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Fernand Melgar sauvera les abeilles

Le documentariste vaudois a lâché sa caméra pour se consacrer à l’apiculture au pied du Jura.

Fernand Melgar a lâché sa caméra.
Fernand Melgar a lâché sa caméra.
Keystone

Au bout du fil, le cinéaste vaudois Fernand Melgar peine à trouver du réseau au pied du Jura, dans sa résidence secondaire où il passe la moitié de son temps. Au calme, il n’oublie pas la polémique au cœur de laquelle il s’est retrouvé au printemps 2018, lorsqu’il s’est attaqué au deal de rue à Lausanne, diffusant sur les réseaux sociaux des images de dealers présumés dans son quartier au Maupas. S’attirant, entre autres, les foudres de toute la branche du cinéma suisse. Mais le réalisateur de «Vol spécial» (2011), «L’Abri» (2014) et «À l’école des philosophes» (2018), aussi multiprimé, a aujourd’hui d’autres projets en tête, très loin des écrans.

Vous vous rêvez maintenant apiculteur. Un projet sur le long terme ou une crise de mi-parcours?

Non, pas de crise de la cinquantaine! C’est quelque chose qui m’attire depuis longtemps. Là, comme j’ai un chalet au pied du Jura, je me suis acheté une ruche et je réalise en parallèle une double formation d’apiculteur et d’ornithologue. Les abeilles sont importantes et menacées. Dans le cadre de mes films, j’ai toujours eu à cœur de faire des projections scolaires pour débattre avec les jeunes. Aujourd’hui ceux-ci ont les yeux rivés sur leurs écrans, et j’aimerais me concentrer sur la nature, pour ensuite apprendre aux jeunes à revenir dans le monde réel.

Pourquoi ce besoin d’annoncer publiquement la fin de votre carrière et de «tirer votre révérence»?

Au départ, je ne l’ai pas fait publiquement. J’ai envoyé un mail à tous mes anciens collaborateurs, qui s’est ensuite retrouvé dans les mains de journalistes. À la base l’idée était de ne pas répéter mille fois cette décision. Je crois aussi que c’est important de fermer définitivement cette parenthèse. Je ne me suis jamais considéré comme un auteur et je n’ai jamais eu une vision égocentrique de mon travail. D’où mon intérêt pour l’autre, que j’ai porté grâce au documentaire et mon désir de mettre en lumière les gens en marge de la société. Je ne prends pas ma retraite, je ne change pas mon fusil d’épaule, parce que le fond reste le même: m’occuper de ceux qui souffrent.

La polémique de 2018 a-t-elle eu un impact sur votre décision de quitter le cinéma?

L’adversité est quelque chose qui ne m’a jamais arrêté. Je suis un peu comme le roseau toujours agité, mais jamais abattu. Et je n’ai jamais fait partie de la famille du cinéma, étant un franc-tireur sans formation. Des gens de la profession me sont tombés dessus avec une lettre ouverte. Je leur ai dit à tous: «Venez dans mon quartier, je vais vous montrer ce qui se passe concrètement.» Mais personne n’est jamais venu. Cette polémique ne m’a pas touché, mais plutôt fait rire. Avant, j’avais l’UDC sur le dos, car j’abordais dans mes films des thématiques comme la migration ou l’asile. Depuis les vidéos, du jour au lendemain, je suis devenu un paria pour toute la gauche et le milieu culturel.

Pour vous, les images ne sont plus une priorité avec les crises que nous traversons. Relativisez-vous le pouvoir du cinéma?

Non. Plutôt les images de manière générale, qui ont perdu du sens ou sont faites pour être oubliées. Les images nous écartent du monde. D’où mon souhait de m’engager dans le monde réel.

Est-ce que prendre part au débat public ne va pas vous manquer?

Vous me connaissez mal (Silence). Comme je n’aime pas raconter n’importe quoi, car je suis quand même documentariste, j’attendrai avant de reprendre la parole. Pendant trois ans, on entendra moins parler de moi car j’étudierai pour obtenir un brevet fédéral d’apiculteur, tout en suivant une formation d’ornithologue avec François Turrian, le meilleur. Quand je saurai de quoi je parle, vous m’entendrez à nouveau!

Que reste-t-il des contacts que vous avez noués avec tous les personnages de vos films?

Pas plus tard qu’hier, j’étais en contact avec Louis, un des protagonistes de «À l’école des philosophes». Je n’ai presque plus de famille en Suisse, mes parents sont rentrés en Espagne. Mais tous les gens avec qui j’ai travaillé font aussi partie de ma famille.

De quoi êtes-vous le plus fier professionnellement?

Sans fausse modestie, je suis le seul cinéaste en Suisse à avoir mis tous mes films gratuitement en ligne. Et j’ai récemment cédé mes droits à la SSR, qui créera une plateforme publique et gratuite. Mes films pourront être visionnés, téléchargés et distribués gratuitement. Je pense que lorsqu’on fait un travail d’utilité publique, payé par nos impôts, il doit être rendu. C’est un discours qui n’est pas du tout admis dans le milieu du cinéma et ça me désole. De manière générale, la chose dont je suis fier aujourd’hui, c’est que mes films aient pu rencontrer leur public.

Avez-vous des regrets?

Oui, j’aurais voulu réaliser plus! Aussi, quand j’ai commencé à faire des films, je pensais que j’allais sauver le monde. Mais je me suis vite rendu compte que les vols spéciaux existaient toujours et que les sans-abri continuaient à dormir dehors. Je n’ai donc pas changé le monde. Mais je crois avoir contribué à éveiller le regard des gens. Aujourd’hui j’entame une nouvelle période de ma vie qui, je l’espère, me comblera tout autant que l’ancienne.

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