Alex Moussa Sawadogo. Les deux sont de la même génération. Le temps qu’ils ont passé ensemble au moment de l’écriture leur a permis de s’inspirer mutuellement.»

De la même manière, le cinéaste rwandais Joël Karekezi, qui sera aussi présent au débat, et la chanteuse Nirere Shanel se sont côtoyés longtemps avant la production de «The Mercy of the Jungle» (sa 24, 21 h). «Peu de mots ont été nécessaires pour définir la direction à prendre pour l’écriture des textes, révèle le réalisateur. Nous avons tous deux vécu le génocide dans notre pays. Nous savions quel message de paix nous désirions faire passer au public.» Ainsi sans comprendre ses mots, on apprendra qu’elle nous chantonne que le temps passe, que les morts sont partout, et qu’un jour tous finiront par s’entendre.

La jungle est un personnage

Pour faire vivre la jungle dans laquelle le soldat congolais Faustin et le sergent rwandais Xavier tentent de survivre, Joël Karekezi a misé sur une bande sonore éclectique. Celle-ci alterne de gros arrangements orchestraux à la dimension épique, avec des passages plus intimistes délivrés par des instruments africains et portés par la voix de la soprano rwandaise. De ces deux extrêmes ressort un véritable personnage: cette forêt immense aux contours flous, dont le bruissement des feuilles ne se distingue bientôt plus de la mélodie. Celle-ci n’accompagne pas simplement les images, elle fait vivre tout un espace. Et se mêle subrepticement à l’univers sonore de la nature. Dans cette jungle éternelle, à la fois lyrique et angoissante, nos deux âmes perdues s’acharnent en pleine Deuxième guerre du Congo. Là-bas, ils se laisseront aller à la détresse, aux illusions, pour ne plus reconnaître aucune réalité. Jusqu’au jour où…

«Musicalement, nous devons prendre la voie de la création, estime le compositeur Wasis Diop. Je crois qu’il faut oublier les notes, les harmonies. Sans culpabiliser. Il faut rentrer dans ce qu’est l’Afrique aujourd’hui, j’en suis convaincu. Car l’Afrique, dans le bon sens, est folle. Il faudrait inventer quelque chose, des sonorités. Et je pense que c’est possible.»

Créé: 20.08.2019, 21h02

Hommage

En collaboration avec la Cinémathèque suisse, le Festival cinémas d’Afrique rend cette année hommage au réalisateur Med Hondo, mort cette année. Pour l’occasion, une copie restaurée de «Soleil Ô» (1969) sera projetée dans le cadre d’une rétrospective (je 22, 18 h).

À travers plusieurs de ses films, le cinéaste mauritanien a souvent dénoncé les conditions déplorables des ouvriers immigrés africains. Les projections seront précédées d’une présentation par Osange Silou-Kieffer, spécialiste des cinémas du Sud.

Infos pratiques

Cinémathèque
Lausanne
Du je 22 au di 25 août

www.cine-afrique.ch

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