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«Le fou rire à un enterrement, c’est mon truc»

Rattrapé par «les énormes petites choses de la vie», l’acteur-réalisateur Jean-Paul Rouve renonce à assister au 21e Ciné-Festival. Reste son film en ouverture, «Lola et ses frères». Explications

Invité d’honneur au 21e Ciné-Festival, Jean-Paul Rouve n’y défendra pas «Lola et ses frères» présenté en ouverture mercredi. «J’en suis désolé, je récupère mon fils, je ne devais pas l’avoir. C’est la vie, les énormes petites choses de la vie.» Le dialogue semble sortir de son dernier film. L’acteur-metteur en scène y interprète Benoît, tout juste marié pour la troisième fois et futur père indécis.

Face à lui, José Garcia incarne son frère, un père divorcé au chômage, architecte qui voit sa vie se lézarder. Entre les deux Ludivine Sagnier, leur sœur Lola, en mal de maternité. Le romancier-cinéaste David Foenkinos cosigne ce scénario griffé des banales déchirures du quotidien. Une réussite à l’ancienne.

Sans vous vexer, cherchez-vous à pratiquer «le cinéma de papa»?

La mode m’ennuie. Et «Le cinéma de papa», c’est un film de Claude Berri, première période, que j’adore. Comme lui ou Claude Sautet, Jean-Charles Tacchella, Yves Robert dans «Un éléphant ça trompe énormément» ou «Nous irons tous au paradis», j’aime travailler sur l’émotion qui passe à travers le temps. Même si je veux ancrer mes histoires. Sans vouloir cartographier la France, ça me plaît de penser que, dans 20 ans, on pourra voir mes films comme les instantanés d’une société.

D’où votre goût des gens ordinaires?

Trop souvent de nos jours, les cinéastes filment des milieux extrêmes, la banlieue ou la bourgeoisie, Paris de préférence. Or, 80% de la France est autre, formée par cette classe moyenne qui moi, m’intéresse. J’y retrouve des traits universels qui loin d’être liés à une époque, relèvent de la nature humaine telle que l’observaient Balzac, Mauriac ou Simenon. Ainsi de la pression sociale, si forte quel que soit le milieu. Ou du sentiment de faiblesse venu d’un changement d’image.

Ce discours resterait pure théorie sans les clins d’œil du quotidien.

Sans doute… et encore! Prenez le chômage qui frappe n’importe qui de nos jours. Un cadre moyen peut du jour au lendemain se retrouver SDF, c’est vrai. Ce siècle de la communication est aussi celui où l’homme vit le plus de non-dits, de paraître et d’imposture. Et ces données possèdent une espèce d’immanence à travers les générations.

Vous préférez en sourire au présent.

C’est vrai. Avec David (Foenkinos), je me suis souvent amusé de voir sur les réseaux sociaux ces millions de selfies catégorie «pieds sur fond de mer ou piscine», avec cette mention: «C’est pas le bonheur?» Eh non! Mais c’est tellement pas le bonheur que ça en devient comique.

Lola, avocate, arbitre le clan. Benoît est oculiste, aveugle du sentiment. Pierre voit son HLM se fissurer. De qui vient ce goût des métaphores?

De David et moi! Sur le coup, nous fonctionnons à la Claude Sautet. Nous avons choisi les professions avant la psychologie des personnages. Nous ne voulions pas de métiers «hors sol», genre galeriste, etc., mais des gens qui collent à la vie. Le job, ça nous définit tant. Même a contrario.

Acteur ou réalisateur, vous passez du gaudriolesque président Tuche à l’auteur Rouve. Difficile à imposer?

Pas pour moi. Le reste, c’est une vision extérieure que je projette. Jusqu’ici, comme Michel Blanc qui a pu passer du Splendid et des «Bronzés» à ses propres mises en scène, les gens m’ont laissé faire. De toute façon, j’écris pareil, que ce soit avec la bande des Tuche ou avec Foenkinos. La seule différence, c’est que le spot n’éclaire pas au même endroit. À mon avis d’ailleurs, si l’un et l’autre style plaisent, c’est que les spectateurs y retrouvent autant de bonheur, qui est né d’une même volonté, l’humanité partagée. Ce qui m’importe, c’est que mes personnages gardent crédibilité et justesse, quels que soient leurs bêtises, faillites, mensonges. Dans leur identité paradoxale.

Vouliez-vous ouvrir pareil chemin à vos acteurs, les trublions de Canal+, José Garcia et Ramzy Bedia?

Même s’ils ont déjà prouvé ces intuitions dramatiques, quand je vois jouer José (Garcia) ou Ramzy (Bedia), je ressens bien ce qu’il y a derrière. Nous sommes collègues de travail, quand même! Je peux déceler des trucs qu’aucun metteur en scène ne pourrait deviner. Du coup, quand je leur envoie le scénario, je sais qu’ils ont déjà compris quel était le chemin où je voulais les embarquer.

Vous, qui vous a ouvert la voie?

Gérard Jugnot, un acteur lui aussi, qui m’ayant vu avec les Robin des Bois, m’a pris pour «Monsieur Batignole» qu’il réalisait (2001). Comme un terreau qu’un jardinier choisit où bouturer ses plantes.

Ces complicités autorisent-elles des audaces au quatrième film?

Oui, à peser le pour et le contre. Comme face à un couple d’amis, la femme s’est barrée, lui n’a pas toujours été trop réglo. Avancer dans la contradiction sans juger, voilà ce que je cherche à montrer. Je n’aime pas l’audace, erreur de débutant. Je préfère la confiance dans les silences. Et puis, chez le menuisier, la quatrième table est toujours plus réussie que la première.

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