Freddy Buache présente cinq films au Festival International de Films de Fribourg

CinémaInvité par la manifestation qui ouvre vendredi, le vénérable fondateur de la Cinémathèque y vient avec ses classiques.

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«Je suis vieux, je ne vais plus aux festivals.» A 92 ans, Freddy Buache n’a pourtant perdu ni son franc-parler ni son énergie, malgré une méchante cassure du poignet. Le «Lider Maximo» historique de la Cinémathèque suisse et mémoire du septième art n’a pourtant pas hésité une seconde pour répondre par l’affirmative à l’offre d’une carte blanche au Festival international de films de Fribourg (FIFF), lorsque son directeur, le très filial Thierry Jobin, la lui a proposée.

«Un hommage? Il n’y a pas de raison, lui ai-je répondu, mais je lui ai sorti cinq films au débotté, sans remonter jusqu’au muet tout de même.» Avec son choix, l’ogre du cinéma suisse rappelle qu’il ne faut pas avoir peur de l’histoire du cinéma. Commentaires sur chacun des films qu'il a choisis.

«M le Maudit» de Fritz Lang, 1931 «Le premier film sonore de Lang – même s’il n’a que très peu de dialogues. Un succès, aujourd’hui encore absolument important. Quand il est sorti, en pleine montée du nazisme, on a dit que le sujet en était un assassin d’enfants – il devait d’ailleurs s’appeler Les assassins sont parmi nous. Mais le film opère un retournement complet car si un assassin sème effectivement la panique dans la ville, il inquiète surtout les miséreux qui voient soudainement la police s’intéresser à eux. Le criminel ne sera d’ailleurs pas condamné par les forces de l’ordre ou par l’Etat, mais bien par ces pauvres gens. A ce moment, Fritz Lang est le plus grand cinéaste allemand, mais quand son gouvernement lui demande de devenir le patron du cinéma national, il est aussitôt parti à Paris. Je l’ai assez bien connu, il fréquentait la Cinémathèque française.»

«L’Atalante» de Jean Vigo, 1934 «Jean Vigo (1905-1934) était un cinéaste exceptionnel, mais qui n’a pas eu le temps de beaucoup travailler. Avant L’Atalante, il avait réalisé du muet et un film anarchiste sur des étudiants qui se révoltaient contre leurs professeurs, Zéro de conduite, en 1933, mais demeuré interdit en Suisse jusqu’en 1954! Malade, il a pu faire ce dernier film grâce à l’acteur Michel Simon, une grande vedette à l’époque qui était d’accord de faire le film à l’œil. Le film a eu un destin compliqué. Les producteurs n’étaient pas contents du résultat et ils l’ont trafiqué, mutilé et sorti sous un autre titre, Le chaland qui passe, du nom d’une chanson à la mode introduite dans le film. Il y a eu ensuite plusieurs versions qui visaient à remonter la version originale, mais pas toujours de manière exacte. Quoi qu’il en soit, c’est un film important dans sa façon de naviguer entre réalisme et rêverie, avec un Michel Simon en personnage extravagant, un peu folo, qui m’avait avoué s’être inspiré d’un concierge d’une clinique de Leysin.»

«Le désert rouge» de Michelangelo Antonioni, 1964 «Il fallait évidemment un film italien et donc Michelangelo Antonioni. J’aurais pu choisir L’avventura ou La notte, mais Le désert rouge possède cette dimension écologiste qui dit tout du monde à venir. Je l’ai assez bien connu. Je l’avais rencontré à Cannes, à l’époque où l’on pouvait boire des verres avec tout le monde à la fin des projections. Après, il était malade. Je l’avais reçu à Genève, lors d’un festival, et je l’avais promené en ville dans sa chaise roulante. Nous «parlions» en nous serrant la main.»

«Cris et chuchotements» d’Ingmar Bergman, 1972 «J’aime presque tous ses films, mais j’aime particulièrement celui-là, avec sa mise en scène très simple – on ne dira pas théâtrale – et peu de dialogues. Il paraît porter un sens important sur la mort pour Bergman. Le fils de pasteur dit ce qu’il pense sur l’immortalité possible ou non… Une femme se meurt et ses deux sœurs viennent la trouver, lui racontent l’une ou l’autre chose, avant de disparaître, en raison des problèmes de la vie, et la laissent seule. Finalement, c’est une bonne – dans le catholicisme on dirait que c’est une pietà – qui s’en occupe. Je me souviens de l’avoir vu en présence de Bergman à Cannes et d’avoir été frappé par le fait que les séquences étaient séparées par du rouge et non du noir. La mort? Moi, je n’y pense pas! Elle viendra quand il faudra, ou peut-être pas, tant pis.»

«Gens de Dublin» de John Huston, 1987 «Le cinéma américain était incontournable et John Huston est un homme que les gens connaissent mal finalement. Ce fils de comédien a eu une première carrière compliquée. C’était un peu un voyou qui est parti au Mexique, puis revenu, fasciné par les chevaux – il avait des moyens et donc une écurie – et la boxe, dont il a tiré un beau métrage. Un type qui a tourné des films admirables, même s’ils ne sont pas tous bons – normal pour les Etats-Unis où les cinéastes doivent constamment se battre contre le pouvoir de l’argent! A la fin de sa vie, il a lu, ou relu, James Joyce, et s’est inspiré de son recueil Les gens de Dublin (ndlr: la nouvelle «Les morts»). Au moment où il allait mourir, il travaille sur ce film avec son fils et sa fille (ndlr: Tony et Anjelica Huston). Il est absolument magnifique, presque pas parlé, avec des scènes d’une grande banalité où des Irlandais boivent le thé, et donne presque l’impression de pouvoir saisir des odeurs au passage, la tourte en train de refroidir sur la table…»

Masterclass avec Freddy Buache le ma 4 avril (18 h 30) à l’Arena 7.

Créé: 30.03.2017, 18h07

Le Festival

En plus de la Compétition internationale (longs et courts), le FIFF propose plusieurs sections. Sélection.

Le cinéma de genre: cette année, les histoires de fantôme sont à l’honneur, même pour les enfants
dès 4 ans (ce dimanche) à l’enseigne de FIFFamille.

Diaspora: la journaliste Myret Zaki présente une sélection de films de son pays d’origine, l’Egypte.

Décryptage: des films de cinéma… sur le cinéma.

Nouveau territoire: le Népal décliné.

Fribourg, divers lieux
Du ve 31 mars au sa 8 avril
www.fiff.ch

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