Passer au contenu principal

Génération «Jeune femme»

Une Lausannoise et une Française chroniquent leurs souvenirs de trentenaires dans le vent de la modernité.

Dans Jeune femme, la mèche en bataille et l’humeur crâneuse, Paula rôde dans la grande ville telle une lionne qui tournerait dans sa cage. Comme le totem de son tempérament de féline sauvageonne, la rouquine occupe tout l’écran avec un matou racé dans les bras. Le chat, elle l’a embarqué quand son riche fiancé sud-américain l’a plaquée. Plus d’homme, plus d’appart, plus d’argent. Alors que la situation semble désespérée, la réalisatrice Léonor Serraille et la comédienne Laetitia Dosch veillent au grain. Ces deux-là s’entendent comme luronnes en foire. «Notre complicité a semblé instantanément évidente», raconte la cinéaste auréolée au Festival de Cannes par la prestigieuse Caméra d’or qui récompense un premier film.

«Franchement, toutes ces petites actrices françaises connues, je ne pouvais pas. De vraies tue-l’amour!»

Il y a quelques jours, sa comédienne, rencontrée à Lyon, expliquait que le rôle de Paula a été conçu pour un homme, qu’il n’emprunte en aucun cas au fonds de commerce de sa propre trajectoire excentrique. Jeune femme oppose à ces dénégations un pesant d’authenticité viscérale. «En fait, nuance Léonor Serraille, Laetitia parle de personnage masculin parce qu’à l’écriture je peinais à sortir une actrice. Seuls me venaient des noms d’acteurs, et encore, des types morts comme Patrick Dewaere ou John Cassavetes. Ou alors des acteurs de films anciens, du genre David Thewlis dans Naked, de Mike Leigh.» Et de pouffer: «Franchement, toutes ces petites actrices françaises connues, je ne pouvais pas. De vraies tue-l’amour!» Par contre, Laetitia Dosch, 37 ans, l’a séduite en bloc. La Franco-Suisse, issue de La Manufacture (Haute École de théâtre) de Lausanne, émule des audaces de Zouc, a cristallisé ses aspirations en jachère. «Tout collait entre nous. Je ne peux plus imaginer Jeune femme avec une autre tête!»

----------

A lire: Laetitia Dosch va mettre le feu

----------

En soi, les pérégrinations d’une demoiselle un poil névrosée pourraient sembler banales. De panne sentimentale en galères professionnelles, sa précarité balafre une époque d’ultramoderne solitude. «Cette histoire, c’est un peu la mienne. Il me fallait raconter ces étapes moroses vécues à Paris, quand j’arrivais de Lyon, et me replonger dans ces années. Déjà pour les transformer en fantaisie ludique, comme un miroir inversé.»

Drôlerie décalée

Les bars à culottes de galeries commerciales où des doctorantes universitaires s’improvisent vendeuses, Léonor Serraille connaît. La fine mouche filme l’épisode avec une drôlerie décalée. «Oh, il ne faut y voir aucun message féministe. Je ne suis pas portée là-dessus.» Jeune femme capte un air du temps. S’y enchevêtrent les anecdotes burlesques et dramatiques. «Je ne sais pas s’il s’agit de psychothérapie mais j’avais besoin de préciser cette mémoire émotionnelle, d’en saisir les parfums.»

Sur ce point, avec la justesse d’un Cédric Klapisch quand il tournait Chacun cherche son chat et photographiait une génération, Jeune femme saisit les mécanismes contemporains qui peuvent broyer ou construire de jeunes adultes d’un claquement de doigts. «La dégringolade, de nos jours, ça peut arriver en un rien de temps. Je me souviens qu’un retard sur mon salaire, pourtant minimaliste, me mettait à la rue. Je me suis parfois trouvée sans un sou à cause de patrons qui, soudain, n’appréciaient plus ma tronche de baby-sitter. Par contre, j’observe aussi des solidarités inattendues dans cette couche de population. On tombe vite, on se relève vite.» La trentenaire se dit prête à rempiler avec son actrice. Désormais, les budgets de cinéaste débutante – à 800 000 euros le film et les heures sup non payées – semblent derrière elles.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.