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Un film fait battre le cœur de l’art alternatif

Avec «Alterna Suisse», Kevin Rumley et Karen Cooper dressent le portrait de dix espaces où la culture signe sa liberté.

L'espace Saint-Martin (Lausanne) a dû laisser place, en 2017, à des logements sociaux. Relocalisé au Flon en 2018, il est actuellement aussi voué à la destruction.
L'espace Saint-Martin (Lausanne) a dû laisser place, en 2017, à des logements sociaux. Relocalisé au Flon en 2018, il est actuellement aussi voué à la destruction.
Lampad-r
La créatrice sonore Verveine est en pleine séance photo pour son nouvel album, à Décal'quai (Montreux). Les artistes collaborent souvent sur des projets interdisciplinaires.
La créatrice sonore Verveine est en pleine séance photo pour son nouvel album, à Décal'quai (Montreux). Les artistes collaborent souvent sur des projets interdisciplinaires.
Lampad-r
Huit associations d'artistes, soit 220 personnes, développent des projets artistiques variés à l'Usine Kugler (Genève). L'organisation est née en 2009.
Huit associations d'artistes, soit 220 personnes, développent des projets artistiques variés à l'Usine Kugler (Genève). L'organisation est née en 2009.
Maurane Di Matteo.
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En Suisse romande, les espaces culturels autogérés restent fragiles, malgré les soutiens politiques, à l’image de Saint-Martin, à Lausanne, qui, après une première destruction en 2017 pour y créer des appartements sociaux, se voit relocalisé en 2018 au Flon. Mais jusqu’à quand? Une question que se posent au quotidien de nombreux artistes, logés à la même enseigne. À travers «Alterna Suisse», dès le 12 février en salle, les cinéastes Kevin Rumley et Karen Cooper, issus du collectif neuchâtelois Lampad-r, plongent dans dix endroits où création rime avec liberté et rencontres. Et croisent des interviews et des immersions visuelles et sonores, emportant vers des imaginaires en marge des institutions. Le documentaire relate aussi, bien au-delà des clichés, la façon dont ces îlots ont permis à nombre de talents émergents d’évoluer. Rencontre avec le coréalisateur neuchâtelois Kevin Rumley, qui s’est lancé dans l’aventure sans aucune aide financière.

Quel regard portez-vous sur l’avenir de ces espaces culturels?

Il y a deux façons de voir les choses, une pessimiste, l’autre optimiste. Aujourd’hui, je préfère nettement cultiver la deuxième. Prenons l’exemple du collectif L.A.C., à La Chaux-de-Fonds. Il n’était censé durer que deux ans. Puis il a été soutenu par les politiques et il tient depuis six ans, grâce à ceux qui l’habitent et qui ont mis en avant sa dimension fédératrice. Dans le cas de l’équipe qui gère Saint-Martin, à Lausanne, elle défend aussi une belle philosophie, à la fois sociale et culturelle, soutenue par les autorités. Si on lui enlève un lieu, elle en trouvera certainement un autre, contrairement au Pantographe, qui a dû quitter Moutier en 2016 et se bat toujours pour occuper un local. Bref, il y a un avenir, il faut juste que ces groupes soient pris au sérieux, et que le public dépasse l’image négative qui leur colle à la peau.

Pourtant de nombreux talents ont débuté dans ces endroits.

Certainement! Manu Chao, Omar Porras, Dieter Meier ou The Young Gods ont tous évolué dans les squats genevois dans un premier temps. On les voit dans le film grâce aux archives de la RTS. Il est indéniable que ces espaces leur ont permis de s’ancrer dans un tissu artistique, sans moyens certes, mais avec une liberté immense. Ils sont à la fois une occasion de création et de représentation. Sans qu’aucun bénéfice ne fasse partie de l’équation. C’est énorme.

Quel est votre point de vue sur l’intervention de l’État dans ces structures?

On ne peut plus squatter comme à l’époque. Aujourd’hui, il faut des autorisations. Ce qui est dommage, car on perd cette liberté absolue au profit des normes de sécurité. Les subventions sont aussi un sujet sensible. Est-ce qu’un lieu autogéré doit en bénéficier? L’Usine, à Genève, en reçoit par exemple. Est-ce que ça la rend moins alternative? Selon moi, non. Je trouve qu’il faut davantage se pencher sur leur mode de fonctionnement. Dans ce cas, l’idée est de rendre la culture à un public de tous les horizons, tout en donnant la possibilité aux artistes de travailler dans un atelier bon marché.

Ces espaces devraient-ils être plus reconnus par le public?

C’est tout le paradoxe. Le manque de reconnaissance leur permet justement de vivre à leur manière, sans chercher la popularité. Par exemple, il faut littéralement pénétrer dans La Locomotive, plateforme de création à La Chaux-de-Fonds, pour comprendre à quel point la richesse intérieure est passionnante. Finalement, la reconnaissance se trouve à tous les niveaux, même si elle est peu médiatisée.

Justement, votre film propose une plongée dans les pratiques artistiques en temps réel.

C’est le cœur du sujet, en fait. Une fois encore, on peut dénicher dans les espaces autogérés aux moyens modestes des propositions aussi bouleversantes que dans l’institutionnel. D’ailleurs, un quart de la musique du film a été créé directement par les artistes. Verveine, du collectif Décal’quai, à Montreux, a nourri certaines séquences. David HB(Y), du collectif Lampad-r, basé à Neuchâtel, a invité une quarantaine de musiciens issus des milieux alternatifs à collaborer sur un album dont certains titres ont été repris. On voulait aussi que cette matière puisse extraire le spectateur de la réalité.

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Lausanne, Zinéma

Dès le me 12 fév.

www.lampad-r.ch

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