Les héros de «L’échappée belle» prennent la tangente

CinémaCondamnés par la maladie, Donald Sutherland et Helen Mirren forment un couple en fuite dans ce film de Paolo Virzi.

Donald Sutherland et Helen Mirren, un couple en route pour Key West dans «L’échappée belle».

Donald Sutherland et Helen Mirren, un couple en route pour Key West dans «L’échappée belle». Image: DR

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Le principe des «feel good movies», c’est qu’il faut se sentir bien en les visionnant. Ils sont même expressément conçus pour cela. Dans cette optique générique, ce film de Paolo Virzi, malgré son contexte tragique et le drame qu’il véhicule, en est assurément un. Mais où se situe la frontière? The Leisure Seeker, devenu L’échappée belle en français, road movie a priori sans enjeu, démarre de manière extrêmement timide. Un couple d’un certain âge, qui pourrait être celui de la sagesse, part crapahuter dans leur camping-car sur les routes américaines. Direction la Floride et plus précisément Key West pour un voyage qui s’annonce rocambolesque et surtout risqué. Car leur périple n’est pas un véritable voyage. Il s’agit d’une fuite en avant.

Prodigieux comédiens

Car tous deux se savent condamnés. Elle a le cancer à un stade avancé. Et lui souffre de l’alzheimer. Leur état nécessite hospitalisation et ils sont même attendus dans leurs établissements, sur ordre de leurs enfants. Mais au lieu de se soumettre, d’accepter des soins et leur sort dans un mouroir, ils partent, font les idiots, nient leur état et se moquent de la vie en en profitant au maximum.

Tout cela serait sans doute puéril si les deux rôles principaux n’étaient pas tenus par ces deux prodigieux comédiens que sont Donald Sutherland et Helen Mirren. En d’autres termes, ils parviennent à ne pas cabotiner (même si Sutherland a parfois des tentations en la matière) sans pour autant plomber le métrage de Paolo Virzi. Mieux, leur couple fonctionne. Mais que veut nous signifier, au fond, cette Echappée belle qui se teinte d’amertume en s’approchant de sa conclusion, il est vrai relativement prévisible? Qu’il faut profiter de la vie avant qu’il soit trop tard? Qu’il faut écouter son cœur et ses envies plutôt que se conformer aux préceptes d’un entourage qui ne vous veut pas forcément du bien? Que la vie est trop courte?

Oui, il y a de tout ça dans un film à la morale au fond très premier degré. Paolo Virzi, qui a déjà réalisé une douzaine de films, est un cinéaste plutôt terre à terre, qui aime dépeindre des histoires simples aux résonances sociales plutôt complexes. Dans Les opportunistes, en 2014, il s’essayait à la narration d’un fait divers tragique sous la forme de trois flash-back fournissant autant de points de vue différents. Les préoccupations formelles du film, sa fragmentation, n’entachaient pas sa matière première et cette espèce de dénonciation bourgeoise probablement héritée du cinéma transalpin des années 60/70.

Comme des ados en cavale

Folles de joie, en 2016, se déroulait déjà dans un contexte médical assumé, puisqu’il mettait en scène deux femmes qui deviennent amies dans le cadre d’un asile et tentent de s’évader. Thème ressemblant à celui de L’échappée belle. Mais en plus tragique, en moins léger. Ici, via Helen Mirren et son compère Donald Sutherland, il y a quand même cette volonté de faire rire, d’ironiser sans avoir l’air d’y toucher sur des sujets extrêmement graves que le film évite d’ailleurs d’aborder, à l’image de ses protagonistes.

De cancer et de l’alzheimer, il ne sera pas question. D’ailleurs, le film s’inscrit dans la durée du voyage entrepris par le couple âgé. Pas de flash-back ni de séquence introductive, pas de conclusion appuyée, et presque pas de hors-champ narratif non plus. Les deux caractères sont dépeints comme deux ados en cavale cumulant les bêtises à la limite de la légalité. Ce qui leur confère une sorte d’éternelle jeunesse après laquelle ils courent, sachant très bien qu’ils ne pourront jamais la rattraper. D’où un aspect pochade dans une œuvre qui n’exclut d’ailleurs pas certaines invraisemblances. Un déficit de crédibilité qu’on accepte volontiers, vu le capital de générosité et de bonhomie qu’offre ici un Virzi très en forme. Avec ce film, il était en compétition à Venise. (24 heures)

Créé: 03.01.2018, 09h23

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