Le favori « Parasite » de Bong Joon Ho décroche la Palme d’or

CinémaLe palmarès de Cannes est à la fois convenu, peu surprenant et prudent.

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Il y a deux ans, « Okja » de Bong Joon Ho était au cœur du maëlstrom de la polémique Netflix, définitivement balayée cette année à Cannes. Samedi soir, le même cinéaste coréen remportait la Palme d’or pour « Parasite », qui s’est rapidement imposé cette année à Cannes comme l’un des rares, voire seuls films du concours, à faire une unanimité absolue et presque suspecte. Le jury, à travers le discours de son président, Alejandro Gonzalez Inarritu, a d’ailleurs tenu à souligner que l’attribution de cette Palme 2019 s’était aussi faite à l’unanimité. Les commentaires sur la virtuosité de sa mise en scène, dont il aurait pu remporter le prix, se doublent d’une aptitude à revisiter ce genre maudit que reste le film politique. Bong inverse dans ce film les rôles d’employés et de patrons, dans un récit plus burlesque qu’hystérique, le tout sous des allures de thriller qui forment peut-être les meilleurs moments du film. L’inventivité, comme la causticité, s’avère donc payante, et les louanges de la presse internationale sont pour une fois à l’unisson d’un jury très sérieux, comportant une majorité de cinéastes dans ses rangs.

Reste que ce palmarès cannois génère une curieuse sensation. A la fois convenu, peu surprenant et prudent. Mais commençons par la fin. La mention obtenue par le Palestinien Elia Suleiman pour « It Must Be Heaven » est presque insultante. Un peu comme s’il s’agissait de primer un auteur cocasse et personnel qu’on ne sait pas trop où caser. Le prix du scénario obtenu par Céline Sciamma pour sa passion amoureuse au féminin, « Portrait de la jeune fille en feu », semble lui aussi en porte à faux par rapport à la cote (surfaite) dont jouit ce film depuis sa présentation. Sciamma elle-même semblait vexée : « Ce prix me ramène à ma solitude initiale. Permettez-moi de me détacher de cette récompense », a-t-elle déclaré en le recevant. Etonnant, le prix d’interprétation féminine obtenu par Emily Beecham pour le peu intéressant « Little Joe » de Jessica Hausner semble illustrer la volonté de faire figurer tous les films de femme au palmarès. Enfin presque ! Le « Sybil » de Justine Triet n’a rien eu. Mais « Atlantique » de Mati Diop a valu à cette dernière vaut un Grand Prix qui semble même avoir étonné la jeune réalisatrice.

Les frères Dardenne ont reçu le prix de la mise en scène pour « Le jeune Ahmed », pendant que le prix du Jury se répartissait ex-aequo entre « Les Misérables » de Ladj Ly et « Bacurau » de Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles. Plus logique, le prix d’interprétation masculine récompense Antonio Banderas en double d’Almodovar dans « Douleur et gloire ». Une belle distinction qui barrait en même temps la route au cinéaste espagnol pour l’accès à la Palme d’or. Il n’est pas le seul. Terrence Malick, Quentin Tarantino, Abdellatif Kechiche, Arnaud Desplechin, Marco Bellocchio, Ken Loach et Xavier Dolan (mais celui-ci y présentait un film mineur) font tous partie des absents du round final. Un autre jury aurait sans doute concocté un palmarès plus tranchant, plus polémique, plus dérangeant. Samedi soir, la liste des prix était relativement prévisible, presque conforme aux hypothèses qu’on aurait pu formuler les jours précédents. La Croisette peut dormir tranquille : ce palmarès-là ne fera pas de mal à une mouche.

(24 heures)

Créé: 25.05.2019, 21h03

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