Les filles braquent les écrans

«Ocean’s 11» se féminise en «Ocean’s 8». Hold-up de l’air du temps mais ruse ancienne.


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Même si Sandra Bullock, Cate Blanchett et cie s’y emploient avec maestria dans «Ocean’s 8», la profession de braqueuse superstar à l’écran n’est pas plus inédite que les mains baladeuses de producteurs porcins. Initié avant la déflagration de l’affaire Harvey Weinstein, le projet «Ocean’s 8» s’inscrit néanmoins dans l’air du temps, rejoignant d’autres versions «féminisées» de superproductions hollywoodiennes.

Ainsi, de «S. O. S. Fantômes» à «Ce que veulent les femmes» annoncé l’an prochain, cette inversion des genres indiquerait un changement de mentalité vers plus de progrès quant à la condition des héroïnes. En fait, la pratique existe depuis toujours à Hollywood - voir au hasard, le réalisateur Howard Hawks réécrire le lead de «The Front Page» (1931) pour Rosalind Russell dans «His Girl Friday» («La dame du vendredi», 1940). Au-delà, «Ocean’s 8» démultiplie les braqueuses avec la fantaisie de la franchise lancée par le producteur réalisateur Steven Soderbergh au tournant du siècle avec la trilogie «Ocean’s 11, 12, 13».

Pour l’anecdote, l’Américain inventif dépoussiérait déjà une formule, celle éprouvée avec plus ou moins de succès par le gang de Frank Sinatra dans «L’inconnu de Las Vegas» dans les années 60. Cette autorité hollywoodienne délègue la transposition à Gary Ross, un vieil ami avec qui il bossa sur «Pleasantville» ou «Che». «Soderbergh, plaide-t-il, garde la main sur «Ocean’s 8» en producteur. La plupart des gens l’ignore mais entre nous, c’est une conversation qui dure depuis 20 ans, je l’ai aidé sur les «Ocean’s» précédents, il m’a aidé sur «Hunger Games».»

Mais de revendiquer sa patte sur la franchise, même si le réalisateur ne réussit pas le tour de magie abracadabrante qui donne à la trilogie son tournis comique superstar si singulier. L’action se déplace des casinos de Vegas au Metropolitan Museum de New York, le ton en prend une urbanité plus mécanique que la folie délirante des Caesar’s Palace aux néons clinquants scintillant dans le désert.

Un commando de drôles de dames parade pourtant dans cette offensive de charme. Sandra Bullock, toujours impeccable, mène la troupe en rusée Debbie Ocean. La frangine tout juste sortie de prison, s’affiche en escroc sexy, contacte sa complice préférée. La classieuse Cate Blanchett y répond jusqu’au bout de ses gambettes rock’n’roll. Avec une styliste déjantée (Helena Bonham Carter), une starlette innocente (Anne Hathaway), une pirate informatique (Rihanna), une bourgeoise dévoyée (Sarah Paulson), une bijoutière (Mindy Kaling) et une skateboardeuse (Awkwafina), l’octet «Ocean’s 8» pose son pesant de carats glamour. Et pourtant, la comédie ne braque pas autant qu’elle le promettait. (24 heures)

Créé: 13.06.2018, 10h52

La franchise «Ocean’s»

«Ocean’s Eleven», 2001

Fort de triomphes oscarisés des plus rentables («Erin Brockovich», «Traffic»), le cinéaste auteuriste Steven Soderbergh (photo) n’en fait qu’à sa tête. Ses potes Clooney, Pitt, Damon etc. injectent au remake de «L’inconnu de Vegas» une hilarante autodérision. Gros casse au box-office.

«Ocean’s Twelve», 2004

Si les superstars, Julia Roberts et Catherine Zeta-Jones se crêpent le chignon en coulisses, le gang de mâles alpha superstars surenchérit dans la moquerie égotique, notamment à Côme, près de la villa de George. Bons clients, Bruce Willis savoure, Vincent Cassel applaudit.

«Ocean’s Thirteen», 2007

Les vannes énormes déferlent, réalité et fiction fusionnent en roue libre. La recrue Al Pacino percute à coups de grosses allusions, de l’oscar manqué en «Parrain». A la mort de l’acteur Bernie Mac, Soderbergh décrète la fin de la saga.

«Ocean’s 8», 2018

Désormais accaparé par ses velléités expérimentales, le réalisateur a délégué Gary Ross à la mise en scène. Seul rescapé, l’émouvant Elliott Gould s’invite à la fête. Debbie (Sandra Bullock» sirote un Martini sur la stèle de son frère Danny Ocean. Paix à ses cendres.

«Ocean’s 8»
Saga (USA, 110’, 8/10). Cote: **

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