Filmer se conjugue aussi au féminin

CinémaSénégalaises, Burkinabés, Algériennes, les réalisatrices se bousculent au 10e Festival Cinémas d’Afrique à Lausanne.

Regards d’Occidentales ou de réalisatrices africaines, les points de vue féminins comme celui de Khady Sylla et Mariama Sylla Faye dans «Une Simple parole» se multiplient jusqu'au dimanche 23 août pour la 10e édition du Festival cinémas d'Afrique à Lausanne.

Regards d’Occidentales ou de réalisatrices africaines, les points de vue féminins comme celui de Khady Sylla et Mariama Sylla Faye dans «Une Simple parole» se multiplient jusqu'au dimanche 23 août pour la 10e édition du Festival cinémas d'Afrique à Lausanne. Image: UNE SIMPLE PAROLE

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L’éclat de rire est sonore! Il enveloppe autant qu’il excuse une réalité tout africaine, un vécu, un quotidien pour Fanta Régina Nacro, réalisatrice burkinabé de Mama Africa (2002). «La question, c’est comment faire un film tout court quand on est en Afrique et non pas de savoir si c’est un homme ou une femme qui tient la caméra!» Le sujet déclenche le même détachement hilare chez la Sénégalaise Mariama Sylla Faye: «La priorité, assure-t-elle au téléphone, c’est de trouver les moyens pour faire du cinéma, le débat sur la place de la femme vient après.»

Pourtant… impossible de ne pas remarquer leur présence en force, dès jeudi soir, sur le grand écran du Festival Cinémas d’Afrique de Lausanne. Elles rencontrent, racontent et portent la voix des héroïnes oubliées de la révolution algérienne (10 949 femmes, de Nassima Guessoum) ou des sans-grade (Barakeden, les petites bonnes de Bamako, d’Adeline Gonin). Elles vivent, ressentent et scénarisent les réalités féminines sur leur continent (Sœur Oyo, de Monique Phoba, L’Alliance, de Rahmatou Keïta). Mais pas que. Affranchies de leur condition de femmes cinéastes, comme Bahia Allouache, elles savent aussi s’aventurer hors des prés carrés sexistes. Derrière sa caméra pour témoigner, l’Algérienne joue sur les registres dans Cinéma Chkoupi en partant d’un fait réel – les ennuis de santé du président de la République – et, surtout, elle ne s’embarrasse pas de savoir si elle le fait avec une sensibilité féminine: «Ce n’est pas, ce n’est plus une question. Ce qui m’importe, c’est d’avoir un vrai regard, un regard humain.»

Femme dans un cénacle d’hommes, femme noire dans un monde d’hommes blancs, le régime tient un peu de la double peine pour Djia Mambu, critique d’Africiné. Elle lui reconnaît pourtant d’avoir fait émerger des battantes. «Mais attention, avertit-elle, il y a des réalités trompeuses. Si ces dernières se révèlent effectivement de plus en plus nombreuses, les réalisatrices doivent leur visibilité croissante à la discrimination positive des festivals.» La vitrine lausannoise 2015 y est particulièrement attentive: sur la quarantaine de films de son affiche, une douzaine regardent l’Afrique à travers les yeux d’Occidentales ou porte la griffe militante de ces trentenaires et quadras qui n’ont pas toutes grandi… en allant au cinéma, faute de salles!

Le parti de la proximité

Auteure de Une simple parole, un docu sur la transmission de la parole entre les générations, Mariama Sylla Faye est l’exception qui confirme la règle. Elle a grandi avec le septième art: «Ma mère travaillait pour la Cinémathèque, ce qui fait que les gens du métier étaient nombreux à fréquenter notre domicile, dont Paulin S. Vieyra (ndlr: précurseur du cinéma africain, à qui le festival rend hommage cette année). Il avait projeté l’un de ses films sur un drap blanc dans notre cour, j’avais 6?ans. La magie de ce moment m’accompagne toujours.»

Cadette de la famille, Mariama a suivi son aînée, Khady Sylla, comme son ombre. Ensemble et jusqu’au film présenté à Lausanne, elles ont pris le parti de la proximité, de l’introspection militante, de la nécessité de créer des images miroir de la société africaine, de tracer leur voie sur ces chemins de traverse désertés par les réalisateurs. «C’est vrai que le cinéma traditionnel s’y aventure moins, observe-t-elle. Mais pourquoi aller chercher des histoires à 1000 km alors que ce qui nous est proche est fondamentalement plus puissant?»

Ce constat posé, la quadragénaire se bat avec une devise – «Créer ou s’anéantir» – à la tête du Collectif des réalisateurs sénégalais, mais désormais sans sa sœur, décédée en 2013: «Je ne sais combien de fois on m’a demandé comment faire pour voir mes films. La réponse se met en place avec la réouverture espérée des salles de cinéma et le vote d’une loi régulant l’audiovisuel, avec pour obligation de réserver 40% du temps d’antenne aux fictions et documentaires africains. On a dû repartir de rien, on revient de loin aussi!» (24 heures)

Créé: 20.08.2015, 09h24

Flash back sur une décennie d’histoires

Du cinéma africain et… à Lausanne, l’idée a été lancée il y a dix ans pour faire vivre et découvrir la richesse dans la diversité d’un cinéma peu présent sur les écrans. La reconnaissance a pris son temps, mais le Festival suscite désormais des attentes auprès du public et des réalisateurs. «Au début, on devait trouver de nous-mêmes les sorties de films. Aujourd’hui, se félicite le codirecteur Boubacar Samb, les envois affluent.» Pour célébrer ce cap, le festival s’est choisi un thème, «Histoires», et rembobine la sienne en programmant, en plus d’une quarantaine de titres, les neufs longs-métrages qui ont marqué sa première décennie, l’occasion de revoir Viva Riva! (2011), L’absence (2008), La nuit de la vérité (2004), White Wedding (2009) ou de combler ces lacunes. Chaque jour, la possibilité de vivre ce cinéma se multiplie par une dizaine d’opportunités, dont le rendez-vous du soir (21 h), au Théâtre de Verdure.

Lausanne, esplanade de Montbenon
Projections, expositions, débats
Jusqu’au di 23 août
www.cinemasdafrique.ch

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