Un film sur Utøya divise les rescapés de la tuerie

Massacre d'Utøya Présenté lundi à la Berlinale, «U-22 juillet» est le premier film à se pencher sur le massacre commis par Anders Breivik en 2011.

L'actrice Andrea Berntzen accompagnée du réalisateur d'«U-22 juillet» Erik Poppe à Berlin. (Lundi 19 février 2018)

L'actrice Andrea Berntzen accompagnée du réalisateur d'«U-22 juillet» Erik Poppe à Berlin. (Lundi 19 février 2018)

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Exploitation commerciale d'une tragédie toujours à fleur de peau ou rappel bienvenu que le démon est encore vivace? La première adaptation à l'écran du drame d'Utøya divise les rescapés de cette tuerie, qui avait fauché des dizaines d'adolescents en Norvège en 2011.

«Transformer cette tragédie en argent»

Présenté pour la première fois lundi à la Berlinale, «U-22 juillet» retrace à travers Kaja, personnage fictif de 19 ans, les 72 interminables minutes au cours desquelles l'extrémiste de droite Anders Behring Breivik avait traqué et abattu des jeunes paniqués, piégés sur un îlot proche d'Oslo, le 22 juillet 2011.

Le carnage dirigé contre un camp d'été de la Jeunesse travailliste avait fait 69 morts, adolescents pour la plupart.

Le réalisateur «Erik Poppe fait du pire cauchemar de ma vie un divertissement», s'est emporté Kent Rune Pedersen, un des rescapés du massacre, qui se dit toujours hanté par «des flashbacks, des rêves, des bruits, des cris et des images».

«Je comprends que d'autres soient prêts (...) à mettre ce jour derrière eux. J'ai un grand respect pour cela», écrivait-il dans une chronique en juin 2017. «Ce que je ne respecte pas, c'est ceux qui flairent un moyen de transformer cette tragédie en argent».

Contacté lundi par l'AFP, il n'en démord pas: «hors de question d'aller au cinéma voir un tel film».

«C'est un film qui met très mal à l'aise»

Parmi les quelque 300 survivants et proches des victimes qui ont accepté de visionner «U-22 juillet» --en présence de personnels de santé-- avant qu'il n'entre en compétition au festival de Berlin, tous ne partagent pas son avis.

«C'est un film qui met très mal à l'aise, mais il le faut pour que les gens comprennent ce qui s'est passé ce jour-là», estime Tore Remi Christensen, qui avait échappé au tueur en se cachant dans des toilettes. «Ce n'est en tout cas pas du divertissement».

«Il est important que cette histoire sorte maintenant et pas dans 50 ans, pour qu'elle colle autant que possible à la réalité. D'autant plus que les mêmes forces diaboliques sont en train de s'enraciner partout dans le monde. Il est donc urgent d'exposer les conséquences auxquelles on s'expose», dit-il à l'AFP.

Breivik, qui se fait aujourd'hui appeler Fjotolf Hansen, reprochait à ses victimes de faire le lit d'une société multiculturelle. L'extrémiste de 39 ans, qui avait tué huit autres personnes le même jour dans un attentat à la bombe à Oslo, purge une peine de 21 ans de prison susceptible d'être prolongée indéfiniment.

Jamais le bon moment

Pour porter son projet à l'écran, Erik Poppe a pris soin de consulter des survivants et de bâtir des ponts avec le groupe de soutien aux victimes.

«J'ai voulu montrer (l'histoire, ndlr) exclusivement du côté des jeunes», a-t-il souligné lundi dans la capitale allemande.

Sceptique au départ sur l'idée d'adapter un tel drame à l'écran, la présidente du groupe de soutien aux victimes s'est dite conquise par le résultat.

Les attentats de 2011, «c'était une tentative de s'en prendre à notre démocratie», explique Lisbeth Kristine Røyneland, qui a perdu une fille de 18 ans sur Utøya. «Je tiens à ce qu'on n'oublie pas. L'extrémisme de droite monte en Europe, en Norvège, partout... Pour la société, c'est donc un film très important».

Après «U-22 juillet», qui sortira le 9 mars en Norvège, trois autres films ou séries sur le drame sont attendus cette année et l'an prochain, dont «Norway» du Britannique Paul Greengrass diffusé sur Netflix.

«Quelle que soit la date de sortie de ces films, maintenant ou dans dix ans, il y aura toujours quelqu'un pour penser que c'est trop tôt», souligne Mme Røyneland.

«On s'est donc dit que la meilleure façon d'agir, c'était de coopérer et d'ériger un cadre pour que les personnes touchées par le drame puissent se sentir à l'aise en voyant ces films». (afp/nxp)

Créé: 19.02.2018, 16h01

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